Un homme, des signatures

     Bonjour à tous ! Aujourd’hui, comme vous l’avez voté, je présente un article de généalogie ; j’ai choisi un des mes ancêtres, Joseph Bernard, né en 1660 et mort en 1725.  Pour le présenter, je choisis un angle un peu particulier : ses signatures. Au fil de sa vie, on reconnaît très bien son écriture. Les signatures sont une marque de l’individu, mais aussi le signe d’une certaine vie sociale et d’une certaine façon de se présenter. 

Un parrainage de Joseph Bernard le 14 novembre 1678, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 14 novembre 1678, archives départementales du Rhône (en ligne)

Joseph Bernard est un laboureur dans un petit village à environ 30 km de Lyon : Saint-Laurent-de-Mure. Peu de gens signent à cette époque dans les registres paroissiaux. Les historiens ont utilisé les signatures comme indicateur pour connaître l’alphabétisation des populations. 

Joseph Bernard est sollicité comme parrain durant sa jeunesse par beaucoup de monde, comme les exemples.  Il est très présent dans les années 1680-1700. Le premier baptême connu où il parraine est en 1678, âgé de 18 ans (ci-dessus), alors que son père est décédé 3 ans plus tôt. 

Il parraine le plus souvent des enfants qui n’appartiennent pas à sa famille. Cette présence fréquente au fil des années laisse penser que son statut social était assez élevé dans la société du village. Les laboureurs sont en effet des notables ruraux. Leur position dans l’économie rurale est importante : ils possèdent une exploitation de grand taille ainsi que des attelages. Ils emploient des journaliers et autres exploitants agricoles. 

Un parrainage de Joseph Bernard le 22 février 1679, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 22 février 1679, archives départementales du Rhône (en ligne)

 

En 1693, Joseph Bernard signe « Joseph Bernard père » ; statut qui peut faire penser qu’il veut se différencier d’un autre Joseph plus jeune, mais comme il est le seul Joseph de sa famille, il semble ici que ce soit plus pour montrer qu’il est le chef de famille et qu’il signe en tant que père cette fois-ci. 

Baptême d'un enfant de Joseph Bernard, le 21 février 1693, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Baptême d’un enfant de Joseph Bernard, le 21 février 1693, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Ses signatures deviennent plus rare à partir de 1700. Il n’a même pas signé pour son mariage en 1683 ni pour son remariage en 1696 : bizarrement dans cette paroisse, seuls les témoins et les parrains sont invités à signer. Dans d’autres localités, tous les acteurs peuvent signer. Quelques mois plus tôt, pour un parrainage, Joseph a signé.

Second mariage de Joseph Bernard, avec Marguerite Rivière, le 6 juin 1696, Archives départementales du Rhône (en ligne)

Second mariage de Joseph Bernard, avec Marguerite Rivière, le 6 juin 1696, Archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 29 mars 1696, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 29 mars 1696, archives départementales du Rhône (en ligne)

Finalement, la dernière signature trouvée date de 1718, lorsqu’il est témoin au mariage de son fils Jean. Comparée aux deux premières signatures, on voit que son écriture a changé. Les R notamment sont faits différemment. Les lettres n’ont pas les mêmes tailles : l’écriture serait-elle un peu plus tremblante ? en 1718, Joseph avait 58 ans.

Pour ceux qui ont suivi nos recherches sur twitter pour comprendre ce que signifiait « Morjan », vous voyez ici que Jean Bernard reprend ce nom, ce qui tend à confirmer mon hypothèse que c’est un surnom, qui peut être transmis de père en fils. 

Présence de Joseph Bernard au mariage de son fils Jean, le 17 juin 1718, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Présence de Joseph Bernard au mariage de son fils Jean, le 17 juin 1718, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Avez-vous suivi aussi un(e) aïeul(e) à travers ses signatures ?  N’hésitez pas à mettre le lien de ce portrait original en commentaire, nous viendrons lire avec plaisir !

 Pour en lire plus sur le sujet, je recommande un livre d’Histoire en particulier : F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaise et française au XVIIIe siècle, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2007. 

Voici aussi quelques articles : 

F. Furet, W. Sachs, « La croissance de l’alphabétisation en France: XVIIIe-XIXe siècles », Annales. Histoire, Sciences Sociales, No. 3 (May – Jun., 1974), pp. 714-737 URL:http://www.jstor.org/stable/27579322

Y. Longuet, « L’alphabétisation à Falaise de 1670 à 1789 », Annales de Normandie, 28e année n°3, 1978. pp. 207-228. Url :/web/revues/home/prescript/article/annor_0003-4134_1978_num_28_3_5283

J.-M. Moriceau, « Le laboureur et ses enfants. Formation professionnelle et mobilité sociale en Île-de-France (seconde moitié du XVIe siècle) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 40e, No. 3, Apprentissages (XVIe-XXe siècles) (Jul. – Sep., 1993), pp. 387-414.  URL: http://www.jstor.org/stable/20529902.