Mourir à 28 ans, soldat de Napoléon, à Plymouth…

        Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente un nouvel article de généalogie grâce au vote de la semaine dernière ; nouvel article que j’avais hâte de vous présenter. Dans l’état civil de Saint-Laurent-de-Mûre (Rhône) où vivaient une grande partie de ma famille avant de s’installer à Lyon, un acte a tout particulièrement attirer mon attention…

Acte de décès de Jean Bernard, archives départementales du Rhône

Acte de décès de Jean Bernard, archives départementales du Rhône

Un dénommé Jean Bernard, de ma famille donc, est mort à Plymouth en Angleterre en 1804, âgé de 28 ans.
En calculant, il est censé être né en 1776. Le problème est que le seul Jean qui naît à cette époque est Jean Baptiste, en 1778. Aucun autre Jean n’apparaît dans la paroisse.  L’acte de décès a été ajouté à l’état civil de la commune en 1816 par Joseph Cartier, « adjoint à monsieur le maire de Saint-Laurent ». Il est en fait rédigé à partir d’une liste du 26 mai 1807 adressée par les commissaires du transport, office des prisonniers de guerre français décédés en Angleterre et initialement certainement signée par Boursaut, chef du bureau des prisonniers de guerre.

Il n’est pas impossible de voir des erreurs de quelques années dans les dates de naissance, car souvent les gens n’étaient pas tout à fait certain de leur date. D’autant plus qu’on ne fêtait pas les anniversaires au XVIIIe et début XIXe siècles comme aujourd’hui ou que le service militaire ait pu faire une erreur. Le plus problématique est le prénom de Jean Baptiste, mais on peut supposer qu’il ait été raccourci pour des raisons pratiques ou que Baptiste ait été considéré comme un second prénom (ce qui est rare tout de même). Jean [Baptiste] n’était qu’un simple soldat, provenant de St-Domingue.

Acte de baptême de Jean Baptiste Bernard, 1778, archives départementales du Rhône (en ligne)

Acte de baptême de Jean Baptiste Bernard, 1778, archives départementales du Rhône (en ligne)

Mais que faisait-il là-bas ? Cela nous permet de revenir brièvement sur les guerres napoléoniennes outre-mer.

1804 est justement la date de la proclamation d’indépendance de Saint-Domingue, ou plutôt d’Haïti. A la date du décès de Jean Bernard, le 20 août, Haïti est indépendante depuis le début de l’année (1er janvier); serait-il mort de la fièvre jaune ? En effet, cette maladie a été à l’origine de la mort de dizaines de milliers de soldats envoyés par Napoléon, et donc de l’échec de reconquête de l’île. 

A Saint-Domingue, les esclaves s’étaient révoltés à partir de 1791 et en 1794 l’esclavage avait été aboli dans les colonies françaises, ce qui donna naissance à une nouvelle société sur l’île. Le gouverneur était le célèbre François-Dominique Toussaint Louverture. Ce dernier conquit la partie est espagnole de l’île et a fait adopté une Constitution le 9 mai 1801 pour devenir le gouverneur à vie de cette colonie. 

oussaint Louverture lors de son débarquement à Brest en 1802, gravure de Pierre-Charles Baquoy, 1802

Toussaint Louverture lors de son débarquement à Brest en 1802, gravure de Pierre-Charles Baquoy, 1802

Napoléon envoya une expédition pour reprendre l’île dans un gouvernement plus étroit ; l’enjeu est la relance de l’économie de plantation et Napoléon était encouragé par le lobby colonial. Le corps expéditionnaire chargé de la reconquête était sous le commandement du général Leclerc, et comportait environ 23 000 hommes. Or le Premier consul rétablit aussi l’esclavage en 1802, ce qui provoqua l’insurrection d’une grande partie ouest de l’île, et finalement l’échec de la reconquête, malgré l’arrestation et la déportation de Toussaint Louverture. 

Pourquoi Jean est-il mort à Plymouth ? Jean était manifestement prisonnier des Anglais. La guerre avec ces derniers a en effet été soldée par le traité de paix d’Amiens, datant du 25 mars 1802. Les préliminaires avaient été même signés le 1er octobre 1801. Jean a peut-être été fait prisonnier lors d’une bataille avec les Anglais à Saint-Domingue avant cette date. Je ne connais pas précisément de bataille pour ce lieu et cette période, mais qui sais, j’en saurai peut-être plus un jour !

Si vous avez vous aussi un ancêtre soldat dans l’armée sous Napoléon ou des astuces pour trouver ces soldats, dites le nous en commentaire ! N’hésitez pas à voter également pour l’article de la semaine prochaine !!

Pour en savoir plus : 

P.-Y. Beaurepaire, S. Marzagalli, Atlas de la Révolution française, Circulation des hommes et des idées, 1770-1804, Autrement, 2010. 

A. Lignereux, L’Empire des Français, 1799-1815, Points, 2012.