Les enfants morts peu après leur naissance : faut-il les intégrer dans l’arbre ?

       Bonjour ! Aujourd’hui je voudrais revenir sur un aspect de la reconstruction familiale qui n’est pas très joyeux mais qui est important : l’enregistrement des enfants morts-nés ou de ceux morts dans leur petite enfance. En effet, je voudrais revenir sur l’intérêt de les noter et de les prendre en compte dans votre généalogie.
Pour commencer, il est utile de revenir sur leur histoire pour comprendre cet aspect de l’histoire de la famille.

Duc et duchesse de Brunswick [la duchesse porte dans ses bras son fils nourrisson], Agence Rol. Agence photographique, 1914, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (354), Gallica

Duc et duchesse de Brunswick [la duchesse porte dans ses bras son fils nourrisson], Agence Rol. Agence photographique, 1914, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (354), Gallica

La mort d’un nourrisson est une grande inquiétude pour les parents pendant longtemps, car les soins des nouveaux-nés ont longtemps été rudimentaires. 

Il est difficile de donner des statistiques sur la mortalité des enfants durant l’Ancien Régime en raison du sous-enregistrement des enfants morts-nés (environ 15-20% dans le Nord et presque 50 % dans le Sud). Il faut cependant souligner que l’effort est au meilleur enregistrement de ces enfants, surtout à Paris au XIXe siècle (1), en raison de la lutte contre les avortements. Les historiens démographes ont néanmoins déterminé que jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, 50 % des enfants n’atteignent pas leur 10 ans. Les causes de la mort peuvent être la prématurité, les infections, malformations, lésions suite à l’accouchement et la malnutrition. 

L’inquiétude de la mort était d’autant plus grande pour les chrétiens, notamment lors de l’Ancien Régime : un enfant qui n’a pas été baptisé ne peut accéder au paradis. C’est pourquoi, lors des accouchements difficiles ou dans les cas où il semblait que l’enfant était en grand danger, les sages-femmes étaient autorisées à faire un ondoiement : mettre un peu d’eau sur la tête de l’enfant et réciter une prière. Cet ondoiement ne remplace pas le baptême, qui peut être administré par la suite si l’enfant va mieux.

Le bain du nouveau-né (TR), 1554, Alsace, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, NIM32842, Gallica

Le bain du nouveau-né (TR), 1554, Alsace, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, NIM32842, Gallica

Si l’enfant mourrait sans avoir pu été ondoyé, il restait tout de même une solution. Les sanctuaires à répit sont un lieu de dévotion demandant à la Vierge Marie de « ressusciter » l’enfant le temps de lui administrer le baptême. Un mouvement du nourrisson suffisait à rassurer du retour à la vie de l’enfant et l’administration de l’ondoiement permettait d’assurer  qu’il puisse accéder au Paradis. Voici un exemple dans le Pas de Calais proposé sur le site des archives départementales : par ici.

Notre-Dame-des-Fleurs de Villembray Oise, Atelier Roussel 1878 (wikipédia)

Sanctuaire à répit sur un vitrail, Notre-Dame-des-Fleurs de Villembray Oise, Atelier Roussel 1878 (wikipédia)

L’intérêt de les inscrire dans l’arbre généalogique est multiple : tout d’abord, il est utile de rappeler que la fréquence des morts des nourrissons, au même titre que les fausses couches ou la mort de prématurés ne rend pas pour autant les parents insensibles. En effet, cela devait être douloureux dans leur vie ; ils avaient certainement d’autres façons de surmonter ces épreuves, une autre vision du monde, qu’on ne peut peut-être pas restituer complètement, mais il me semble important de rappeler cet aspect psychologique si on veut comprendre la vie des individus.

Ensuite, – et cet aspect est lié au précédent – la naissance des enfants a une temporalité et s’inscrit dans une certaine histoire de la fratrie. Quand un enfant est mort en bas-âge et qu’un autre naît par la suite, il est fréquent de voir qu’on lui donne le même prénom ; l’enfant est donc dit « refait ». L’exemple qui reste de cela est par exemple le prénom « Re-né ». Cela n’est pas une règle ; dans ma famille, je n’ai pas trouvé de tel cas.

Inhumation de Marie Bernard, le 3 février 1777 à Saint-Laurent de Mûre, Archives départementales du rhône

Inhumation de Marie Bernard, âgée de 5 jours, le 3 février 1777 à Saint-Laurent de Mûre, Archives départementales du rhône

Un couple dans ma famille a connu la mort de presque tous leurs enfants: Benoit Bernard et Marguerite Robert ont eu neuf enfants (du moins neuf enregistrés) entre 1732 et 1747. L’aînée, Marie, née 1732, est décédée à 3 jours ; Claude, né en 1732 aussi est décédé à 1 an ; Anne, née en 1744, est décédée à 3 ans ; Helaine Marie, née en 1744, est décédée en 1747; enfin, Vincent, né en 1747 est décédé à 8 mois. 

Avez-vous des familles où vous avez remarqué des « enfants refaits » ? ou des familles où presque tous les enfants sont décédés en bas âge ? Dites le nous en commentaire  !

Vous pouvez aussi voter pour le prochain article, qui sera à partir de maintenant tous les quinze jours ! 

 

Pour en savoir plus :

S. Beauvalet-Boutouyrie, La population française à l’époque moderne, Démographie et comportements, Belin, 2008

Jacques Gélis, Les enfants des limbes. Mort-nés et parents dans l’Europe Chrétienne, 2006 : un compte-rendu sur http://clio-cr.clionautes.org.

Jacques Gélis, De la mort à la vie. Les « sanctuaires à répit », Ethnologie française, nouvelle serie, T. 11, No. 3, Cultes officiels et pratiques populaires (juillet-septembre 1981), pp. 211-224, en ligne sur jstor : http://www.jstor.org/stable/40988659.

(1) V. Gourdon, C. Rollet, « Les mort-nés à Paris au XIXe siècle : enjeux sociaux, juridiques et médicaux d’une catégorie statistique », Population, n°64, 4, 2009,  p.687 – 722 sur cairn.

 

Publicités

Mariages consanguins : un fait rarissime ?

Bonjour à tous ! Je reviens avec plaisir aujourd’hui pour vous présenter aborder un phénomène en histoire de la famille qui est assez difficile à observer en réalité : les mariages entre cousins dans une famille. 

L’observation des mariages se fait sur plusieurs générations et sur différentes branches pour déterminer si le choix de conjoints apparentés est une tradition familiale. 

Dans ma famille, je connais un mariage entre cousins homonymes : celui Eugène Marie Joseph avec Gabrielle Bernard en 1907. Voici pour présenter Eugène Marie Joseph la description physique inscrite sur sa fiche matricule : vous remarquerez la description originale des ses yeux, qualifiés de « roux ». 

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône

En réalité, les historiens ont montré jusqu’à présent une extrême rareté des mariages consanguins dans l’Ancien Régime. Les gens étaient conscients de leurs degrés de parenté ou ces derniers leur étaient rappelés par le prêtres. Ces degrés de parenté sont importants car ils constituent une interdiction de mariage : l’Eglise prohibait le mariage jusqu’au  7e degré de consanguinité depuis le concile de Latran IV en 1215 (4e degré de computation germanique ou canonique). Au XIXe et XXe siècles, il est tout à fait possible de se marier avec un cousin/une cousine dans l’Etat civil. Mais existe-t-il alors plus de mariages entre cousins après la Révolution ? 

Acte de mariage entre Eugène Marie Joseph Bernard et Gabrielle Bernard le 26 novembre 1907, archives municipales de Lyon

Acte de mariage entre Eugène Marie Joseph Bernard et Gabrielle Bernard le 26 novembre 1907, archives municipales de Lyon

Après avoir bien cherché, j’ai trouvé un autre mariage entre apparentés, cette fois-ci non homonyme : le mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais en 1860. Ils avaient les mêmes grands-parents : Rosalie est la fille de Marie Bernard mariée à Joseph Dulaquais ; Jérôme est le fils de Jean Bernard. Or Marie et Jean sont frère et soeur. Il s’agit donc de cousins germains. Je n’ai pas les archives des registres de catholicité en ligne, donc il est difficile de savoir s’ils ont dû avoir une dispense. 

Vous remarquerez dans l’acte de mariage ci-dessous que il n’est mentionné aucune opposition au mariage et que le maire fait partie de la famille Dulaquais ! 

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Quels sont les facteurs de ces mariages ? Cela est difficile à dire ; mais je remarque une troublante coïncidence des lieux d’habitation des parties, ce qui peut paraître évident, mais qui ne constitue pourtant pas un facteur déterminant à lui seul, puisqu’aucun mariage n’est consanguin dans ma famille dans les siècles précédant.

Pour Jerôme et Rosalie, ils habitaient tous les deux dans le village de Saint-Laurent-de-Mûre. Plus intéressant encore : Eugène Marie Joseph habitait à Lyon, dans la même rue que Gabrielle, et même au numéro d’à côté. 

Un autre facteur peut être la cohérence du milieu social des parties. En plus d’un mariage entre personnes connues, apparentés, on a un mariage entre personnes d’un même milieu, dont les intérêts économiques peuvent converger. 

Enfin, autre facteur, lié aux deux autres, doit être pris en compte : les sentiments entre deux personnes qui ont peut-être grandi ensemble. Cela est peut-être le cas pour Jérôme et Rosalie, qui avaient cinq ans de différence. 

En conclusion, je constate qu’après la Révolution, dans ma famille, les mariages entre cousins sont plus nombreux, tout en restant marginaux. Mais cela ne permet pas d’ériger des conclusions sur l’histoire de la famille à l’époque contemporaine en général. Je vous propose donc, si vous connaissez des mariages consanguins dans votre famille, de nous les présenter en commentaire pour que nous puissions ouvrir une discussion sur le sujet ! 

N’hésitez pas aussi à voter pour l’article à venir dans deux semaines !  L’article de la semaine prochaine sera consacré comme à chaque fin de mois à une revue des magazines à paraître pour septembre 🙂

Pour lire sur le sujet : 

A. Bideau, G. Brunet, E. Heyer, H. Plauchu, « La consanguinité, révélateur de la structure de la population. L’exemple de la vallée de la Valserine du XVIIIe siècle à nos jours », Population (French Edition), 49e Année, No. 1 (Jan. – Feb., 1994), pp. 145-160, Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/1533839.

Stéphane Minvielle, La famille en France à l’époque moderne, XVIe-XVIIIe, Armand Colin, 2010.

Z comme zoologie : les animaux domestiques de nos ancêtres

      Pour ce dernier jour du challengeAZ, j’aurais pu évoquer le prénom de Zélie, que j’ai rencontré de nombreuses fois dans la première moitié du XIXe siècle et qui m’a bien séduite, mais j’avais envie de quelque chose d’un peu plus ambitieux pour clôturer ces 26 jours de défi ! 

La plupart de nos ancêtres étaient des gens qui vivaient à la campagne, et même s’ils vivaient à la ville, ils vivaient forcément à côté d’animaux, voire avaient des animaux domestiques.  A la campagne, les travailleurs de la terre ont pu vivre à côté de vaches et de boeufs mais vu l’investissement qu’ils représentaient, il est plus probable que les animaux qui étaient les plus nombreux étaient les poules et les oies. Le cheval et l’âne, comme les boeufs, sont des forces pour labourer la terre et pour faire avancer des véhicules ; les chevaux sont indispensables à l’armée pour former la cavalerie ; à ce titre, ils sont aussi les meilleurs amis des hommes. 

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Mais comment les voir dans les sources ? A partir des métiers, pour ce qui concerne les chevaux par exemple. Ce qui est dommage, c’est que les chiens ou les chats ne sont pas dans les inventaires après décès : les historiens se sont demandés si c’était le signe qu’ils ne pensaient pas à eux, ou si au contraire ils n’étaient pas considérés comme des biens, mais comme des membres de la famille (1).  

Un chien dans  un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Un chien dans un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Les sources qui peuvent vraiment donner des informations sur les animaux sont celles de l’archéologie. 

Les représentations, cependant, peuvent aussi donner une idée de l’attachement pour certains animaux : le chien, associé des chasses, protecteur des loups ;

Detail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d'Orsay by Mary Harrsch.

Détail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d’Orsay by Mary Harrsch.

le chat est plutôt représenté comme appartenant au monde de la sorcellerie. Cependant, on peut douter de cette représentation du chat : comme aujourd’hui, le chat est aussi le protecteur contre les rats et les souris et il apparait de plus en plus sympathique, en témoigne le succès du Chat botté de Charles Perrault. 

Le Maître chat ou le Chat botté Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Le Maître chat ou le Chat botté
Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Plus amusant : parfois, on peut voir des traces de pattes de chat sur les pages de registres paroissiaux ; signe que le prêtre avait peut-être un chat dans l’église ! Malheureusement, je n’ai pas fait de photo, mais si jamais vous en croisez, faîtes nous partager ! 

Merci à Sophie Boudarel pour cet exemple éloquent !!

Pour en savoir plus : 

R. Delort, Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 15e congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses représentations au moyen-âge (XIe – XVe siècles) pp. 11-45. url :/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1435
F. Audoin-Rouzeau, Compter et mesurer les os animaux. Pour une histoire de l’élevage et de l’alimentation en Europe de l’Antiquité aux Temps Modernes, Histoire & Mesure, 1995 volume 10 – n°3-4. Consommation. pp. 277-312. url :/web/revues/home/prescript/article/hism_0982-1783_1995_num_10_3_1558
L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, 2010 [1996]
 
(1) R. Durand (dir.), L’homme, l’animal domestique et l’environnement du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Nantes, 1993
R. Delort, Les animaux ont une histoire, Paris, 1984
 

 

Y comme Yvelines : les ressources en ligne exceptionnelles des archives !

    J’ai découvert depuis peu le site des archives départementales des Yvelines  ; à vrai dire, j’ai été conquise et je regrette de ne pas avoir des ancêtres qui ont vécu dans ce département. 

En effet, les ressources en ligne sont exceptionnelles et nombreuses. Voici un top 5 de mes préférées (par ordre croissant) : 

5. Les registres paroissiaux et l’état civil, les registres paroissiaux commençant en 1533 pour les plus anciens. Quelques communes de Seine-et-Oise sont aussi présentes car c’était ce département qui existait depuis la création des départements en 1790 jusqu’à sa suppression en 1968 (loi de 1964). Il existe également des tables d’arrondissement pour Versailles et une centaine de communes limitrophes. 

La France en départements en 1801

La France en départements en 1801

4. Les recensements de la population des Yvelines, depuis 1792 jusqu’à 1911 en ligne, c’est-à-dire plus de 250 000 pages ! Je rêve de travailler sur cette source. 

3. La presse locale ancienne des Yvelines et de Seine-et-Oise, de 1848 à 1941. Résultat d’un partenariat entre les A.D, la bibliothèque municipale de Versalles, Archives communale de Versailles et Mantes-la-Jolie et la médiathèque Florian de Rambouillet, on se doute du grand nombre de journaux disponibles (une vingtaine de titres) et de la richesse de la source. 

2. Les demoiselles de Saint-Cyr : la conservation de la totalité des archives dans la série D. 

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

La Maison royale Saint-Louis à Saint-Cyr est une fondation royale, une institution de charité, de moralité et d’enseignement sous la direction d’une communauté de religieuses. A l’origine de cette fondation, Mme de Maintenon, épouse de Louis XIV depuis 1683. L’école est destinée aux jeunes filles nobles mais pauvres de province (il fallait montrer lettres de noblesse et un certificat de pauvreté). Elles portent un habit particulier : gants, collerette, machette et manteau d’église d’étamine noire à queue traînante. 

En 1692, la communauté passe sous la règle de Saint-Augustin : il y a alors des voeux solennels et le port d’un habit monastique (dont le bandeau monastique). 

La Maison est étroitement liée à la Couronne et se place sous la protection de Saint Louis. Elle se situe à l’extrémité du parc de Versailles et elle a été dessinée par Mansart.

En 1790, l’ordonnance royale du 26 mars 1790 ouvre cette école à tous les enfants des officiers de terre et de mer. 

Ce qui est exceptionnel est la numérisation de ces archives et la possibilité de recherche par le patronyme des pensionnaires et par département. 

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d'estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d’estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

1. Les cahiers de doléances de 1789 ! 

Les cahiers de doléances sont une source qui fait parler des « humbles », le peuple qui d’habitude n’a pas de lieu pour s’exprimer par écrit. C’est peut-être la seule source pour connaitre que ce que les analphabètes pensaient et voulaient exprimer. 

Le régiment du 24 janvier 1789 en vue de la tenue des Etats Généraux donne les conditions de tenue des assemblées provinciales : les députés élus ont pour tâche de conseiller le roi et lui faire connaître les « souhaits et doléances » pour « qu’il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’Etat et que les abus en tout genre soient réformés et prévenus ». C’est dans ce cadre que sont rédigés les cahiers de doléances, constitués généralement d’une série de vœux dont on attend la réalisation par le souverain. Ils sont préparés d’abord par les ordres de chaque baillage, puis réunis aux chefs-lieux pour former un seul cahier général ; ce dernier est approuvé par l’assemblée (réunie aussi par ordre) qui doit élire un député. Les cahiers de doléances apparaissent donc comme des sources incontournables de l’histoire politique de la Révolution.

On a pensé que les idées inspirées des Lumières présentes dans les revendications ont été de même les preuves d’un bouleversement de la société et l’origine de la fin de l’Ancien Régime. De façon plus modeste les historiens ont analysé les discours, les mots employés et les représentations. Ils ont démontré la diffusion de certaines idées des Lumières, mais aussi les cadres d’exercice des pratiques politiques : du débat jusqu’à la rédaction des cahiers, qui a été partout inspirée par des modèles qui se sont diffusés dans la France entière.

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

 

Au final, les A.D des Yvelines proposent donc de très très nombreuses ressources ; n’hésitez pas à aller les feuilleter, même si vous n’avez pas d’ancêtres dans ce département.

Avez-vous vous-mêmes été amené à consulter ces archives ? Qu’en avez-vous pensé? 

 

Quelques lectures pour en savoir plus : 

D. Picco, « Des Méridionales à la Cour : l’exemple des demoiselles de Saint‑Cyr (1686‑1793) », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne],  2008, mis en ligne le 09 juin 2008 URL : http://crcv.revues.org/2743.

B. Neveu, Du culte de Saint Louis à la glorification de Louis XIV : la maison royale de Saint-Cyr. Journal des savants. 1988, N°3-4. pp. 277-290. url :/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1988_num_3_1_1519
L. Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Paris, 1996 [réed. « Quadrige » 2003]

P. Goubert, M. Denis, 1789. Les Français ont la parole : cahiers de doléances des Etats généraux, Gallimard, Paris, 1989

P. Grateau, Les cahiers de doléances : une relecture culturelle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2001

W comme woiturier : zoom un ancien métier

   La première fois que j’ai vu dans les registres paroissiaux le métier de « woiturier », j’ai été assez perplexe car je ne connaissais que peu d’anciens métiers. Comme la lettre du challengeAZ est W, un petit tour par l’orthographe du XVIIIe permet d’aborder la question de ce métier.

Gustave III, opéra d'Auber et Scribe : costume d'un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l'opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

Gustave III, opéra d’Auber et Scribe : costume d’un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l’opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

On pense au début que le voiturier est celui qui conduit une voiture, une calèche peut-être (en tout cas dans mon imagination, c’est ce que je voyais). En fait, ce n’est pas tout à fait exact. 

Le voiturier est durant l’Ancien Régime et le XIXe siècle une personne appartenant ou non à une corporation qui transportait voyageurs et marchandises par voiture attelée ou coche d’eau (définition du Trésor de la Langue Française). C’est pourquoi on voit aussi des « voituriers par eau ». Il n’appartient pas toujours à une corporation car on constate dans les rôles de tailles qu’ils peuvent aussi apparaître comme un travailleur de la terre ou comme un commerçant. Cela peut donc être un métier temporaire comme un vraie corporation. Une corporation à  Neuvy-sur-Loire avait réussi à monopoliser le marché de la poterie et était devenue ainsi très riche (2).  

Le voiturier est presque synonyme de roulier, que l’on retrouve aussi assez fréquemment, et qui désigne un voiturier qui fait le transport public de marchandises. 

Le voiturier pouvait donc transporter aussi des personnes, des lettres et même parfois des enfants abandonnés vers la ville (qui a un hôtel-dieu pour les accueillir). C’était un des métiers qui étaient véritablement à la charnière de la campagne et de la ville (1). 

Costumes des habitants du Roussillon : [dessin], Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

Costumes des habitants du Roussillon : le troisième personnage du rang inférieur est un roulier, Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

J’espère que cet article aura permis de mieux saisir ce qu’était ce métier. Y a-t-il d’autres métiers qui ont suscité votre curiosité ?

Pour en savoir plus :   

(1) A. Guini-Skliar , « Les carrières parisiennes aux frontières de la ville et de la campagne », Histoire urbaine 2/ 2003 (n° 8), p. 41-56
URLwww.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2003-2-page-41.htm.

(2) B. Dufaÿ, M. Poulet, « Une datation absolue pour un saloir du XVIIIe s. en grès de la Puisaye », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 43, 2004, mis en ligne le 01 mai 2006 URL : http://racf.revues.org/265

J.-M. Yante, « Entrepreneur et transport terrestre. A propos des rouliers lorrains et luxembourgeois (XVe-XVIe siècles) », Revue belge de philologie et d’histoire, 1998, Vol.  76, N°  76-2 , p. 373-401. En ligne sur persée.

V comme vieillesse : vulnérabilité et solidarité familiale

   V comme vieillesse : un âge qui peut être dangereux à l’époque moderne. Vivre seul, ou plutôt vivre seule, car les femmes ont une plus grande espérance de vie, une fois les dangers des accouchements passés, est difficile quand on ne peut plus travailler. Fréquemment aujourd’hui, la question de la solidarité se pose. À l’époque moderne, l’une des solutions qui existait était la coexistence avec un des enfants qui était marié et qui avait sa propre famille. Ce n’est pas le cas de toutes les familles et il ne faut pas trop surinvestir et surinterpréter cette coexistence, mais ce phénomène est notable et assez intéressant. 

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Ce peut être un père ou une mère âgée qui est accueilli, mais aussi un oncle ou une tante, ou un autre membre de la famille.
Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, les personnes vivaient jusqu’à 60 ans et dépassait souvent cet âge.  Les hommes de plus de 65 ans sont environ entre 7 et 8% au XVIIIe siècle (1). Cela peut paraître peu, mais les hommes de 70 ans et plus étaient assez nombreux pour que d’un point de vue juridique, il soit précisé qu’il est impossible de les contraindre par corps et de les condamner aux galères.

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette,  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Les sources qui nous permettent de voir ces coexistences sont les recensements. Encore une fois, pour l’époque moderne, c’est Charleville (08) qui a les seuls recensements annuels de France avant 1789 ; une richesse mal connue et pourtant inestimable pour les historiens-démographes.
Pour l’époque contemporaine, il est intéressant de se déplacer aux archives (on de regarder en ligne si possible) pour savoir qui vivait avec qui.

Cela amène à constater une chose : la famille n’est pas le ménage ; ce dernier est le groupe formé par la vie commune dans une maison. À cet égard, les domestiques peuvent y appartenir.

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l'armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l’armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Deux autres sources peuvent donner la puce à l’oreille quant aux relations avec les aïeuls : les donations entre vivants et les testaments. Par exemple, à Charleville, au milieu du XVIIIe siècle, Jacques Meurant lègue dans son testament le soin de veiller sur ses deux petits-enfants à Pierre L’Hoste leur grand-oncle (2). Jacques Meurant s’était investi de leur éducation après la mort de leur mère et ils vivaient avec ce grand-oncle. Ici ce sont les enfants en situation de vulnérabilité qui ont été pris en charge par le grand-père et le grand-oncle. 

L’étude des relations familiales est un thème important en histoire de la famille ; en généalogie aussi, il me semble, cela est intéressant pour qualifier les relations entre les différentes personnes que l’on retrouve au fur et à mesure. 

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l'hospitalité à deux vieillards qui viennent l'implorer,  Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l’hospitalité à deux vieillards qui viennent l’implorer, Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Avez-vous constaté de tels liens de solidarité et d’entraide dans votre famille ? Avez-vous des aïeuls qui sont morts très âgés ? 

 

Références et lectures complémentaires :

(1) P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse, histoire du vieillissement de la population, Paris, Opus, 1997 [1993]

(2) F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaises et françaises (1720-1780), PUPS, 2007

P. Bourdelais, « Qu’est-ce que la vulnérabilité ? », Annales de démographie historique 2/ 2005 (no 110), p. 5-9
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-2-page-5.htm.

J.-P. Gutton,  La naissance du vieillard, Editions Aubier, 1992

U comme Ursulines : une religieuse dans votre arbre ?

Dans le cadre du #Challenge AZ, ces derniers jours inaugurent une série de lettres de plus en difficiles à utiliser ; aujourd’hui le U. Les Ursulines sont des religieuses ; si vous en avez dans votre généalogie, vous serez peut-être curieux de découvrir quelle était leurs conditions de vie et leurs tâches quotidiennes.

Plusieurs questions peuvent être posées : tout d’abord, qui étaient les Ursulines ? Pourquoi les retrouve-t-on au Québec ?

1) un ordre créé durant la réforme du catholicisme

Les ursulines sont à l’origine un groupe de femmes ayant fait voeux de chasteté ; groupe initié par Angèle Merici à Brescia. Comme pour beaucoup d’ordres religieux, leur naissance eut lieu en Italie.  Elles pouvaient continuer à vivre dans le monde séculier, tout en obéissant à une supérieur et en faisant des oraisons comme les autres religieuses. Le pape Paul III approuva la compagnie en 1544.

Charles Borromée, célèbre réformateur italien de l’Eglise après le Concile de Trente, installa les religieuses à Milan en 1576. Il orienta l’ordre vers l’éducation pour les filles et les encouragea l’organisation en communauté (vie cénobitique).

Les premières communautés françaises sont nées dans les années 1590, sous l’impulsion de Françoise de Bermond et César de Bus : la première communauté est celle de l’Isle-la-Sorgue en 1592.

Les créations de couvents datent surtout de la première moitié du XVIIe siècle ; ensuite le rythme s’essoufle.

Des communautés sont fondées outre-mer : au Canada par Marie de l’Incarnation en 1639, à la Martinique en 1682, en Louisiane en 1727 et à Pondichéry en 1738.

2) Un rôle éducatif majeur pour les filles et les femmes

L’éducation se faisait dans l’internat pour les jeunes filles de familles aisées et par les externats (gratuits), pour les autres. Il y avait aussi des écoles du dimanche pour les femmes qui travaillaient comme les domestiques.

L’enseignement était celui de la lecture et l’écriture. Les jeunes filles aisées avaient des éléments de culture en art, tandis que les autres avaient un enseignement professionnel.

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

3) Trouver des ancêtres religieuses 

Quand on soupçonne quelqu’un d’être entré dans les ordres, on peut penser à regarder les recensements pour confirmer, mais malheureusement il n’y a que Charleville (aujourd’hui Charleville-Mézières) qui a eu des recensements annuels avant 1789 en France ; on peut donc aller directement voir les archives des ordres religieux, dans la série H (clergé régulier) des archives départementales. 

Sur le site de certaines archives départementales, comme le site du Nord présentent et détaillent tous ordres religieux et parmi eux, chaque couvent. 

Remarquable aussi est le site du Rhône, qui fournit une aide à la recherche, une petite-histoire des Ursulines dans le département et une bibliographie. 

Les ursulines étaient très nombreuses depuis le XVIIIe siècle, plus que les  Jésuites, c’est pourquoi il est probable de trouver des membres de famille faisant partie de cet ordre. 

Vu l’importance des ursulines au Québec et au Canada depuis la colonisation française du XVIIe siècle, il est aussi possible de faire des recherches. Le musée des ursulines de Québec a des archives, consultables sur rendez-vous, ; le musée de Trois-Rivières présente aussi des expositions, dont une virtuelle sur l’école. 

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Avez-vous déjà identifier des religieuses ou des religieux dans votre famille ? Faisaient-ils partie d’ordres répandus comme les jésuites ou les ursulines ? 

Références et lectures complémentaires

L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Quadrige, 2010 [1996]

Le n°205 de la Revue Française de Généalogie : http://www.rfgenealogie.com/le-magazine/205-une-religieuse-parmi-vos-ancetres

P. Annaert, Les collèges au féminin. Les Ursulines : enseignement et vie consacrée aux XVIIe et XVIIIe siècles, Namur, 1992.

 

T comme témoins : ne les négligez pas !

Pour fêter ce début d’une nouvelle semaine du challenge, la lettre T suggère le sujet des témoins ; sujet plus passionnant qu’on pourrait le penser à première vue !

Les témoins sont les personnes présentes à un événement, et généralement on connaît leur présence par la mention dans l’acte qui relate l’événement et par leur signature s’ils savent signer (sinon c’est souvent une croix). Ces témoins ne sont pas de simples personnes de passage et il me semble primordial de les noter, au même titre que les acteurs de l’événement en question.

En effet les témoins révèlent les liens de sociabilité : telle ou telle personne est sollicitée ou présente car elle a un rôle et une importance dans le réseau de sociabilité. C’est une des pistes de recherches des historiens de la famille et de la démographie ; cette piste peut aussi donner des indices sur la vie des ancêtres dans le domaine de la généalogie.

Prenons par exemple les actes qui sont le plus lus : les actes d’état civil, avant et après la Révolution.

Les témoins sont mentionnés dans les actes de mariages, religieux et civiles, et dans les actes de naissance. Il peut y avoir des témoins dans les actes de sépulture, mais généralement au XVIIIe siècle, ce sont deux personnes s’occupant de l’inhumation, comme deux clercs. Il est rare que des personnes autres soient présentes, même s’il m’est arrivé de voir un fils ou un frère signer l’acte.

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Voici un acte de mariage d’un de mes ancêtres. Les témoins sont présentés par la formule « en présence de ».

Un autre exemple est celui de l’acte de naissance, qui est parallèle, dans le cas des chrétiens, à l’acte de baptême (avec un délai croissant à partir du XIXe siècle). Les parrain et marraines ne sont pas forcément les témoins dans l’acte de naissance. 

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

 

Que tirer de ces informations ?

Dans le cas du mariage de mon ancêtre, on remarque que les témoins sont tous des membres de la famille et qu’ils sont d’un nombre raisonnable : le père de l’époux, son oncle, son cousin, la mère de l’épouse, et son beau-frère.

L’appartenance à la famille ou non des témoins donne une information sur la position du couple qui se marie par rapport à leur famille. Dans l’exemple ci-dessus, il est notable que le beau-frère de la mariée soit présent, alors que sa soeur ne l’est pas. Cela donne l’indication que les relations entre la mariée et son beau-frère étaient très certainement bonnes.

Au contraire, lorsqu’ils ne sont pas des apparentés, il est intéressant de se demander pourquoi. Par exemple, si l’un des mariés a changé de paroisse et est parti loin de sa famille, les témoins seront peut-être en majorité choisis en dehors de sa famille. Cela peut être aussi le signe d’une rupture.

Ensuite il est intéressant d’identifier ces témoins : est-ce que ce sont des employés de la mairie ? ou des amis proches du couple marié ?

Dans l’acte de naissance ci-dessus, il s’agit d’un enfant de ma famille. Les témoins sont au nombre de deux et ils n’appartiennent pas à la famille : Antoine Moulin et André Germains, ce sont des voisins. Cet acte permet ainsi de percevoir la sociabilité de quartier et de voisinage.

Identifier les témoins ressemble donc à une enquête (plus ou moins vaste selon les cas) pour comprendre la vie sociale à un moment donnée d’un couple ou d’un individu.

 

Avez-vous déjà fait des découvertes intéressantes parmi les témoins de vos ancêtres ?  Avez-vous des actes avec très peu de témoins ou au contraire une pléthore ?

 

Pour aller plus loin, des articles en ligne :

V. Gourdon, « Aux cœurs de la sociabilité villageoise : une analyse de réseau à partir du choix des conjoints et des témoins au mariage dans un village d’Île-de-France au XIXe siècle », Annales de démographie historique 1/ 2005 (no 109), p. 61-94
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-1-page-61.htm.

V. Gourdon, « Réseaux des femmes, réseaux de femmes. Le cas du témoignage au mariage civil au xixe siècle dans les pays héritiers du Code Napoléon (France, Pays-Bas, Belgique) », Annales de démographie historique 2/ 2006 (n° 112), p. 33-55
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2006-2-page-33.htm.

S. Beauvalet, V. Gourdon, « Les liens sociaux à paris au XVIIe siècle : une analyse des contrats de mariage de 1660, 1665 et 1670 », Histoire, Economie et Société, vol 17, n°4, Paris, (Octobre-décembre 1998), pp. 583-612

Published by: Armand Colin. Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/23612687

 

P comme psychogénéalogie : généalogie comme thérapie ?

Aujourd’hui, la lettre P proposée par le challengeAZ permet d’aborder beaucoup de thèmes, mais il me semble que c’est aussi l’occasion pour aborder le sujet de la psychogénéalogie. Cet article n’a pas pour ambition de tout présenter sur la psychogénéalogie, car je ne m’y connais pas assez, mais plutôt de poser des éléments de réflexions sur cette nouvelle branche de la psychologie. 

Je l’ai découverte au détour d’une lecture du Psychologies magazine, dont les articles sont aussi en ligne (ici, ici, et ). Cette méthode psychanalytique se fonde sur l’hypothèse qu’il y a une mémoire familiale, consciente ou inconsciente, qui peut affecter les descendants. Le principe est de trouver, dans la vie de nos ancêtres, un événement ou quelque chose d’autre qui pourrait expliquer ou entrer en résonance  avec des problèmes rencontrés aujourd’hui. Cette méthode souligne l’importance de la mémoire familiale dans la construction de soi. 

Cette méthode est intéressante car elle est pluridisciplinaire : elle associe des méthodes psychanalytiques et des concepts psychologiques, comme celui d’inconscient collectif de Carl Jung, la généalogie et l’histoire (à savoir surtout l’histoire de la famille). Elle souligne aussi que la recherche de sa parenté et le réveil de la mémoire familiale ne sont certainement pas anodins. 

Au contraire, on peut aussi récuser cette méthode, en argumentant que les actions du passé appartenaient à un contexte bien précis et qu’ils ne sont en rien comparables à ce qui peut se passer dans le présent. Le danger serait en effet de nier tout hasard et toute liberté de l’individu par rapport au groupe (sa famille) et par rapport au passé. La question reste ouverte ; j’attends d’en lire plus pour avoir un avis, mais cela est indéniablement intriguant. 

Avez-vous un avis sur la question ? Pensez-vous qu’il est intéressant de voir la généalogie sous l’angle psychologique ?  

 

Recueil d'arbres généalogiques, avec blasons coloriés, relatifs, en majeure partie, à des familles de la Flandre et de l'Artois, 1600-1700, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 24048 - Gallica

Recueil d’arbres généalogiques, avec blasons coloriés, relatifs, en majeure partie, à des familles de la Flandre et de l’Artois, 1600-1700, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 24048 – Gallica

 

 

 

N comme nuptialité : dans quelles conditions se sont-ils mariés entre 1501 et 1800 ?

En ce début de semaine, c’est la lettre N qui est à l’honneur, l’occasion de parler d’un sujet plutôt joyeux : la nuptialité. 

N6947185_JPEG_1_1DM

La nuptialité est le rapport du nombre de mariage par rapport à une population donnée. Il permet d’avoir une idée globale des mariages à une époque donnée. Voici trois caractéristiques qui me semblent importantes. 

1) Tout d’abord, entre le XVIe et le XVIIIe siècles, la nuptialité était très élevée car le célibat n’était pas très bien vu, en dehors des voeux de chasteté faits par les religieux et religieuses.  Le taux de célibat représente d’environ 10% (il dépasse 10 % à partir 1770). 

 

2) Ensuite, on pense souvent que dans les siècles passés on se mariait très jeune, mais en fait ce n’était pas vraiment le cas en France. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’âge au mariage est assez élevé : c’est une caractéristique française. L’âge moyen au premier mariage pour les femmes est de 26 ans en France. Le seul pays où les femmes se marient plus tard en Europe est l’Allemagne (26,9). Pour avoir un ordre d’idée, l’âge moyen a été calculé dans d’autres pays : en Angleterre, il est de 25,3 ans, en Espagne du Nord-Ouest 25 ans, en Espagne méridionale 22,5 ans et 24,8 ans en Belgique (1).  

Dans ma généalogie, j’ai remarqué ces âges relativement élevés. Par exemple Louis Bernard, né en 1739 dans une petite paroisse près de Lyon, s’est marié en 1765, âgé de 25 ans. Son père, Jean Baptiste, s’est marié en 1725, âgé de 32 ans, tandis que sa conjointe, Marguerite Villiard avait 30 ans. 

De plus, en ville, l’âge moyen au mariage est souvent plus élevé : à Rouen, l’âge des femmes est de 26,4 ans et celui des hommes est 29,7 ans. On remarque un écart d’environ 5 ans avec les hommes. Dans les milieux les plus modestes, cet écart n’est que d’un ou deux ans. 

Pourquoi se marier si « tard » ? Certes, la majorité  des jeunes gens est à 25 ans, mais ce sont moins des questions juridiques que la nécessité d’avoir un capital qui détermine le moment du mariage. En effet, il est fréquent de voir des dispenses d’âge dans les actes de mariage. Ce qui est impératif pour le nouveau couple est d’avoir assez d’argent pour vivre et d’avoir un métier stable.

 

3) Enfin, les remariages étaient assez fréquents, du fait d’une mortalité élevé qui touchait surtout les femmes, à cause des grossesses et des accouchements difficiles. Les unions duraient environ 20 ans: environ 19 ans entre 1650 et 1679 et environ 23 ans entre 1740 et 1759 (2). Les remariages représentent environ 25 % des mariages : dans la région de Meaux, étudiée par Micheline Baulant, par exemple, au début du XVIIIe siècle, 30% des mariages voient un des conjoints veuf : entre 1739 et 1767 ils sont 27 % (3). Par conséquent, beaucoup de familles comptent des enfants de différents mariages. 

Les conditions du mariage à l’époque moderne étaient donc assez différentes de celles actuelles. J’espère que ce court article vous plaira et qu’il vous sera utile pour mettre de la lumière sur certains mariages de vos ancêtres.

Avez-vous des ancêtres qui se sont remariés ? Avez-vous remarqué un âge au premier mariage entre 25 et 30 ans ou au contraire pas du tout ? 

 

Références

(1) J.P. Bardet, J. Dupâquier (dir.), Histoire des populations de l’Europe, tome 1, Fayard, 1997

(2)S. Beauvalet-Boutouyrie, Etre veuve sous l’Ancien Régime, Paris, Belin, 2001

(3) M. Baulant, « La famille en miettes : sur un aspect de la démographie au XVIIe siècle », Annales, Histoire, Sciences Sociales, 1972, 4/5, p. 965. en ligne sur persée.

Un manuel très complet

S. Beauvalet-Boutouyrie, La population française à l’époque moderne, Démographie et comportement, Belin 2008