Des faits divers dans les registres paroissiaux

Bonjour à tous !

Pour commencer, je voudrais remercier tous les généablogueurs qui passeraient par ici et dont j’ai découvert les blogs cette année grâce au ChallengeAZ. Vos articles sont très instructifs et donnent beaucoup d’idées.

Pour cette fin d’année, j’ai choisi de parler d’une de mes trouvailles dans les registres paroissiaux de Charleville, dans les Ardennes : il s’agit de deux lettres du greffe du bailliage relatant une enquête après la découverte d’un cadavre sur les rives de la Meuse. Dans les pages de l’année 1790, on trouve ces lettres donnent les informations sur l’invention des corps, leur identification et la détermination des circonstances de la mort. 

Vue de Pont-d'Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Vue de Pont-d’Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Les morts trouvés sont des personnes qui se sont toutes noyées dans la Meuse. Nous avons l’exemple d’un armurier de 33 ans et d’un petit garçon de 6 ans. Ces lettres sont intéressantes à plusieurs niveaux : leur présence dans le registre paroissial ; la narration de l’enquête et de l’autopsie qui ont été menées ; le vocabulaire et les expressions employées pour parler du mort.

1) Des lettres de greffe du bailliage dans le registre paroissial

On peut se demander pourquoi ces lettres  sont insérées dans le registre paroissial. Elle apparaissent à la page où se trouve l’acte d’inhumation de la personne décédée. Il s’agit peut-être d’une façon de donner des précisions sur la mort, alors que l’acte dit seulement qu’elle est morte par noyade.

Je n’ai jamais vu de telle action pour une autre année que 1790. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un hasard mais je ne connais aucune documentation sur le sujet.

Les acteurs de la lettre sont le greffier et son commis,  un avocat en parlement, un procureur du siège du bailliage, un chirurgien de l’Hôtel Dieu de Charleville et les témoins ou personnes interrogées.

2) Comment parler du mort ?

* la description minutieuse du cadavre

Suivant un souci de précision et un ordre établi, les corps sont décrits tels qu’ils ont été trouvés sur le bord de la Meuse :

– tout d’abord, la position des différents membres du corps :

pour Pierre Rousseaux :  » les pieds dans l’eau vers le midy la tête au nord, la face en terre », et pour Joseph : « les pieds dans l’eau vers le couchant, la tête et le corps hors de l’eau vers l’ouest, la face vers le ciel portant cheveux chatains »

– ensuite, sont décrits très précisément les vêtements :

Pierre Rousseaux portait « une chemise grise, et d’un pantalon de grosse toile grise » ; Joseph portait « un bonnet de toile sur la tête […] un jupon bleu rayé d’un côté et vert de l’autre et d’un corsage d’étoffe grise, [et avait] des bas aux jambes ».

– enfin, un âge est estimé, avec une précision remarquable : Pierre Rousseaux est âgé « d’environ trente trois ans » et Joseph « d’environ six ans ».

* un vocabulaire particulier 

En effet, on ne parle pas de cause de la mort, mais de « genre de la mort ». Mais c’est surtout la façon de parler du cadavre qui est remarquable :   » si elles ont connu l’homme que le cadavre représente », « si elles ont connu le dit enfant, que le cadavre représente », « les dits sieurs Husson et Hivert […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux ». Que ce soit une question de vocabulaire ou de philosophie, le cadavre est en quelque sorte distingué de la personne : il ne fait que la représenter.

La découverte et la description font ensuite place à une enquête pour déterminer ce qu’il s’est passé.

3) Une enquête et une autopsie

L’enquête a d’abord pour but d’identifier les personnes. Dans les deux lettres, l’enquête commence par l’interrogation de ceux qui ont découvert le corps. Ce sont  les sieurs Jean François Husson, pêcheur de poisson, et Pierre Simon Hivert, journalier à Charleville, qui ont trouvé le corps de Pierre Rousseaux. Voici ce qu’ils répondirent une fois interrogés :

« lesdits sieurs Husson et Hivert nous […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux armurier […] à Charleville, qui ne scavent autre chose de sa mort sinon qu’il n’est sorti de chez lui le vingt six de ce mois [mai] dans le Grand matin, sans que l’on ait son positionnement ou de l’endroit, que ce qui paraît probable est qu’il se rendait sans doute à Warcq où il a un oncle et une cousine germaine, et qu’il est de leur connaissance qu’il professait la religion apostolique et romaine ».

L’information de la religion est très importante : il faut savoir si le corps peut être inhumé dans la paroisse catholique de St-Rémy de Charleville.

Pour l’enfant de six ans, nommé Joseph, il a été trouvé par Joseph Meurant, teinturier à Charleville, « étant alors les cinq heures de aujourd’hui occupé à pêcher sur le bord de la rivière de Meuse » lorsqu’il trouva le corps de l’enfant. Ce sont les « personnes présentes » qui ont été interrogées. Et l’enquête mène à une histoire plus mystérieuse que celle de Pierre Rousseaux…

Sa mère, Thérèse Marquin, originaire de Marche-en-Famenne, est appelée « la grande Thérèse ». Elle logeait « dans la maison du sieur Talfon, tonnelier rue du moulin, chez Charlotte Royer », qui a donné la majeure partie des informations sur cette famille.  Et elle aussi a été jetée à la rivière puis repêchée vivante. Malheureusement la lettre ne dit pas quel était son métier et pourquoi elle avait été jetée dans la Meuse. La mort du petit garçon est assez mystérieuse. Thérèse était-elle encore en vie au moment où ils trouvent son enfant sur le bord de la Meuse ?  Sinon pourquoi ne serait-elle pas entendue ? Et surtout qui a tué cet enfant ?

Cela, on ne l’apprendra pas avec la lettre, par contre, elle donne des informations sur la mort, qui indiquent une origine criminelle. Voici le rapport du chirurgien :

« l’enfant avait été blessé mortiellement par différents coups d’un instrument contondant sur les parties antérieures de la tête et au col ».

Ceci amène à confirmer une piste criminelle ; malheureusement, je n’ai pas d’idée de source pour continuer l’enquête et savoir tout ce qui s’est passé. Avez-vous des conseils ou avez-vous vous-mêmes trouvés de telles lettres dans les registres paroissiaux ou dans d’autres recueils ?

J’ai trouvé encore une autre lettre pour l’année 1790 et il est possible qu’il y en ait entre d’autres ; je n’en ai sélectionné que deux pour ne pas surcharger l’article, mais souhaitez-vous que je les présente dans un autre article ? 

Pour aller voir la source : 

Le site des archives départementales des Ardennes : http://archives.cg08.fr/

Registre 5Mi 5R 13 ; actes d’inhumation sur 20 avril 1790 et du 29 mai 1790.