L’Histoire en revues – août 2014

    Bonjour à tous ! Pour ce nouveau mois de l’été, voici des revues qui sont sorties en août ou que je n’aurais pas présenté dans la revue du mois de juillet; comme beaucoup de revues sont sorties pour juillet et août, il y a certaines revues que j’ai présentées que je ne reprendrais pas ici. 

La revue française de Généalogie n°213 août-septembre 2014

Au sommaire :

Le dossier : Des albums de photos à identifier. Dossier très intéressant car identifier les personnes sur les photos que nous avons s’avère très délicat et parfois très difficile. Comment exploiter ses photos pour sa généalogie ? Comment lire et interpréter ce document (historique) ? 

Parmi les autres articles : 

  • Lacunes étranges et récurrentes de l’état civil entre 1691 et 1736.
  • Famicity, le nouveau réseau social de la famille.
  • Chercher un ancêtre en Allemagne : les associations à contacter. 

Les Cahiers Science et vie n°107 août 2014

Au sommaire : 

Dossier : L’origine des mythes, pourquoi l’humanité partage les mêmes histoires. 

Parmi les articles : 

  • L’espèce fabulatrice : une singularité humaine
  • Des scénarios communs à toute l’humanité ? Hypothèse que deux familles de mythes seraient partagés par les êtres humains depuis au moins 40 000 ans. 
  • Cyclope : un oeil voyageur, un personnage qui remonterait au Paléolithique. 
  • Les nouveaux mondes de légendes : apparition de nouveaux mythes aujourd’hui, diffusés par les nouvelles technologies. 

A feuilleter ici. Voici aussi le site internet des cahiers science et vie : http://cahiers.science-et-vie.com

Arkéo Junior n°220 juillet/août 2014

Au sommaire : 

Numéro spécial préhistoire ; parmi tous les articles, le dossier présente notamment la grotte de Lascaux II, reproduction fidèle de Lascaux, en Dordogne, ainsi qu’une autre grotte importante où sont dessinés des mammouths : la grotte de Rouffignac. Il revient aussi bien sûr sur la grotte de Chauvet qui vient d’être inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Un article explique aussi quel était le rôle du chien auprès des hommes de la préhistoire, alors qu’il était déjà domestiqué. 

Parmi les autres articles : 

  • une fiche sur le Paléolithique supérieur

L’Histoire – Les collections n°64 août 2014

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Au sommaire

Dossier sur les bagnes : à l’occasion de l’ouverture en Guyane, à Saint-Laurent-Du-Maroni, un musée du bagne et d’un autre musée en Nouvelle-Calédonie en 2015, la revue revient sur l’histoire de ces déportations jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. 

Parmi les articles : 

  • Vivre et survivre au Maroni : à partir de 1852, ce territoire est celui qui reçoit le plus de bagnards jusqu’au milieu du XXe siècle. 
  • Les 12 000 galériens du Roi-Soleil : les galères comme ancêtre du bagne. 
  • Portraits de femmes : portraits de quelques 900 femmes « volontaires » en Guyane entre 1858 et 1907. 

Revue à feuilleter ici.

Atlas des mondes n°402 août 2014 

Au sommaire : Dossier sur les mondes de l’Asie. Il es très complet avec une approche historique et géographique. Il est organisé en 5 parties : 1) le continent introuvable, 2) deux foyers de civilisations, 3) l’intrusion des europées, 4) destins divergents (au XXe siècle) et 5) une nouvelle aire de puissance. 

A feuilleter ici.

Avez-vous lu certaines de ces revues ? En avez-vous d’autres à conseiller ? 

Les canuts dans mon arbre : qui étaient-ils ?

         Les canuts sont les ouvriers et les ouvrières de la soie à Lyon ; ils sont surtout célèbres pour les deux révoltes de 1831 et 1834. Mes recherches récentes sur ma généalogique m’ont amenée à découvrir que certains de mes ancêtres ont été canuts ; occasion qui m’a donnée envie de revenir brièvement sur leur histoire.

Visite de Mgr le duc d'Aumale à la Croix-Rousse dans l'atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

Visite de Mgr le duc d’Aumale à la Croix-Rousse dans l’atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

1) Comment ai-je découvert que mes ancêtres étaient des canuts ?

Tout d’abord, leur présence à Lyon au début du XIXe siècle, combinée à leurs métiers mentionnés dans les actes d’état civil, notamment de mariage ; ces derniers appartenaient au monde ouvrier du textile.

Il n’était pas marqué « canut » dans les registres d’acte d’état civil. Il était plutôt noté : tisseur(se), fabricant(e) d’étoffe, tulliste et surtout, dévideur(se). C’est ce dernier métier qui a mis la puce à l’oreille car le métier de dévideur est de dévider le fil, c’est-à-dire de dérouler le fil avant de le placer sur des bobines.

Voici un exemple à partir d’un extrait d’un acte de mariage : 

« M. Eugène M.L. Bernard, âgé de 26 ans, né à Lyon, premier arrondissement le 23 jullet 1881, tulliste, demeurant en cet arrondissement rue Pierre Blanc, 3, célibataire, fils majeur de M. Mamert Jacques Bernard, et de Mme Madeleine Bouvard, son épouse, tisseurs, demeurant ensemble sur dite rue Pierre Blanc, 4, tous les 2 présents et consentants. »

Ensuite, c’est la localisation précise de leur lieu de vie qui m’a menée sur la voie. Mes ancêtres habitaient dans le 1er arrondissement de Lyon. De plus, les actes de mariages au XIXe siècle à Lyon donnent la rue et le numéro des maisons où habitent les parties. Ma famille habitait rue de l’Alma, rue de Vauzelles et rue Pierre Blanc, en plein quartier de la Croix-Rousse. Les quartiers canuts se trouvaient en effet sur la colline de la Croix-Rousse et dans les vieux quartiers à l’Ouest de la Saône. 

2) Qui étaient les canuts ?

Le terme de canut a une étymologie incertaine, mais il est sensiblement péjoratif ; après leur première révolte de 1831, l’opinion publique ne les voyait pas d’un bon oeil. 

Ils étaient donc des ouvriers qui tissaient la soie à partit de métier à tisser, comme le métier Jacquard depuis le début du XIXe siècle (voir ci-dessous). Ce métier marche avec un chapelet de cartons perforés. Il permet de tisser par une seule personne des étoffes décorées. 

Les métiers nécessitent de grandes salles car ils mesurent plusieurs mètres de hauteur. En conséquence, on construit des bâtiments après avoir utilisé les anciens couvents de la Croix-Rousse. Les ouvriers sont logés dans des immeubles appelés clos. 

 

Intérieur de l'atelier d'un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

Intérieur de l’atelier d’un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

 

Métier Jacquard

Métier Jacquard

-Quelles sont les fameuses révoltes de 1831 et 1834 ? 

Les révoltes des canuts sont liées à la situation politique et économique de la France.

Dans ce milieu ouvrier, une culture politique est née et a été portée par l’Echo de la Fabrique, premier journal ouvrier français. Les ouvriers exigent des réformes sociales pour limiter les abus des patrons et promouvoir un partage équitable des richesses.  En 1831, l’insurrection est provoquée par le refus des patrons de la soie de négocier.  Après avoir pris la ville de Lyon pendant plusieurs jours, les troupes royales reprennent en main la situation. Le gouvernement de Juillet est résolument conservateur à partir de 1832. Les ouvriers de la soie se rapprochent alors des milieux politiques républicains. La deuxième insurrection de 1834 demande l’abrogation de la nouvelle baisse des prix – en conséquence la baisse des salaires. En avril, au moment du début des procès des grèvistes, une nouvelle grève est décidée ; les tensions sont à leur paroxysme avec la police et finalement la situation dégénère en révolte ; c’est le début de la « sanglante semaine ». La répression par les troupes royales fut violente. Le 14 avril, on compte 600 morts parmi les civils et les insurgés et 130 soldats. 

L'Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

L’Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

Mes ancêtres n’ont peut-être pas participé directement à ces révoltes car la première date certaine de leur présence à Lyon est 1846. Néanmoins, les canuts ont existé jusqu’à la fin du XXe siècle et certains traits de leur vie quotidienne et de leur culture politique ont perduré.

Extrait d’un reportage sur les derniers canuts de Lyon en 1978 (INA) sur youtube

 

Que lire sur le sujet ? Quelques idées :

Historia n°805 – janvier 2014 : Les dessous de la deuxième révolte des Canuts, p. 60-64.

Pour les jeunes lecteurs : Claudine de Lyon, roman de Marie-Christine Helgerson, éd. Flammarion, Paris, 1998. Roman destiné aux 10-12 ans, qui raconte l’histoire de Claudine, jeune fille d’une famille pauvre d’ouvriers, qui a des dons pour la mode et qui va réussir à réaliser ses rêves. 

Sylvie Aprile, 1815-1870, La révolution inachevée, coll. Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Jean-Louis Biget et Henry Rousso, Belin, 2010.

Fernand Rude, Les Révoltes des Canuts (1831-1834), éd. La Découverte, Paris, 1982.

Ludovic Frobert, Les Canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Tallandier, 2009.

Sur internet : 

L’Echo de la Fabrique en intégralité sur le site de l’ens : http://echo-fabrique.ens-lyon.fr

Musée de l’Histoire de Lyon : http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/

La maison des Canuts  : http://www.maisondescanuts.fr

Et vous, que conseillerez vous sur le sujet ? Avez-vous des ancêtres canuts ? Connaissez-vous d’autres moyens de connaître les métiers des ancêtres ? 

L’Histoire en revues – juillet 2014

Quoi de neuf ce mois-ci dans les revues d’Histoire ? Superman, les recensements, Cléopâtre, les châteaux de la Renaissance, Napoléon : un été haut en couleurs !

La Revue Française de Généalogie n°212 juin-juillet 2014

Au sommaire : 

Le dossier : les recensements : la bonne méthode de recherche. Dossier très utile pour apprendre à manier cette source qui n’est pas évidente. Un exemple pratique est proposé à partir des recensements d’Haveluy (59). 

Parmi les autres articles : 

  • Chasse au loup dans les archives : à l’heure de la réintroduction du loup en France et à cette nouvelle cohabitation au XXIe siècle, retour sur une cohabitation du passé qui n’était pas sans heurts !
  • Un club de généalogie au collège Louis Pegaud à Neug-sur-Beuvron dans le Loir-et-Cher, de quoi donner des idées aux autres collèges, et pourquoi pas, aux lycées !
  • Une liste exhaustive de journaux anciens à lire en ligne. 

Histoire Junior n°32

Au sommaire : un numéro spécial Renaissance, à travers les plus beaux châteaux en France, François Ier, la bataille de Marignan, Catherine de Médicis interviewée et les portraits d’autres princes et princesses. 

=> à feuilleter ici

L’Arkéo Junior n°220 n’est apparemment pas encore sorti ; pour revoir le numéro du mois de juin : cliquez ici.

L’Histoire n°401

Au sommaire : un numéro spécial Napoléon 1814-1815 : comment un empire s’écroule. 

Pour les 200 ans de la fin de l’Empire, la revue propose des articles écrits par les meilleurs historiens de cette période. A lire notamment : « Pourquoi il a perdu à Waterloo » par Béatrice Heuser et Le congrès de Vienne. L’Europe sans Napoléon » par Gilles Ferragu.

=> à feuilleter ici

 

Historia Spécial n°18 juillet 2014

Au sommaire : 

Le dossier : Les Super-Héros : sentinelles de l’histoire du XXe siècle.  Un dossier original qui propose de voir à partir des super-héros quelles sont les représentations culturelles du XXe siècle; représentations qui ont une origine américaine mais qui se sont répandues dans le monde entier. A lire notamment : SuperMan, l’homme qui vint sauver l’Amérique des années 1930, en pleine crise économique. 

Autre article : découvrir les merveilles de la côte basque pour les vacances. 

=> à feuilleter ici.

Histoire antique & médiévale n°74 juillet-août 2014

Au sommaire : 

Le dossier : Le mythe Cléopâtre. Cléopâtre à travers ses représentations et les images du pouvoir, mais aussi à travers l’imaginaire développé durant des siècles autour de cette figure. Une exposition riche est organisée à la Pinacothèque de Paris autour de cette reine. 

Parmi les autres articles : 

  • Port-folio : Angkor Vat, le plus grand temple du site khmer d’Angkor au Cambodge et qui date du début du XIIe siècle. Les ruines sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992. 
  • La Francisque, une hache de guerre qui ne fut utilisée par les Francs que peu de temps ; pourquoi ? 

=> à feuilleter ici.

 

Dossier d’Archéologie n°364 juillet-août 364

Au sommaire : 

Le dossier : Ports et navires dans l’Antiquité et à l’époque byzantine.

Parmi les articles qui font le bilan des dernières recherches : 

  • L’archéologie navale aujourd’hui.
  • Les Egyptiens et la mer Rouge, mer dont on ne connaissait presque rien jusqu’à récemment.
  • Les épaves grecques archaïque de Marseille à de la place Jules-Vernes et qui datent de l’époque archaïque.

=> à feuilleter ici.

 

Archéologia n°523 juillet-août 2014

Au sommaire :

L’article phare : Jublains, à la découverte d’une grande cité gallo-romaine en Mayenne. Une promenade à travers cette cité, ses thermes, son théâtre et sa forteresse. 

Parmi les autres articles : 

  • La grotte Chauvet, classée patrimoine de l’Humanité.
  • Les archéologues au service de la justice, pourquoi ? comment ? 
  • La découverte du sanctuaire antique de Pont-Sainte-Maxence, aux sculptures d’une qualité exceptionnelle.

=> à feuilleter ici.

Avez-vous des avis ou d’autres revues à conseiller ? Faites-nous partager ! 

 

Z comme zoologie : les animaux domestiques de nos ancêtres

      Pour ce dernier jour du challengeAZ, j’aurais pu évoquer le prénom de Zélie, que j’ai rencontré de nombreuses fois dans la première moitié du XIXe siècle et qui m’a bien séduite, mais j’avais envie de quelque chose d’un peu plus ambitieux pour clôturer ces 26 jours de défi ! 

La plupart de nos ancêtres étaient des gens qui vivaient à la campagne, et même s’ils vivaient à la ville, ils vivaient forcément à côté d’animaux, voire avaient des animaux domestiques.  A la campagne, les travailleurs de la terre ont pu vivre à côté de vaches et de boeufs mais vu l’investissement qu’ils représentaient, il est plus probable que les animaux qui étaient les plus nombreux étaient les poules et les oies. Le cheval et l’âne, comme les boeufs, sont des forces pour labourer la terre et pour faire avancer des véhicules ; les chevaux sont indispensables à l’armée pour former la cavalerie ; à ce titre, ils sont aussi les meilleurs amis des hommes. 

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Mais comment les voir dans les sources ? A partir des métiers, pour ce qui concerne les chevaux par exemple. Ce qui est dommage, c’est que les chiens ou les chats ne sont pas dans les inventaires après décès : les historiens se sont demandés si c’était le signe qu’ils ne pensaient pas à eux, ou si au contraire ils n’étaient pas considérés comme des biens, mais comme des membres de la famille (1).  

Un chien dans  un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Un chien dans un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Les sources qui peuvent vraiment donner des informations sur les animaux sont celles de l’archéologie. 

Les représentations, cependant, peuvent aussi donner une idée de l’attachement pour certains animaux : le chien, associé des chasses, protecteur des loups ;

Detail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d'Orsay by Mary Harrsch.

Détail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d’Orsay by Mary Harrsch.

le chat est plutôt représenté comme appartenant au monde de la sorcellerie. Cependant, on peut douter de cette représentation du chat : comme aujourd’hui, le chat est aussi le protecteur contre les rats et les souris et il apparait de plus en plus sympathique, en témoigne le succès du Chat botté de Charles Perrault. 

Le Maître chat ou le Chat botté Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Le Maître chat ou le Chat botté
Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Plus amusant : parfois, on peut voir des traces de pattes de chat sur les pages de registres paroissiaux ; signe que le prêtre avait peut-être un chat dans l’église ! Malheureusement, je n’ai pas fait de photo, mais si jamais vous en croisez, faîtes nous partager ! 

Merci à Sophie Boudarel pour cet exemple éloquent !!

Pour en savoir plus : 

R. Delort, Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 15e congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses représentations au moyen-âge (XIe – XVe siècles) pp. 11-45. url :/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1435
F. Audoin-Rouzeau, Compter et mesurer les os animaux. Pour une histoire de l’élevage et de l’alimentation en Europe de l’Antiquité aux Temps Modernes, Histoire & Mesure, 1995 volume 10 – n°3-4. Consommation. pp. 277-312. url :/web/revues/home/prescript/article/hism_0982-1783_1995_num_10_3_1558
L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, 2010 [1996]
 
(1) R. Durand (dir.), L’homme, l’animal domestique et l’environnement du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Nantes, 1993
R. Delort, Les animaux ont une histoire, Paris, 1984
 

 

Y comme Yvelines : les ressources en ligne exceptionnelles des archives !

    J’ai découvert depuis peu le site des archives départementales des Yvelines  ; à vrai dire, j’ai été conquise et je regrette de ne pas avoir des ancêtres qui ont vécu dans ce département. 

En effet, les ressources en ligne sont exceptionnelles et nombreuses. Voici un top 5 de mes préférées (par ordre croissant) : 

5. Les registres paroissiaux et l’état civil, les registres paroissiaux commençant en 1533 pour les plus anciens. Quelques communes de Seine-et-Oise sont aussi présentes car c’était ce département qui existait depuis la création des départements en 1790 jusqu’à sa suppression en 1968 (loi de 1964). Il existe également des tables d’arrondissement pour Versailles et une centaine de communes limitrophes. 

La France en départements en 1801

La France en départements en 1801

4. Les recensements de la population des Yvelines, depuis 1792 jusqu’à 1911 en ligne, c’est-à-dire plus de 250 000 pages ! Je rêve de travailler sur cette source. 

3. La presse locale ancienne des Yvelines et de Seine-et-Oise, de 1848 à 1941. Résultat d’un partenariat entre les A.D, la bibliothèque municipale de Versalles, Archives communale de Versailles et Mantes-la-Jolie et la médiathèque Florian de Rambouillet, on se doute du grand nombre de journaux disponibles (une vingtaine de titres) et de la richesse de la source. 

2. Les demoiselles de Saint-Cyr : la conservation de la totalité des archives dans la série D. 

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

La Maison royale Saint-Louis à Saint-Cyr est une fondation royale, une institution de charité, de moralité et d’enseignement sous la direction d’une communauté de religieuses. A l’origine de cette fondation, Mme de Maintenon, épouse de Louis XIV depuis 1683. L’école est destinée aux jeunes filles nobles mais pauvres de province (il fallait montrer lettres de noblesse et un certificat de pauvreté). Elles portent un habit particulier : gants, collerette, machette et manteau d’église d’étamine noire à queue traînante. 

En 1692, la communauté passe sous la règle de Saint-Augustin : il y a alors des voeux solennels et le port d’un habit monastique (dont le bandeau monastique). 

La Maison est étroitement liée à la Couronne et se place sous la protection de Saint Louis. Elle se situe à l’extrémité du parc de Versailles et elle a été dessinée par Mansart.

En 1790, l’ordonnance royale du 26 mars 1790 ouvre cette école à tous les enfants des officiers de terre et de mer. 

Ce qui est exceptionnel est la numérisation de ces archives et la possibilité de recherche par le patronyme des pensionnaires et par département. 

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d'estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d’estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

1. Les cahiers de doléances de 1789 ! 

Les cahiers de doléances sont une source qui fait parler des « humbles », le peuple qui d’habitude n’a pas de lieu pour s’exprimer par écrit. C’est peut-être la seule source pour connaitre que ce que les analphabètes pensaient et voulaient exprimer. 

Le régiment du 24 janvier 1789 en vue de la tenue des Etats Généraux donne les conditions de tenue des assemblées provinciales : les députés élus ont pour tâche de conseiller le roi et lui faire connaître les « souhaits et doléances » pour « qu’il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’Etat et que les abus en tout genre soient réformés et prévenus ». C’est dans ce cadre que sont rédigés les cahiers de doléances, constitués généralement d’une série de vœux dont on attend la réalisation par le souverain. Ils sont préparés d’abord par les ordres de chaque baillage, puis réunis aux chefs-lieux pour former un seul cahier général ; ce dernier est approuvé par l’assemblée (réunie aussi par ordre) qui doit élire un député. Les cahiers de doléances apparaissent donc comme des sources incontournables de l’histoire politique de la Révolution.

On a pensé que les idées inspirées des Lumières présentes dans les revendications ont été de même les preuves d’un bouleversement de la société et l’origine de la fin de l’Ancien Régime. De façon plus modeste les historiens ont analysé les discours, les mots employés et les représentations. Ils ont démontré la diffusion de certaines idées des Lumières, mais aussi les cadres d’exercice des pratiques politiques : du débat jusqu’à la rédaction des cahiers, qui a été partout inspirée par des modèles qui se sont diffusés dans la France entière.

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

 

Au final, les A.D des Yvelines proposent donc de très très nombreuses ressources ; n’hésitez pas à aller les feuilleter, même si vous n’avez pas d’ancêtres dans ce département.

Avez-vous vous-mêmes été amené à consulter ces archives ? Qu’en avez-vous pensé? 

 

Quelques lectures pour en savoir plus : 

D. Picco, « Des Méridionales à la Cour : l’exemple des demoiselles de Saint‑Cyr (1686‑1793) », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne],  2008, mis en ligne le 09 juin 2008 URL : http://crcv.revues.org/2743.

B. Neveu, Du culte de Saint Louis à la glorification de Louis XIV : la maison royale de Saint-Cyr. Journal des savants. 1988, N°3-4. pp. 277-290. url :/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1988_num_3_1_1519
L. Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Paris, 1996 [réed. « Quadrige » 2003]

P. Goubert, M. Denis, 1789. Les Français ont la parole : cahiers de doléances des Etats généraux, Gallimard, Paris, 1989

P. Grateau, Les cahiers de doléances : une relecture culturelle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2001

X comme né sous X : idées pour retrouver les parents

   Ce matin, le challengeAZ propose la lettre X : aujourd’hui, il est possible d’accoucher sous X et pour les parents de garder l’anonymat ; à l’époque moderne, cela ne pouvait pas vraiment se passer comme cela. Alors, lorsqu’on a un ancêtre abandonné, est-il possible de retrouver ses parents ? 

* Une femme enceinte non mariée dans la société d’époque moderne ne passe pas inaperçue. Plus qu’une volonté de contrôler les moeurs, l’Etat veut les surveiller pour éviter qu’elles ne tuent leur bébé une fois né, dans l’intention de cacher cette descendance. Un édit de Henri II en 1556 impose donc une déclarations de grossesse. Ces déclarations existent pendant la Révolution et au début du XIXe siècle (1).

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

La déclaration se fait auprès de différentes autorités selon les lieux, donc les archives peuvent se trouver aujourd’hui dans les fonds des officialités, les archives judiciaires seigneuriales, les fonds notariaux ou encore les archives municipales. Voici un extrait de l’inventaire fait par Marie-Claude Phan pour son étude, le reste est dans l’article mis en lien plus bas :  Aude : A.D. série B 636, 637, 638, sénéchalat de Carcassonne, 1676-1786. Côtes-du-Nord : A.D., B 169, juridiction de Boisriou et Borquens, 1684-1745. Id., B 576, juridiction de Lamballe, 1684-1789. Isère : A.D., B, justice royale et épiscopale, 1677-1790. Lot-et-Garonne : A.C. Agen, FF 95, 96, juridiction consulaire, 1642-1790. S Seine-et-Marne : A.D., B. bailliage de Provins, 1667-1790. Id: prévôté de Provins, 1665-1726.

En 1586 l’édit devient public : il doit être lu par les curés et vicaires paroissiaux après la messe tous les trois mois. L’ordonnance de Louis XIV du 25 février 1708 renouvelle cette obligation. 

La déclaration doit être faite par les femmes enceintes en personne ; il n’y a pas de délai pour déclarer, mais on constate que la plupart du temps, elles le font quand elles ont dépassé les trois mois de grossesse. 

Elle est aussi une dénonciation du « séducteur », afin qu’il pourvoie aux frais de l’accouchement et de a nourriture de l’enfant. 

Cette source permet donc de connaître le père et la mère ; encore faut-il pouvoir soupçonner l’existence de cette mère dans une localité bien précise et dans une période précise (3 à 6 mois avant la naissance) pour espérer retrouver l’acte. Mais le jeu en vaut la chandelle. 

 

* Les registres paroissiaux peuvent à l’occasion donner des informations sur les conditions de la naissance : j’ai déjà vu des prêtres ajouter le nom du père, surtout dans les actes entre les années 1770 et 1790. Les signatures des parrains et marraines peuvent aussi appartenir à la famille du père. Seulement, cela suppose que le père et la mère soient en plutôt bons termes. 

Il existe aussi des actes de reconnaissance dans les registres paroissiaux ; après la naissance, le père vient déclarer sa paternité. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils ne sont pas négligeables, même s’ils peuvent être un peu difficiles à trouver dans les registres.

* Enfin, dans les registres d’entrée à l’Hôtel-Dieu des enfants abandonnés peuvent aussi donner des indices : les enfants abandonnés sont assez souvent laissés avec un objet dans l’intention d’identifier l’enfant et de le retrouver éventuellement plus tard, quand les conditions seraient plus favorable pour la mère ou les parents.  Ces objets peuvent êtres des cartes à jouer, un petit billet ou un objet semblable. Souvent, cependant, ces nourrissons meurent avant leur première année, donc il est assez rare de descendre de tels enfants. 

Incendie de l'Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

Incendie de l’Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

J’espère vous avoir donné des pistes pour retrouver des mères et des enfants abandonnés. En avez-vous déjà rencontré dans votre arbre ? Pour l’instant, je n’ai pas réussi à en trouver. 

 

Pour en savoir plus : 

(1) M.-C. Phan, « Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel, Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 22e, No. 1 (Jan. – Mar., 1975), pp. 61-88
Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/20528266 (pour lire les revues Jstor, il faut juste s’inscrire un ligne sur le site)

I. Robin-Romero, Les orphelins de Paris, enfants et assistance aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUPS, 2007

Le site gouvernemental sur la législation de l’accouchement sous X en France.

W comme woiturier : zoom un ancien métier

   La première fois que j’ai vu dans les registres paroissiaux le métier de « woiturier », j’ai été assez perplexe car je ne connaissais que peu d’anciens métiers. Comme la lettre du challengeAZ est W, un petit tour par l’orthographe du XVIIIe permet d’aborder la question de ce métier.

Gustave III, opéra d'Auber et Scribe : costume d'un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l'opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

Gustave III, opéra d’Auber et Scribe : costume d’un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l’opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

On pense au début que le voiturier est celui qui conduit une voiture, une calèche peut-être (en tout cas dans mon imagination, c’est ce que je voyais). En fait, ce n’est pas tout à fait exact. 

Le voiturier est durant l’Ancien Régime et le XIXe siècle une personne appartenant ou non à une corporation qui transportait voyageurs et marchandises par voiture attelée ou coche d’eau (définition du Trésor de la Langue Française). C’est pourquoi on voit aussi des « voituriers par eau ». Il n’appartient pas toujours à une corporation car on constate dans les rôles de tailles qu’ils peuvent aussi apparaître comme un travailleur de la terre ou comme un commerçant. Cela peut donc être un métier temporaire comme un vraie corporation. Une corporation à  Neuvy-sur-Loire avait réussi à monopoliser le marché de la poterie et était devenue ainsi très riche (2).  

Le voiturier est presque synonyme de roulier, que l’on retrouve aussi assez fréquemment, et qui désigne un voiturier qui fait le transport public de marchandises. 

Le voiturier pouvait donc transporter aussi des personnes, des lettres et même parfois des enfants abandonnés vers la ville (qui a un hôtel-dieu pour les accueillir). C’était un des métiers qui étaient véritablement à la charnière de la campagne et de la ville (1). 

Costumes des habitants du Roussillon : [dessin], Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

Costumes des habitants du Roussillon : le troisième personnage du rang inférieur est un roulier, Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

J’espère que cet article aura permis de mieux saisir ce qu’était ce métier. Y a-t-il d’autres métiers qui ont suscité votre curiosité ?

Pour en savoir plus :   

(1) A. Guini-Skliar , « Les carrières parisiennes aux frontières de la ville et de la campagne », Histoire urbaine 2/ 2003 (n° 8), p. 41-56
URLwww.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2003-2-page-41.htm.

(2) B. Dufaÿ, M. Poulet, « Une datation absolue pour un saloir du XVIIIe s. en grès de la Puisaye », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 43, 2004, mis en ligne le 01 mai 2006 URL : http://racf.revues.org/265

J.-M. Yante, « Entrepreneur et transport terrestre. A propos des rouliers lorrains et luxembourgeois (XVe-XVIe siècles) », Revue belge de philologie et d’histoire, 1998, Vol.  76, N°  76-2 , p. 373-401. En ligne sur persée.

V comme vieillesse : vulnérabilité et solidarité familiale

   V comme vieillesse : un âge qui peut être dangereux à l’époque moderne. Vivre seul, ou plutôt vivre seule, car les femmes ont une plus grande espérance de vie, une fois les dangers des accouchements passés, est difficile quand on ne peut plus travailler. Fréquemment aujourd’hui, la question de la solidarité se pose. À l’époque moderne, l’une des solutions qui existait était la coexistence avec un des enfants qui était marié et qui avait sa propre famille. Ce n’est pas le cas de toutes les familles et il ne faut pas trop surinvestir et surinterpréter cette coexistence, mais ce phénomène est notable et assez intéressant. 

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Ce peut être un père ou une mère âgée qui est accueilli, mais aussi un oncle ou une tante, ou un autre membre de la famille.
Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, les personnes vivaient jusqu’à 60 ans et dépassait souvent cet âge.  Les hommes de plus de 65 ans sont environ entre 7 et 8% au XVIIIe siècle (1). Cela peut paraître peu, mais les hommes de 70 ans et plus étaient assez nombreux pour que d’un point de vue juridique, il soit précisé qu’il est impossible de les contraindre par corps et de les condamner aux galères.

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette,  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Les sources qui nous permettent de voir ces coexistences sont les recensements. Encore une fois, pour l’époque moderne, c’est Charleville (08) qui a les seuls recensements annuels de France avant 1789 ; une richesse mal connue et pourtant inestimable pour les historiens-démographes.
Pour l’époque contemporaine, il est intéressant de se déplacer aux archives (on de regarder en ligne si possible) pour savoir qui vivait avec qui.

Cela amène à constater une chose : la famille n’est pas le ménage ; ce dernier est le groupe formé par la vie commune dans une maison. À cet égard, les domestiques peuvent y appartenir.

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l'armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l’armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Deux autres sources peuvent donner la puce à l’oreille quant aux relations avec les aïeuls : les donations entre vivants et les testaments. Par exemple, à Charleville, au milieu du XVIIIe siècle, Jacques Meurant lègue dans son testament le soin de veiller sur ses deux petits-enfants à Pierre L’Hoste leur grand-oncle (2). Jacques Meurant s’était investi de leur éducation après la mort de leur mère et ils vivaient avec ce grand-oncle. Ici ce sont les enfants en situation de vulnérabilité qui ont été pris en charge par le grand-père et le grand-oncle. 

L’étude des relations familiales est un thème important en histoire de la famille ; en généalogie aussi, il me semble, cela est intéressant pour qualifier les relations entre les différentes personnes que l’on retrouve au fur et à mesure. 

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l'hospitalité à deux vieillards qui viennent l'implorer,  Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l’hospitalité à deux vieillards qui viennent l’implorer, Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Avez-vous constaté de tels liens de solidarité et d’entraide dans votre famille ? Avez-vous des aïeuls qui sont morts très âgés ? 

 

Références et lectures complémentaires :

(1) P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse, histoire du vieillissement de la population, Paris, Opus, 1997 [1993]

(2) F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaises et françaises (1720-1780), PUPS, 2007

P. Bourdelais, « Qu’est-ce que la vulnérabilité ? », Annales de démographie historique 2/ 2005 (no 110), p. 5-9
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-2-page-5.htm.

J.-P. Gutton,  La naissance du vieillard, Editions Aubier, 1992

U comme Ursulines : une religieuse dans votre arbre ?

Dans le cadre du #Challenge AZ, ces derniers jours inaugurent une série de lettres de plus en difficiles à utiliser ; aujourd’hui le U. Les Ursulines sont des religieuses ; si vous en avez dans votre généalogie, vous serez peut-être curieux de découvrir quelle était leurs conditions de vie et leurs tâches quotidiennes.

Plusieurs questions peuvent être posées : tout d’abord, qui étaient les Ursulines ? Pourquoi les retrouve-t-on au Québec ?

1) un ordre créé durant la réforme du catholicisme

Les ursulines sont à l’origine un groupe de femmes ayant fait voeux de chasteté ; groupe initié par Angèle Merici à Brescia. Comme pour beaucoup d’ordres religieux, leur naissance eut lieu en Italie.  Elles pouvaient continuer à vivre dans le monde séculier, tout en obéissant à une supérieur et en faisant des oraisons comme les autres religieuses. Le pape Paul III approuva la compagnie en 1544.

Charles Borromée, célèbre réformateur italien de l’Eglise après le Concile de Trente, installa les religieuses à Milan en 1576. Il orienta l’ordre vers l’éducation pour les filles et les encouragea l’organisation en communauté (vie cénobitique).

Les premières communautés françaises sont nées dans les années 1590, sous l’impulsion de Françoise de Bermond et César de Bus : la première communauté est celle de l’Isle-la-Sorgue en 1592.

Les créations de couvents datent surtout de la première moitié du XVIIe siècle ; ensuite le rythme s’essoufle.

Des communautés sont fondées outre-mer : au Canada par Marie de l’Incarnation en 1639, à la Martinique en 1682, en Louisiane en 1727 et à Pondichéry en 1738.

2) Un rôle éducatif majeur pour les filles et les femmes

L’éducation se faisait dans l’internat pour les jeunes filles de familles aisées et par les externats (gratuits), pour les autres. Il y avait aussi des écoles du dimanche pour les femmes qui travaillaient comme les domestiques.

L’enseignement était celui de la lecture et l’écriture. Les jeunes filles aisées avaient des éléments de culture en art, tandis que les autres avaient un enseignement professionnel.

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

3) Trouver des ancêtres religieuses 

Quand on soupçonne quelqu’un d’être entré dans les ordres, on peut penser à regarder les recensements pour confirmer, mais malheureusement il n’y a que Charleville (aujourd’hui Charleville-Mézières) qui a eu des recensements annuels avant 1789 en France ; on peut donc aller directement voir les archives des ordres religieux, dans la série H (clergé régulier) des archives départementales. 

Sur le site de certaines archives départementales, comme le site du Nord présentent et détaillent tous ordres religieux et parmi eux, chaque couvent. 

Remarquable aussi est le site du Rhône, qui fournit une aide à la recherche, une petite-histoire des Ursulines dans le département et une bibliographie. 

Les ursulines étaient très nombreuses depuis le XVIIIe siècle, plus que les  Jésuites, c’est pourquoi il est probable de trouver des membres de famille faisant partie de cet ordre. 

Vu l’importance des ursulines au Québec et au Canada depuis la colonisation française du XVIIe siècle, il est aussi possible de faire des recherches. Le musée des ursulines de Québec a des archives, consultables sur rendez-vous, ; le musée de Trois-Rivières présente aussi des expositions, dont une virtuelle sur l’école. 

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Avez-vous déjà identifier des religieuses ou des religieux dans votre famille ? Faisaient-ils partie d’ordres répandus comme les jésuites ou les ursulines ? 

Références et lectures complémentaires

L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Quadrige, 2010 [1996]

Le n°205 de la Revue Française de Généalogie : http://www.rfgenealogie.com/le-magazine/205-une-religieuse-parmi-vos-ancetres

P. Annaert, Les collèges au féminin. Les Ursulines : enseignement et vie consacrée aux XVIIe et XVIIIe siècles, Namur, 1992.

 

T comme témoins : ne les négligez pas !

Pour fêter ce début d’une nouvelle semaine du challenge, la lettre T suggère le sujet des témoins ; sujet plus passionnant qu’on pourrait le penser à première vue !

Les témoins sont les personnes présentes à un événement, et généralement on connaît leur présence par la mention dans l’acte qui relate l’événement et par leur signature s’ils savent signer (sinon c’est souvent une croix). Ces témoins ne sont pas de simples personnes de passage et il me semble primordial de les noter, au même titre que les acteurs de l’événement en question.

En effet les témoins révèlent les liens de sociabilité : telle ou telle personne est sollicitée ou présente car elle a un rôle et une importance dans le réseau de sociabilité. C’est une des pistes de recherches des historiens de la famille et de la démographie ; cette piste peut aussi donner des indices sur la vie des ancêtres dans le domaine de la généalogie.

Prenons par exemple les actes qui sont le plus lus : les actes d’état civil, avant et après la Révolution.

Les témoins sont mentionnés dans les actes de mariages, religieux et civiles, et dans les actes de naissance. Il peut y avoir des témoins dans les actes de sépulture, mais généralement au XVIIIe siècle, ce sont deux personnes s’occupant de l’inhumation, comme deux clercs. Il est rare que des personnes autres soient présentes, même s’il m’est arrivé de voir un fils ou un frère signer l’acte.

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Voici un acte de mariage d’un de mes ancêtres. Les témoins sont présentés par la formule « en présence de ».

Un autre exemple est celui de l’acte de naissance, qui est parallèle, dans le cas des chrétiens, à l’acte de baptême (avec un délai croissant à partir du XIXe siècle). Les parrain et marraines ne sont pas forcément les témoins dans l’acte de naissance. 

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

 

Que tirer de ces informations ?

Dans le cas du mariage de mon ancêtre, on remarque que les témoins sont tous des membres de la famille et qu’ils sont d’un nombre raisonnable : le père de l’époux, son oncle, son cousin, la mère de l’épouse, et son beau-frère.

L’appartenance à la famille ou non des témoins donne une information sur la position du couple qui se marie par rapport à leur famille. Dans l’exemple ci-dessus, il est notable que le beau-frère de la mariée soit présent, alors que sa soeur ne l’est pas. Cela donne l’indication que les relations entre la mariée et son beau-frère étaient très certainement bonnes.

Au contraire, lorsqu’ils ne sont pas des apparentés, il est intéressant de se demander pourquoi. Par exemple, si l’un des mariés a changé de paroisse et est parti loin de sa famille, les témoins seront peut-être en majorité choisis en dehors de sa famille. Cela peut être aussi le signe d’une rupture.

Ensuite il est intéressant d’identifier ces témoins : est-ce que ce sont des employés de la mairie ? ou des amis proches du couple marié ?

Dans l’acte de naissance ci-dessus, il s’agit d’un enfant de ma famille. Les témoins sont au nombre de deux et ils n’appartiennent pas à la famille : Antoine Moulin et André Germains, ce sont des voisins. Cet acte permet ainsi de percevoir la sociabilité de quartier et de voisinage.

Identifier les témoins ressemble donc à une enquête (plus ou moins vaste selon les cas) pour comprendre la vie sociale à un moment donnée d’un couple ou d’un individu.

 

Avez-vous déjà fait des découvertes intéressantes parmi les témoins de vos ancêtres ?  Avez-vous des actes avec très peu de témoins ou au contraire une pléthore ?

 

Pour aller plus loin, des articles en ligne :

V. Gourdon, « Aux cœurs de la sociabilité villageoise : une analyse de réseau à partir du choix des conjoints et des témoins au mariage dans un village d’Île-de-France au XIXe siècle », Annales de démographie historique 1/ 2005 (no 109), p. 61-94
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-1-page-61.htm.

V. Gourdon, « Réseaux des femmes, réseaux de femmes. Le cas du témoignage au mariage civil au xixe siècle dans les pays héritiers du Code Napoléon (France, Pays-Bas, Belgique) », Annales de démographie historique 2/ 2006 (n° 112), p. 33-55
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2006-2-page-33.htm.

S. Beauvalet, V. Gourdon, « Les liens sociaux à paris au XVIIe siècle : une analyse des contrats de mariage de 1660, 1665 et 1670 », Histoire, Economie et Société, vol 17, n°4, Paris, (Octobre-décembre 1998), pp. 583-612

Published by: Armand Colin. Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/23612687