Une trouvaille aux Archives !

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous propose une petite trouvaille que j’ai croisée par hasard aux Archives départementales des Ardennes,  à Charleville-Mézières.

Voici… l’acte de baptême d’Arthur Rimbaud !

Acte de baptême de Jean Nicolas Arthur Rimbaud le 20 novembre 1854 à Charleville-Mézières

Acte de baptême de Jean Nicolas Arthur Rimbaud le 20 novembre 1854 à Charleville-Mézières, Série 50 J, archives paroissiales, Archives départementales des Ardennes

Il n’est pas sur internet car il se situe dans les registres de catholicité de Charleville. On y voit que Nicolas Arthur Rimbaud a eu pour parrain et marraine des parents maternels.

Il a été baptisé un mois après sa naissance, ce qui constitue un délai non négligeable, mais pas inhabituel non plus pour cette époque. 

Voici l’acte de naissance, disponible sur internet sur le site des Archives départementales des Ardennes.

Acte de naissance d'Arthur Rimbaud, 20 octobre 1854, Série G, 5Mi 5R 28, Archives départementales des Ardennes

Acte de naissance d’Arthur Rimbaud, 20 octobre 1854, Série G, 5Mi 5R 28, Archives départementales des Ardennes

Et vous, quelles trouvailles avez-vous faites au cours de vos recherches ? 

Des faits divers dans les registres paroissiaux

Bonjour à tous !

Pour commencer, je voudrais remercier tous les généablogueurs qui passeraient par ici et dont j’ai découvert les blogs cette année grâce au ChallengeAZ. Vos articles sont très instructifs et donnent beaucoup d’idées.

Pour cette fin d’année, j’ai choisi de parler d’une de mes trouvailles dans les registres paroissiaux de Charleville, dans les Ardennes : il s’agit de deux lettres du greffe du bailliage relatant une enquête après la découverte d’un cadavre sur les rives de la Meuse. Dans les pages de l’année 1790, on trouve ces lettres donnent les informations sur l’invention des corps, leur identification et la détermination des circonstances de la mort. 

Vue de Pont-d'Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Vue de Pont-d’Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Les morts trouvés sont des personnes qui se sont toutes noyées dans la Meuse. Nous avons l’exemple d’un armurier de 33 ans et d’un petit garçon de 6 ans. Ces lettres sont intéressantes à plusieurs niveaux : leur présence dans le registre paroissial ; la narration de l’enquête et de l’autopsie qui ont été menées ; le vocabulaire et les expressions employées pour parler du mort.

1) Des lettres de greffe du bailliage dans le registre paroissial

On peut se demander pourquoi ces lettres  sont insérées dans le registre paroissial. Elle apparaissent à la page où se trouve l’acte d’inhumation de la personne décédée. Il s’agit peut-être d’une façon de donner des précisions sur la mort, alors que l’acte dit seulement qu’elle est morte par noyade.

Je n’ai jamais vu de telle action pour une autre année que 1790. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un hasard mais je ne connais aucune documentation sur le sujet.

Les acteurs de la lettre sont le greffier et son commis,  un avocat en parlement, un procureur du siège du bailliage, un chirurgien de l’Hôtel Dieu de Charleville et les témoins ou personnes interrogées.

2) Comment parler du mort ?

* la description minutieuse du cadavre

Suivant un souci de précision et un ordre établi, les corps sont décrits tels qu’ils ont été trouvés sur le bord de la Meuse :

– tout d’abord, la position des différents membres du corps :

pour Pierre Rousseaux :  » les pieds dans l’eau vers le midy la tête au nord, la face en terre », et pour Joseph : « les pieds dans l’eau vers le couchant, la tête et le corps hors de l’eau vers l’ouest, la face vers le ciel portant cheveux chatains »

– ensuite, sont décrits très précisément les vêtements :

Pierre Rousseaux portait « une chemise grise, et d’un pantalon de grosse toile grise » ; Joseph portait « un bonnet de toile sur la tête […] un jupon bleu rayé d’un côté et vert de l’autre et d’un corsage d’étoffe grise, [et avait] des bas aux jambes ».

– enfin, un âge est estimé, avec une précision remarquable : Pierre Rousseaux est âgé « d’environ trente trois ans » et Joseph « d’environ six ans ».

* un vocabulaire particulier 

En effet, on ne parle pas de cause de la mort, mais de « genre de la mort ». Mais c’est surtout la façon de parler du cadavre qui est remarquable :   » si elles ont connu l’homme que le cadavre représente », « si elles ont connu le dit enfant, que le cadavre représente », « les dits sieurs Husson et Hivert […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux ». Que ce soit une question de vocabulaire ou de philosophie, le cadavre est en quelque sorte distingué de la personne : il ne fait que la représenter.

La découverte et la description font ensuite place à une enquête pour déterminer ce qu’il s’est passé.

3) Une enquête et une autopsie

L’enquête a d’abord pour but d’identifier les personnes. Dans les deux lettres, l’enquête commence par l’interrogation de ceux qui ont découvert le corps. Ce sont  les sieurs Jean François Husson, pêcheur de poisson, et Pierre Simon Hivert, journalier à Charleville, qui ont trouvé le corps de Pierre Rousseaux. Voici ce qu’ils répondirent une fois interrogés :

« lesdits sieurs Husson et Hivert nous […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux armurier […] à Charleville, qui ne scavent autre chose de sa mort sinon qu’il n’est sorti de chez lui le vingt six de ce mois [mai] dans le Grand matin, sans que l’on ait son positionnement ou de l’endroit, que ce qui paraît probable est qu’il se rendait sans doute à Warcq où il a un oncle et une cousine germaine, et qu’il est de leur connaissance qu’il professait la religion apostolique et romaine ».

L’information de la religion est très importante : il faut savoir si le corps peut être inhumé dans la paroisse catholique de St-Rémy de Charleville.

Pour l’enfant de six ans, nommé Joseph, il a été trouvé par Joseph Meurant, teinturier à Charleville, « étant alors les cinq heures de aujourd’hui occupé à pêcher sur le bord de la rivière de Meuse » lorsqu’il trouva le corps de l’enfant. Ce sont les « personnes présentes » qui ont été interrogées. Et l’enquête mène à une histoire plus mystérieuse que celle de Pierre Rousseaux…

Sa mère, Thérèse Marquin, originaire de Marche-en-Famenne, est appelée « la grande Thérèse ». Elle logeait « dans la maison du sieur Talfon, tonnelier rue du moulin, chez Charlotte Royer », qui a donné la majeure partie des informations sur cette famille.  Et elle aussi a été jetée à la rivière puis repêchée vivante. Malheureusement la lettre ne dit pas quel était son métier et pourquoi elle avait été jetée dans la Meuse. La mort du petit garçon est assez mystérieuse. Thérèse était-elle encore en vie au moment où ils trouvent son enfant sur le bord de la Meuse ?  Sinon pourquoi ne serait-elle pas entendue ? Et surtout qui a tué cet enfant ?

Cela, on ne l’apprendra pas avec la lettre, par contre, elle donne des informations sur la mort, qui indiquent une origine criminelle. Voici le rapport du chirurgien :

« l’enfant avait été blessé mortiellement par différents coups d’un instrument contondant sur les parties antérieures de la tête et au col ».

Ceci amène à confirmer une piste criminelle ; malheureusement, je n’ai pas d’idée de source pour continuer l’enquête et savoir tout ce qui s’est passé. Avez-vous des conseils ou avez-vous vous-mêmes trouvés de telles lettres dans les registres paroissiaux ou dans d’autres recueils ?

J’ai trouvé encore une autre lettre pour l’année 1790 et il est possible qu’il y en ait entre d’autres ; je n’en ai sélectionné que deux pour ne pas surcharger l’article, mais souhaitez-vous que je les présente dans un autre article ? 

Pour aller voir la source : 

Le site des archives départementales des Ardennes : http://archives.cg08.fr/

Registre 5Mi 5R 13 ; actes d’inhumation sur 20 avril 1790 et du 29 mai 1790. 

Commémoration du 11 novembre : un soldat de ma famille

        Bonjour à tous ! Pour ces commémorations du 11 novembre, j’ai envie de participer aux témoignages de parcours d’un soldat, d’un aïeul, en vous présentant un de mes ancêtres que je trouve attachant mais pour lequel j’ai peu d’informations. Aujourd’hui est le jour parfait pour faire revivre la mémoire de ces soldats disparus et pour échanger des idées et des astuces pour retrouver des informations. 

Carte postale c.1914-1918

Carte postale c.1914-1918

Le parcours d’Eugène Marie Joseph Bernard, mon ancêtre, n’est pas incroyable et je n’ai pas trouvé de sources extraordinaires, mais je voudrais le présenter en tant qu’un soldat mort au front, comme la majorité de ses frères d’armes. 

Ma source principale sur Eugène Marie Joseph est sa fiche matricule. On y découvre tout d’abord ses date  et lieu de naissance, et surtout ses caractéristiques physiques, toujours réjouissantes pour nous qui n’avons pas toujours de photographie. 

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (1)

Eugène avait les cheveux châtains, les yeux « roux » (peut-être marron clair ) ; sur son visage ovale se  dessinaient un nez « moyen », une grosse bouche et un menton à fossette. Il faisait 1m61, ce qui n’est pas grand pour un homme. Son degré d’instruction (1.2.3) indique qu’il savait lire, écrire et compter. 

Il était né le 23 juillet 1881 à Lyon et s’était marié dans cette même ville en 1907. Eugène Marie Joseph a d’ailleurs déjà fait l’objet d’un autre article sur les mariages consanguins : je vous laisse le découvrir ici, si cela vous intrigue (hop).

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (2)

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (2)

Appartenant à la classe de 1901, Eugène a été ajourné en 1902 et en 1903 pour « faiblesse ». Cette faiblesse de « constitution » est peut-être évoquée à cause de sa petite taille. Le service militaire actif était passé de cinq an à trois ans par la loi dite Freycinet du 15 juillet 1889. Aussi, en 1904 il fut reclassé dans les services auxiliaires pour la même raison. Finalement en octobre 1905, il passe dans la réserve des services auxiliaires (pour les 25e et 26e régiments). On peut remarquer que la même année une loi du 21 mars, dite loi Berteaux, rend le service militaire obligatoire pour tous les hommes et le fait passer de trois à deux ans. 

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (3)

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (3)

On voit dans le document ci-dessus que les années des passages dans l’armée territoriale, dans la réserve de celle-ci puis la fin de son service militaires étaient prévus à l’avance. Cependant, les ratures indiquent que sa vie ne s’est pas déroulé selon ces prévisions. 

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (4)

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône (4)

En effet, en 1914 il est mobilisé  et incorporé dans le 23e régiment d’infanterie à partir du 28 novembre 1914. Il arrive au corps le 1er décembre en tant que soldat de 2e classe. Le 1er avril 1915 il change de régiment d’infanterie. Quelques mois plus tard,le 15 mai 1915, il est tué à l’ennemi à Carency, dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le cadres de campagnes contre l’Allemagne sur le Front Ouest qui avait commencé le 1er décembre 1914 selon la fiche matricule. On parle aussi pour cette campagne de mai à juin 1915 de bataille de l’Artois. 

Voici un photo d’une tranchée allemande prise en 1915 à Carency, peut-être à l’issue de la campagne, fournie par Gallica : 

Tranchée boche prise dans l'assaut de Carency [Pas-de-Calais], 1915

Tranchée boche prise dans l’assaut de Carency [Pas-de-Calais], 1915, Gallica

Cette ville a d’ailleurs été presque complètement détruite cette même année. 

Ruines de Carency [Pas-de-Calais] [soldat inspectant les décombres], 1915, Gallica

Ruines de Carency [Pas-de-Calais] [soldat inspectant les décombres], 1915, Gallica

Je ne connais pas encore son lieu de sépulture. J’ai bon espoir d’en savoir plus grâce au mémorial virtuel qui doit être inauguré aujourd’hui. 

Si vous avez des conseils à nous donner pour continuer les recherches et trouver plus d’information sur  Eugène, n’hésitez pas à les mettre en commentaire ! Partagez aussi vos recherches et vos découvertes, nous les lirons avec plaisir !

 

Quelques références et liens utiles : 

Les archives départementales, pour moi les archives du rhône : http://archives.rhone.fr/?id=personne_genealogie

Le redressement militaire français par le musée du génie d’Angers : http://www.musee-du-genie-angers.fr/doc-fiche-29.pdf?PHPSESSID=a6e8ff07118e8295631ce3db5dfc85ea

Un article du Monde sur le grand mémorial virtuel des poilus : http://www.lemonde.fr/centenaire-14-18/article/2014/11/10/memorial-virtuel-pour-des-millions-de-poilus_4521134_3448834.html

J.-P. Bertrand, Nouvelle histoire militaire de la France, Fayard, 1998

G. Pedroncini (dir.), Histoire militaire de la France, T. III : 1871 – 1940, PUF, 1992

Les divorces sous la Révolution

        Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous propose un sujet d’histoire de la famille qui me tient à coeur : les divorces sous la Révolution. Entre 1792 et 1804, le divorce avait une place qui n’avait rien d’anodine dans société révolutionnaire, c’est pourquoi il me semble très important et qu’il mérite de s’y pencher. 

La loi du 20 septembre 1792, qui instaure l’état civil, instaure aussi la possibilité du divorce qui est prononcé par un officier d’état civil. Le Code civil en 1804 met fin au choix du divorce en restreignant très fortement les cas qui le permettent. 

Dans ma généalogie, je ne connais pas de divorce pour cette époque. Dans le village de Saint-Laurent de Mure où a longtemps vécu ma famille, il n’y a même qu’un seul divorce entre 1792 et 1802.

Quelles sont les conditions permettant le divorce ? On trouve sept justifications : la folie, la condamnation à des peines, injures ou sévices graves, dérèglement des moeurs, abandon pendant deux ans, l’absence d’un des deux partis pendant au moins cinq ans et l’incompatibilité d’humeur.

Cette dernière justification est évoquée dans cet acte de divorce de Saint-Laurent de Mure :

Divorce à Saint-Laurent-de-Mure le 20 thermidor an VIII, Archives départementales du Rhône (1/3)

 

Divorce à Saint-Laurent-de-Mure le 20 thermidor an VIII, Archives départementales du Rhône (2/3)

Divorce à Saint-Laurent-de-Mure le 20 thermidor an VIII

Divorce à Saint-Laurent-de-Mure le 20 thermidor an VIII, Archives départementales du Rhône (3/3)

On ne sait pas si c’est le cas ici, mais les femmes sont souvent à l’origine de la demande de divorce pour incompatibilité d’humeur.

François Ronsin (1) montre que les pics du nombre des divorces ont eu lieu juste après la loi, car il s’agissait en majorité d’entérinement de situation de séparation de corps et de biens de l’Ancien Régime, en 1794-95 puis à la fin du Directoire, comme c’est le cas dans l’exemple ci dessus. 

La localité où on vécu les personnes est un indicateur important à prendre en compte : souvent en ville les divorces sont plus nombreux, ne serait-ce que pour des raisons de démographie. A Charleville par exemple, dans les Ardennes, on compte quelques divorces tous les ans. Voici un exemple ci dessous : notons que « Libreville » remplace « Charleville ». Il n’est mentionné aucune justification, mais que le présent acte se base sur un autre acte présenté par une des parties (l’ancien mari). Il est également intéressant de voir qu’il y a une « assemblée » de parents qui témoignent de la réalité de leur divorce. 

Divorce à Charleville, le 3 vendémiaire en II, Archives départementales des Ardennes

Divorce à Charleville, le 3 vendémiaire en II, Archives départementales des Ardennes

La justification de la loi sur le divorce, différente de la situation de séparation de biens et de corps, est de permettre la création de couples harmonieux. Le cadre de la famille est en effet pensé comme le premier lieu où se construit une nouvelle société idéale, plus vertueuse, c’est-à-dire aussi une société qui fait de bons citoyens. 

Avez-vous trouvé des cas de divorces révolutionnaires dans votre famille ? Dites le nous en commentaire ! 

Vous pouvez aussi voter pour le prochain article ! 

Pour aller plus loin : quelques lectures 

Philippe Corno, « La loi révolutionnaire du divorce et ses représentations théâtrales : du droit à la morale, une pensée de l’appartenance familiale », Dix-huitième siècle 1/ 2009 (n° 41), p. 60-77
URL : www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2009-1-page-60.htm

Suzanne Desan, « Pétitions de femmes en faveur d’une réforme révolutionnaire de la famille », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 344 | avril-juin 2006, mis en ligne le 07 novembre 2008 URL : http://ahrf.revues.org/5883

Évelyne Morin-Rotureau (dir.), Combats de femmes, 1789-1799, 2003. 

(1) François Ronsin, Le contrat sentimental, de l’Ancien Régime à la Restauration, 1992

 

Les enfants morts peu après leur naissance : faut-il les intégrer dans l’arbre ?

       Bonjour ! Aujourd’hui je voudrais revenir sur un aspect de la reconstruction familiale qui n’est pas très joyeux mais qui est important : l’enregistrement des enfants morts-nés ou de ceux morts dans leur petite enfance. En effet, je voudrais revenir sur l’intérêt de les noter et de les prendre en compte dans votre généalogie.
Pour commencer, il est utile de revenir sur leur histoire pour comprendre cet aspect de l’histoire de la famille.

Duc et duchesse de Brunswick [la duchesse porte dans ses bras son fils nourrisson], Agence Rol. Agence photographique, 1914, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (354), Gallica

Duc et duchesse de Brunswick [la duchesse porte dans ses bras son fils nourrisson], Agence Rol. Agence photographique, 1914, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST EI-13 (354), Gallica

La mort d’un nourrisson est une grande inquiétude pour les parents pendant longtemps, car les soins des nouveaux-nés ont longtemps été rudimentaires. 

Il est difficile de donner des statistiques sur la mortalité des enfants durant l’Ancien Régime en raison du sous-enregistrement des enfants morts-nés (environ 15-20% dans le Nord et presque 50 % dans le Sud). Il faut cependant souligner que l’effort est au meilleur enregistrement de ces enfants, surtout à Paris au XIXe siècle (1), en raison de la lutte contre les avortements. Les historiens démographes ont néanmoins déterminé que jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, 50 % des enfants n’atteignent pas leur 10 ans. Les causes de la mort peuvent être la prématurité, les infections, malformations, lésions suite à l’accouchement et la malnutrition. 

L’inquiétude de la mort était d’autant plus grande pour les chrétiens, notamment lors de l’Ancien Régime : un enfant qui n’a pas été baptisé ne peut accéder au paradis. C’est pourquoi, lors des accouchements difficiles ou dans les cas où il semblait que l’enfant était en grand danger, les sages-femmes étaient autorisées à faire un ondoiement : mettre un peu d’eau sur la tête de l’enfant et réciter une prière. Cet ondoiement ne remplace pas le baptême, qui peut être administré par la suite si l’enfant va mieux.

Le bain du nouveau-né (TR), 1554, Alsace, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, NIM32842, Gallica

Le bain du nouveau-né (TR), 1554, Alsace, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, NIM32842, Gallica

Si l’enfant mourrait sans avoir pu été ondoyé, il restait tout de même une solution. Les sanctuaires à répit sont un lieu de dévotion demandant à la Vierge Marie de « ressusciter » l’enfant le temps de lui administrer le baptême. Un mouvement du nourrisson suffisait à rassurer du retour à la vie de l’enfant et l’administration de l’ondoiement permettait d’assurer  qu’il puisse accéder au Paradis. Voici un exemple dans le Pas de Calais proposé sur le site des archives départementales : par ici.

Notre-Dame-des-Fleurs de Villembray Oise, Atelier Roussel 1878 (wikipédia)

Sanctuaire à répit sur un vitrail, Notre-Dame-des-Fleurs de Villembray Oise, Atelier Roussel 1878 (wikipédia)

L’intérêt de les inscrire dans l’arbre généalogique est multiple : tout d’abord, il est utile de rappeler que la fréquence des morts des nourrissons, au même titre que les fausses couches ou la mort de prématurés ne rend pas pour autant les parents insensibles. En effet, cela devait être douloureux dans leur vie ; ils avaient certainement d’autres façons de surmonter ces épreuves, une autre vision du monde, qu’on ne peut peut-être pas restituer complètement, mais il me semble important de rappeler cet aspect psychologique si on veut comprendre la vie des individus.

Ensuite, – et cet aspect est lié au précédent – la naissance des enfants a une temporalité et s’inscrit dans une certaine histoire de la fratrie. Quand un enfant est mort en bas-âge et qu’un autre naît par la suite, il est fréquent de voir qu’on lui donne le même prénom ; l’enfant est donc dit « refait ». L’exemple qui reste de cela est par exemple le prénom « Re-né ». Cela n’est pas une règle ; dans ma famille, je n’ai pas trouvé de tel cas.

Inhumation de Marie Bernard, le 3 février 1777 à Saint-Laurent de Mûre, Archives départementales du rhône

Inhumation de Marie Bernard, âgée de 5 jours, le 3 février 1777 à Saint-Laurent de Mûre, Archives départementales du rhône

Un couple dans ma famille a connu la mort de presque tous leurs enfants: Benoit Bernard et Marguerite Robert ont eu neuf enfants (du moins neuf enregistrés) entre 1732 et 1747. L’aînée, Marie, née 1732, est décédée à 3 jours ; Claude, né en 1732 aussi est décédé à 1 an ; Anne, née en 1744, est décédée à 3 ans ; Helaine Marie, née en 1744, est décédée en 1747; enfin, Vincent, né en 1747 est décédé à 8 mois. 

Avez-vous des familles où vous avez remarqué des « enfants refaits » ? ou des familles où presque tous les enfants sont décédés en bas âge ? Dites le nous en commentaire  !

Vous pouvez aussi voter pour le prochain article, qui sera à partir de maintenant tous les quinze jours ! 

 

Pour en savoir plus :

S. Beauvalet-Boutouyrie, La population française à l’époque moderne, Démographie et comportements, Belin, 2008

Jacques Gélis, Les enfants des limbes. Mort-nés et parents dans l’Europe Chrétienne, 2006 : un compte-rendu sur http://clio-cr.clionautes.org.

Jacques Gélis, De la mort à la vie. Les « sanctuaires à répit », Ethnologie française, nouvelle serie, T. 11, No. 3, Cultes officiels et pratiques populaires (juillet-septembre 1981), pp. 211-224, en ligne sur jstor : http://www.jstor.org/stable/40988659.

(1) V. Gourdon, C. Rollet, « Les mort-nés à Paris au XIXe siècle : enjeux sociaux, juridiques et médicaux d’une catégorie statistique », Population, n°64, 4, 2009,  p.687 – 722 sur cairn.

 

Mariages consanguins : un fait rarissime ?

Bonjour à tous ! Je reviens avec plaisir aujourd’hui pour vous présenter aborder un phénomène en histoire de la famille qui est assez difficile à observer en réalité : les mariages entre cousins dans une famille. 

L’observation des mariages se fait sur plusieurs générations et sur différentes branches pour déterminer si le choix de conjoints apparentés est une tradition familiale. 

Dans ma famille, je connais un mariage entre cousins homonymes : celui Eugène Marie Joseph avec Gabrielle Bernard en 1907. Voici pour présenter Eugène Marie Joseph la description physique inscrite sur sa fiche matricule : vous remarquerez la description originale des ses yeux, qualifiés de « roux ». 

Fiche matricule d'Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône

Fiche matricule d’Eugène Marie Joseph Bernard, Archives départementales du Rhône

En réalité, les historiens ont montré jusqu’à présent une extrême rareté des mariages consanguins dans l’Ancien Régime. Les gens étaient conscients de leurs degrés de parenté ou ces derniers leur étaient rappelés par le prêtres. Ces degrés de parenté sont importants car ils constituent une interdiction de mariage : l’Eglise prohibait le mariage jusqu’au  7e degré de consanguinité depuis le concile de Latran IV en 1215 (4e degré de computation germanique ou canonique). Au XIXe et XXe siècles, il est tout à fait possible de se marier avec un cousin/une cousine dans l’Etat civil. Mais existe-t-il alors plus de mariages entre cousins après la Révolution ? 

Acte de mariage entre Eugène Marie Joseph Bernard et Gabrielle Bernard le 26 novembre 1907, archives municipales de Lyon

Acte de mariage entre Eugène Marie Joseph Bernard et Gabrielle Bernard le 26 novembre 1907, archives municipales de Lyon

Après avoir bien cherché, j’ai trouvé un autre mariage entre apparentés, cette fois-ci non homonyme : le mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais en 1860. Ils avaient les mêmes grands-parents : Rosalie est la fille de Marie Bernard mariée à Joseph Dulaquais ; Jérôme est le fils de Jean Bernard. Or Marie et Jean sont frère et soeur. Il s’agit donc de cousins germains. Je n’ai pas les archives des registres de catholicité en ligne, donc il est difficile de savoir s’ils ont dû avoir une dispense. 

Vous remarquerez dans l’acte de mariage ci-dessous que il n’est mentionné aucune opposition au mariage et que le maire fait partie de la famille Dulaquais ! 

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Acte de mariage entre Jérôme Bernard et Rosalie Dulaquais le 10 juillet 1860, archives départementales du Rhône

Quels sont les facteurs de ces mariages ? Cela est difficile à dire ; mais je remarque une troublante coïncidence des lieux d’habitation des parties, ce qui peut paraître évident, mais qui ne constitue pourtant pas un facteur déterminant à lui seul, puisqu’aucun mariage n’est consanguin dans ma famille dans les siècles précédant.

Pour Jerôme et Rosalie, ils habitaient tous les deux dans le village de Saint-Laurent-de-Mûre. Plus intéressant encore : Eugène Marie Joseph habitait à Lyon, dans la même rue que Gabrielle, et même au numéro d’à côté. 

Un autre facteur peut être la cohérence du milieu social des parties. En plus d’un mariage entre personnes connues, apparentés, on a un mariage entre personnes d’un même milieu, dont les intérêts économiques peuvent converger. 

Enfin, autre facteur, lié aux deux autres, doit être pris en compte : les sentiments entre deux personnes qui ont peut-être grandi ensemble. Cela est peut-être le cas pour Jérôme et Rosalie, qui avaient cinq ans de différence. 

En conclusion, je constate qu’après la Révolution, dans ma famille, les mariages entre cousins sont plus nombreux, tout en restant marginaux. Mais cela ne permet pas d’ériger des conclusions sur l’histoire de la famille à l’époque contemporaine en général. Je vous propose donc, si vous connaissez des mariages consanguins dans votre famille, de nous les présenter en commentaire pour que nous puissions ouvrir une discussion sur le sujet ! 

N’hésitez pas aussi à voter pour l’article à venir dans deux semaines !  L’article de la semaine prochaine sera consacré comme à chaque fin de mois à une revue des magazines à paraître pour septembre 🙂

Pour lire sur le sujet : 

A. Bideau, G. Brunet, E. Heyer, H. Plauchu, « La consanguinité, révélateur de la structure de la population. L’exemple de la vallée de la Valserine du XVIIIe siècle à nos jours », Population (French Edition), 49e Année, No. 1 (Jan. – Feb., 1994), pp. 145-160, Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/1533839.

Stéphane Minvielle, La famille en France à l’époque moderne, XVIe-XVIIIe, Armand Colin, 2010.

Mourir à 28 ans, soldat de Napoléon, à Plymouth…

        Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente un nouvel article de généalogie grâce au vote de la semaine dernière ; nouvel article que j’avais hâte de vous présenter. Dans l’état civil de Saint-Laurent-de-Mûre (Rhône) où vivaient une grande partie de ma famille avant de s’installer à Lyon, un acte a tout particulièrement attirer mon attention…

Acte de décès de Jean Bernard, archives départementales du Rhône

Acte de décès de Jean Bernard, archives départementales du Rhône

Un dénommé Jean Bernard, de ma famille donc, est mort à Plymouth en Angleterre en 1804, âgé de 28 ans.
En calculant, il est censé être né en 1776. Le problème est que le seul Jean qui naît à cette époque est Jean Baptiste, en 1778. Aucun autre Jean n’apparaît dans la paroisse.  L’acte de décès a été ajouté à l’état civil de la commune en 1816 par Joseph Cartier, « adjoint à monsieur le maire de Saint-Laurent ». Il est en fait rédigé à partir d’une liste du 26 mai 1807 adressée par les commissaires du transport, office des prisonniers de guerre français décédés en Angleterre et initialement certainement signée par Boursaut, chef du bureau des prisonniers de guerre.

Il n’est pas impossible de voir des erreurs de quelques années dans les dates de naissance, car souvent les gens n’étaient pas tout à fait certain de leur date. D’autant plus qu’on ne fêtait pas les anniversaires au XVIIIe et début XIXe siècles comme aujourd’hui ou que le service militaire ait pu faire une erreur. Le plus problématique est le prénom de Jean Baptiste, mais on peut supposer qu’il ait été raccourci pour des raisons pratiques ou que Baptiste ait été considéré comme un second prénom (ce qui est rare tout de même). Jean [Baptiste] n’était qu’un simple soldat, provenant de St-Domingue.

Acte de baptême de Jean Baptiste Bernard, 1778, archives départementales du Rhône (en ligne)

Acte de baptême de Jean Baptiste Bernard, 1778, archives départementales du Rhône (en ligne)

Mais que faisait-il là-bas ? Cela nous permet de revenir brièvement sur les guerres napoléoniennes outre-mer.

1804 est justement la date de la proclamation d’indépendance de Saint-Domingue, ou plutôt d’Haïti. A la date du décès de Jean Bernard, le 20 août, Haïti est indépendante depuis le début de l’année (1er janvier); serait-il mort de la fièvre jaune ? En effet, cette maladie a été à l’origine de la mort de dizaines de milliers de soldats envoyés par Napoléon, et donc de l’échec de reconquête de l’île. 

A Saint-Domingue, les esclaves s’étaient révoltés à partir de 1791 et en 1794 l’esclavage avait été aboli dans les colonies françaises, ce qui donna naissance à une nouvelle société sur l’île. Le gouverneur était le célèbre François-Dominique Toussaint Louverture. Ce dernier conquit la partie est espagnole de l’île et a fait adopté une Constitution le 9 mai 1801 pour devenir le gouverneur à vie de cette colonie. 

oussaint Louverture lors de son débarquement à Brest en 1802, gravure de Pierre-Charles Baquoy, 1802

Toussaint Louverture lors de son débarquement à Brest en 1802, gravure de Pierre-Charles Baquoy, 1802

Napoléon envoya une expédition pour reprendre l’île dans un gouvernement plus étroit ; l’enjeu est la relance de l’économie de plantation et Napoléon était encouragé par le lobby colonial. Le corps expéditionnaire chargé de la reconquête était sous le commandement du général Leclerc, et comportait environ 23 000 hommes. Or le Premier consul rétablit aussi l’esclavage en 1802, ce qui provoqua l’insurrection d’une grande partie ouest de l’île, et finalement l’échec de la reconquête, malgré l’arrestation et la déportation de Toussaint Louverture. 

Pourquoi Jean est-il mort à Plymouth ? Jean était manifestement prisonnier des Anglais. La guerre avec ces derniers a en effet été soldée par le traité de paix d’Amiens, datant du 25 mars 1802. Les préliminaires avaient été même signés le 1er octobre 1801. Jean a peut-être été fait prisonnier lors d’une bataille avec les Anglais à Saint-Domingue avant cette date. Je ne connais pas précisément de bataille pour ce lieu et cette période, mais qui sais, j’en saurai peut-être plus un jour !

Si vous avez vous aussi un ancêtre soldat dans l’armée sous Napoléon ou des astuces pour trouver ces soldats, dites le nous en commentaire ! N’hésitez pas à voter également pour l’article de la semaine prochaine !!

Pour en savoir plus : 

P.-Y. Beaurepaire, S. Marzagalli, Atlas de la Révolution française, Circulation des hommes et des idées, 1770-1804, Autrement, 2010. 

A. Lignereux, L’Empire des Français, 1799-1815, Points, 2012. 

 

Un homme, des signatures

     Bonjour à tous ! Aujourd’hui, comme vous l’avez voté, je présente un article de généalogie ; j’ai choisi un des mes ancêtres, Joseph Bernard, né en 1660 et mort en 1725.  Pour le présenter, je choisis un angle un peu particulier : ses signatures. Au fil de sa vie, on reconnaît très bien son écriture. Les signatures sont une marque de l’individu, mais aussi le signe d’une certaine vie sociale et d’une certaine façon de se présenter. 

Un parrainage de Joseph Bernard le 14 novembre 1678, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 14 novembre 1678, archives départementales du Rhône (en ligne)

Joseph Bernard est un laboureur dans un petit village à environ 30 km de Lyon : Saint-Laurent-de-Mure. Peu de gens signent à cette époque dans les registres paroissiaux. Les historiens ont utilisé les signatures comme indicateur pour connaître l’alphabétisation des populations. 

Joseph Bernard est sollicité comme parrain durant sa jeunesse par beaucoup de monde, comme les exemples.  Il est très présent dans les années 1680-1700. Le premier baptême connu où il parraine est en 1678, âgé de 18 ans (ci-dessus), alors que son père est décédé 3 ans plus tôt. 

Il parraine le plus souvent des enfants qui n’appartiennent pas à sa famille. Cette présence fréquente au fil des années laisse penser que son statut social était assez élevé dans la société du village. Les laboureurs sont en effet des notables ruraux. Leur position dans l’économie rurale est importante : ils possèdent une exploitation de grand taille ainsi que des attelages. Ils emploient des journaliers et autres exploitants agricoles. 

Un parrainage de Joseph Bernard le 22 février 1679, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 22 février 1679, archives départementales du Rhône (en ligne)

 

En 1693, Joseph Bernard signe « Joseph Bernard père » ; statut qui peut faire penser qu’il veut se différencier d’un autre Joseph plus jeune, mais comme il est le seul Joseph de sa famille, il semble ici que ce soit plus pour montrer qu’il est le chef de famille et qu’il signe en tant que père cette fois-ci. 

Baptême d'un enfant de Joseph Bernard, le 21 février 1693, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Baptême d’un enfant de Joseph Bernard, le 21 février 1693, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Ses signatures deviennent plus rare à partir de 1700. Il n’a même pas signé pour son mariage en 1683 ni pour son remariage en 1696 : bizarrement dans cette paroisse, seuls les témoins et les parrains sont invités à signer. Dans d’autres localités, tous les acteurs peuvent signer. Quelques mois plus tôt, pour un parrainage, Joseph a signé.

Second mariage de Joseph Bernard, avec Marguerite Rivière, le 6 juin 1696, Archives départementales du Rhône (en ligne)

Second mariage de Joseph Bernard, avec Marguerite Rivière, le 6 juin 1696, Archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 29 mars 1696, archives départementales du Rhône (en ligne)

Un parrainage de Joseph Bernard le 29 mars 1696, archives départementales du Rhône (en ligne)

Finalement, la dernière signature trouvée date de 1718, lorsqu’il est témoin au mariage de son fils Jean. Comparée aux deux premières signatures, on voit que son écriture a changé. Les R notamment sont faits différemment. Les lettres n’ont pas les mêmes tailles : l’écriture serait-elle un peu plus tremblante ? en 1718, Joseph avait 58 ans.

Pour ceux qui ont suivi nos recherches sur twitter pour comprendre ce que signifiait « Morjan », vous voyez ici que Jean Bernard reprend ce nom, ce qui tend à confirmer mon hypothèse que c’est un surnom, qui peut être transmis de père en fils. 

Présence de Joseph Bernard au mariage de son fils Jean, le 17 juin 1718, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Présence de Joseph Bernard au mariage de son fils Jean, le 17 juin 1718, Archves départementales du Rhône (en ligne)

Avez-vous suivi aussi un(e) aïeul(e) à travers ses signatures ?  N’hésitez pas à mettre le lien de ce portrait original en commentaire, nous viendrons lire avec plaisir !

 Pour en lire plus sur le sujet, je recommande un livre d’Histoire en particulier : F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaise et française au XVIIIe siècle, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2007. 

Voici aussi quelques articles : 

F. Furet, W. Sachs, « La croissance de l’alphabétisation en France: XVIIIe-XIXe siècles », Annales. Histoire, Sciences Sociales, No. 3 (May – Jun., 1974), pp. 714-737 URL:http://www.jstor.org/stable/27579322

Y. Longuet, « L’alphabétisation à Falaise de 1670 à 1789 », Annales de Normandie, 28e année n°3, 1978. pp. 207-228. Url :/web/revues/home/prescript/article/annor_0003-4134_1978_num_28_3_5283

J.-M. Moriceau, « Le laboureur et ses enfants. Formation professionnelle et mobilité sociale en Île-de-France (seconde moitié du XVIe siècle) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 40e, No. 3, Apprentissages (XVIe-XXe siècles) (Jul. – Sep., 1993), pp. 387-414.  URL: http://www.jstor.org/stable/20529902.

Les canuts dans mon arbre : qui étaient-ils ?

         Les canuts sont les ouvriers et les ouvrières de la soie à Lyon ; ils sont surtout célèbres pour les deux révoltes de 1831 et 1834. Mes recherches récentes sur ma généalogique m’ont amenée à découvrir que certains de mes ancêtres ont été canuts ; occasion qui m’a donnée envie de revenir brièvement sur leur histoire.

Visite de Mgr le duc d'Aumale à la Croix-Rousse dans l'atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

Visite de Mgr le duc d’Aumale à la Croix-Rousse dans l’atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

1) Comment ai-je découvert que mes ancêtres étaient des canuts ?

Tout d’abord, leur présence à Lyon au début du XIXe siècle, combinée à leurs métiers mentionnés dans les actes d’état civil, notamment de mariage ; ces derniers appartenaient au monde ouvrier du textile.

Il n’était pas marqué « canut » dans les registres d’acte d’état civil. Il était plutôt noté : tisseur(se), fabricant(e) d’étoffe, tulliste et surtout, dévideur(se). C’est ce dernier métier qui a mis la puce à l’oreille car le métier de dévideur est de dévider le fil, c’est-à-dire de dérouler le fil avant de le placer sur des bobines.

Voici un exemple à partir d’un extrait d’un acte de mariage : 

« M. Eugène M.L. Bernard, âgé de 26 ans, né à Lyon, premier arrondissement le 23 jullet 1881, tulliste, demeurant en cet arrondissement rue Pierre Blanc, 3, célibataire, fils majeur de M. Mamert Jacques Bernard, et de Mme Madeleine Bouvard, son épouse, tisseurs, demeurant ensemble sur dite rue Pierre Blanc, 4, tous les 2 présents et consentants. »

Ensuite, c’est la localisation précise de leur lieu de vie qui m’a menée sur la voie. Mes ancêtres habitaient dans le 1er arrondissement de Lyon. De plus, les actes de mariages au XIXe siècle à Lyon donnent la rue et le numéro des maisons où habitent les parties. Ma famille habitait rue de l’Alma, rue de Vauzelles et rue Pierre Blanc, en plein quartier de la Croix-Rousse. Les quartiers canuts se trouvaient en effet sur la colline de la Croix-Rousse et dans les vieux quartiers à l’Ouest de la Saône. 

2) Qui étaient les canuts ?

Le terme de canut a une étymologie incertaine, mais il est sensiblement péjoratif ; après leur première révolte de 1831, l’opinion publique ne les voyait pas d’un bon oeil. 

Ils étaient donc des ouvriers qui tissaient la soie à partit de métier à tisser, comme le métier Jacquard depuis le début du XIXe siècle (voir ci-dessous). Ce métier marche avec un chapelet de cartons perforés. Il permet de tisser par une seule personne des étoffes décorées. 

Les métiers nécessitent de grandes salles car ils mesurent plusieurs mètres de hauteur. En conséquence, on construit des bâtiments après avoir utilisé les anciens couvents de la Croix-Rousse. Les ouvriers sont logés dans des immeubles appelés clos. 

 

Intérieur de l'atelier d'un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

Intérieur de l’atelier d’un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

 

Métier Jacquard

Métier Jacquard

-Quelles sont les fameuses révoltes de 1831 et 1834 ? 

Les révoltes des canuts sont liées à la situation politique et économique de la France.

Dans ce milieu ouvrier, une culture politique est née et a été portée par l’Echo de la Fabrique, premier journal ouvrier français. Les ouvriers exigent des réformes sociales pour limiter les abus des patrons et promouvoir un partage équitable des richesses.  En 1831, l’insurrection est provoquée par le refus des patrons de la soie de négocier.  Après avoir pris la ville de Lyon pendant plusieurs jours, les troupes royales reprennent en main la situation. Le gouvernement de Juillet est résolument conservateur à partir de 1832. Les ouvriers de la soie se rapprochent alors des milieux politiques républicains. La deuxième insurrection de 1834 demande l’abrogation de la nouvelle baisse des prix – en conséquence la baisse des salaires. En avril, au moment du début des procès des grèvistes, une nouvelle grève est décidée ; les tensions sont à leur paroxysme avec la police et finalement la situation dégénère en révolte ; c’est le début de la « sanglante semaine ». La répression par les troupes royales fut violente. Le 14 avril, on compte 600 morts parmi les civils et les insurgés et 130 soldats. 

L'Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

L’Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

Mes ancêtres n’ont peut-être pas participé directement à ces révoltes car la première date certaine de leur présence à Lyon est 1846. Néanmoins, les canuts ont existé jusqu’à la fin du XXe siècle et certains traits de leur vie quotidienne et de leur culture politique ont perduré.

Extrait d’un reportage sur les derniers canuts de Lyon en 1978 (INA) sur youtube

 

Que lire sur le sujet ? Quelques idées :

Historia n°805 – janvier 2014 : Les dessous de la deuxième révolte des Canuts, p. 60-64.

Pour les jeunes lecteurs : Claudine de Lyon, roman de Marie-Christine Helgerson, éd. Flammarion, Paris, 1998. Roman destiné aux 10-12 ans, qui raconte l’histoire de Claudine, jeune fille d’une famille pauvre d’ouvriers, qui a des dons pour la mode et qui va réussir à réaliser ses rêves. 

Sylvie Aprile, 1815-1870, La révolution inachevée, coll. Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Jean-Louis Biget et Henry Rousso, Belin, 2010.

Fernand Rude, Les Révoltes des Canuts (1831-1834), éd. La Découverte, Paris, 1982.

Ludovic Frobert, Les Canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Tallandier, 2009.

Sur internet : 

L’Echo de la Fabrique en intégralité sur le site de l’ens : http://echo-fabrique.ens-lyon.fr

Musée de l’Histoire de Lyon : http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/

La maison des Canuts  : http://www.maisondescanuts.fr

Et vous, que conseillerez vous sur le sujet ? Avez-vous des ancêtres canuts ? Connaissez-vous d’autres moyens de connaître les métiers des ancêtres ? 

Z comme zoologie : les animaux domestiques de nos ancêtres

      Pour ce dernier jour du challengeAZ, j’aurais pu évoquer le prénom de Zélie, que j’ai rencontré de nombreuses fois dans la première moitié du XIXe siècle et qui m’a bien séduite, mais j’avais envie de quelque chose d’un peu plus ambitieux pour clôturer ces 26 jours de défi ! 

La plupart de nos ancêtres étaient des gens qui vivaient à la campagne, et même s’ils vivaient à la ville, ils vivaient forcément à côté d’animaux, voire avaient des animaux domestiques.  A la campagne, les travailleurs de la terre ont pu vivre à côté de vaches et de boeufs mais vu l’investissement qu’ils représentaient, il est plus probable que les animaux qui étaient les plus nombreux étaient les poules et les oies. Le cheval et l’âne, comme les boeufs, sont des forces pour labourer la terre et pour faire avancer des véhicules ; les chevaux sont indispensables à l’armée pour former la cavalerie ; à ce titre, ils sont aussi les meilleurs amis des hommes. 

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Mais comment les voir dans les sources ? A partir des métiers, pour ce qui concerne les chevaux par exemple. Ce qui est dommage, c’est que les chiens ou les chats ne sont pas dans les inventaires après décès : les historiens se sont demandés si c’était le signe qu’ils ne pensaient pas à eux, ou si au contraire ils n’étaient pas considérés comme des biens, mais comme des membres de la famille (1).  

Un chien dans  un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Un chien dans un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Les sources qui peuvent vraiment donner des informations sur les animaux sont celles de l’archéologie. 

Les représentations, cependant, peuvent aussi donner une idée de l’attachement pour certains animaux : le chien, associé des chasses, protecteur des loups ;

Detail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d'Orsay by Mary Harrsch.

Détail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d’Orsay by Mary Harrsch.

le chat est plutôt représenté comme appartenant au monde de la sorcellerie. Cependant, on peut douter de cette représentation du chat : comme aujourd’hui, le chat est aussi le protecteur contre les rats et les souris et il apparait de plus en plus sympathique, en témoigne le succès du Chat botté de Charles Perrault. 

Le Maître chat ou le Chat botté Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Le Maître chat ou le Chat botté
Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Plus amusant : parfois, on peut voir des traces de pattes de chat sur les pages de registres paroissiaux ; signe que le prêtre avait peut-être un chat dans l’église ! Malheureusement, je n’ai pas fait de photo, mais si jamais vous en croisez, faîtes nous partager ! 

Merci à Sophie Boudarel pour cet exemple éloquent !!

Pour en savoir plus : 

R. Delort, Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 15e congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses représentations au moyen-âge (XIe – XVe siècles) pp. 11-45. url :/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1435
F. Audoin-Rouzeau, Compter et mesurer les os animaux. Pour une histoire de l’élevage et de l’alimentation en Europe de l’Antiquité aux Temps Modernes, Histoire & Mesure, 1995 volume 10 – n°3-4. Consommation. pp. 277-312. url :/web/revues/home/prescript/article/hism_0982-1783_1995_num_10_3_1558
L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, 2010 [1996]
 
(1) R. Durand (dir.), L’homme, l’animal domestique et l’environnement du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Nantes, 1993
R. Delort, Les animaux ont une histoire, Paris, 1984