Des faits divers dans les registres paroissiaux

Bonjour à tous !

Pour commencer, je voudrais remercier tous les généablogueurs qui passeraient par ici et dont j’ai découvert les blogs cette année grâce au ChallengeAZ. Vos articles sont très instructifs et donnent beaucoup d’idées.

Pour cette fin d’année, j’ai choisi de parler d’une de mes trouvailles dans les registres paroissiaux de Charleville, dans les Ardennes : il s’agit de deux lettres du greffe du bailliage relatant une enquête après la découverte d’un cadavre sur les rives de la Meuse. Dans les pages de l’année 1790, on trouve ces lettres donnent les informations sur l’invention des corps, leur identification et la détermination des circonstances de la mort. 

Vue de Pont-d'Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Vue de Pont-d’Arche, faubourg de Charleville prise sur la petite place près le quartier, 1775, Gallica

Les morts trouvés sont des personnes qui se sont toutes noyées dans la Meuse. Nous avons l’exemple d’un armurier de 33 ans et d’un petit garçon de 6 ans. Ces lettres sont intéressantes à plusieurs niveaux : leur présence dans le registre paroissial ; la narration de l’enquête et de l’autopsie qui ont été menées ; le vocabulaire et les expressions employées pour parler du mort.

1) Des lettres de greffe du bailliage dans le registre paroissial

On peut se demander pourquoi ces lettres  sont insérées dans le registre paroissial. Elle apparaissent à la page où se trouve l’acte d’inhumation de la personne décédée. Il s’agit peut-être d’une façon de donner des précisions sur la mort, alors que l’acte dit seulement qu’elle est morte par noyade.

Je n’ai jamais vu de telle action pour une autre année que 1790. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un hasard mais je ne connais aucune documentation sur le sujet.

Les acteurs de la lettre sont le greffier et son commis,  un avocat en parlement, un procureur du siège du bailliage, un chirurgien de l’Hôtel Dieu de Charleville et les témoins ou personnes interrogées.

2) Comment parler du mort ?

* la description minutieuse du cadavre

Suivant un souci de précision et un ordre établi, les corps sont décrits tels qu’ils ont été trouvés sur le bord de la Meuse :

– tout d’abord, la position des différents membres du corps :

pour Pierre Rousseaux :  » les pieds dans l’eau vers le midy la tête au nord, la face en terre », et pour Joseph : « les pieds dans l’eau vers le couchant, la tête et le corps hors de l’eau vers l’ouest, la face vers le ciel portant cheveux chatains »

– ensuite, sont décrits très précisément les vêtements :

Pierre Rousseaux portait « une chemise grise, et d’un pantalon de grosse toile grise » ; Joseph portait « un bonnet de toile sur la tête […] un jupon bleu rayé d’un côté et vert de l’autre et d’un corsage d’étoffe grise, [et avait] des bas aux jambes ».

– enfin, un âge est estimé, avec une précision remarquable : Pierre Rousseaux est âgé « d’environ trente trois ans » et Joseph « d’environ six ans ».

* un vocabulaire particulier 

En effet, on ne parle pas de cause de la mort, mais de « genre de la mort ». Mais c’est surtout la façon de parler du cadavre qui est remarquable :   » si elles ont connu l’homme que le cadavre représente », « si elles ont connu le dit enfant, que le cadavre représente », « les dits sieurs Husson et Hivert […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux ». Que ce soit une question de vocabulaire ou de philosophie, le cadavre est en quelque sorte distingué de la personne : il ne fait que la représenter.

La découverte et la description font ensuite place à une enquête pour déterminer ce qu’il s’est passé.

3) Une enquête et une autopsie

L’enquête a d’abord pour but d’identifier les personnes. Dans les deux lettres, l’enquête commence par l’interrogation de ceux qui ont découvert le corps. Ce sont  les sieurs Jean François Husson, pêcheur de poisson, et Pierre Simon Hivert, journalier à Charleville, qui ont trouvé le corps de Pierre Rousseaux. Voici ce qu’ils répondirent une fois interrogés :

« lesdits sieurs Husson et Hivert nous […] ont dit que ledit cadavre représentait la personne du nommé Pierre Rousseaux armurier […] à Charleville, qui ne scavent autre chose de sa mort sinon qu’il n’est sorti de chez lui le vingt six de ce mois [mai] dans le Grand matin, sans que l’on ait son positionnement ou de l’endroit, que ce qui paraît probable est qu’il se rendait sans doute à Warcq où il a un oncle et une cousine germaine, et qu’il est de leur connaissance qu’il professait la religion apostolique et romaine ».

L’information de la religion est très importante : il faut savoir si le corps peut être inhumé dans la paroisse catholique de St-Rémy de Charleville.

Pour l’enfant de six ans, nommé Joseph, il a été trouvé par Joseph Meurant, teinturier à Charleville, « étant alors les cinq heures de aujourd’hui occupé à pêcher sur le bord de la rivière de Meuse » lorsqu’il trouva le corps de l’enfant. Ce sont les « personnes présentes » qui ont été interrogées. Et l’enquête mène à une histoire plus mystérieuse que celle de Pierre Rousseaux…

Sa mère, Thérèse Marquin, originaire de Marche-en-Famenne, est appelée « la grande Thérèse ». Elle logeait « dans la maison du sieur Talfon, tonnelier rue du moulin, chez Charlotte Royer », qui a donné la majeure partie des informations sur cette famille.  Et elle aussi a été jetée à la rivière puis repêchée vivante. Malheureusement la lettre ne dit pas quel était son métier et pourquoi elle avait été jetée dans la Meuse. La mort du petit garçon est assez mystérieuse. Thérèse était-elle encore en vie au moment où ils trouvent son enfant sur le bord de la Meuse ?  Sinon pourquoi ne serait-elle pas entendue ? Et surtout qui a tué cet enfant ?

Cela, on ne l’apprendra pas avec la lettre, par contre, elle donne des informations sur la mort, qui indiquent une origine criminelle. Voici le rapport du chirurgien :

« l’enfant avait été blessé mortiellement par différents coups d’un instrument contondant sur les parties antérieures de la tête et au col ».

Ceci amène à confirmer une piste criminelle ; malheureusement, je n’ai pas d’idée de source pour continuer l’enquête et savoir tout ce qui s’est passé. Avez-vous des conseils ou avez-vous vous-mêmes trouvés de telles lettres dans les registres paroissiaux ou dans d’autres recueils ?

J’ai trouvé encore une autre lettre pour l’année 1790 et il est possible qu’il y en ait entre d’autres ; je n’en ai sélectionné que deux pour ne pas surcharger l’article, mais souhaitez-vous que je les présente dans un autre article ? 

Pour aller voir la source : 

Le site des archives départementales des Ardennes : http://archives.cg08.fr/

Registre 5Mi 5R 13 ; actes d’inhumation sur 20 avril 1790 et du 29 mai 1790. 

Les canuts dans mon arbre : qui étaient-ils ?

         Les canuts sont les ouvriers et les ouvrières de la soie à Lyon ; ils sont surtout célèbres pour les deux révoltes de 1831 et 1834. Mes recherches récentes sur ma généalogique m’ont amenée à découvrir que certains de mes ancêtres ont été canuts ; occasion qui m’a donnée envie de revenir brièvement sur leur histoire.

Visite de Mgr le duc d'Aumale à la Croix-Rousse dans l'atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

Visite de Mgr le duc d’Aumale à la Croix-Rousse dans l’atelier de M. Carquillat. Tableau tissé par Carquillat en 1844.

1) Comment ai-je découvert que mes ancêtres étaient des canuts ?

Tout d’abord, leur présence à Lyon au début du XIXe siècle, combinée à leurs métiers mentionnés dans les actes d’état civil, notamment de mariage ; ces derniers appartenaient au monde ouvrier du textile.

Il n’était pas marqué « canut » dans les registres d’acte d’état civil. Il était plutôt noté : tisseur(se), fabricant(e) d’étoffe, tulliste et surtout, dévideur(se). C’est ce dernier métier qui a mis la puce à l’oreille car le métier de dévideur est de dévider le fil, c’est-à-dire de dérouler le fil avant de le placer sur des bobines.

Voici un exemple à partir d’un extrait d’un acte de mariage : 

« M. Eugène M.L. Bernard, âgé de 26 ans, né à Lyon, premier arrondissement le 23 jullet 1881, tulliste, demeurant en cet arrondissement rue Pierre Blanc, 3, célibataire, fils majeur de M. Mamert Jacques Bernard, et de Mme Madeleine Bouvard, son épouse, tisseurs, demeurant ensemble sur dite rue Pierre Blanc, 4, tous les 2 présents et consentants. »

Ensuite, c’est la localisation précise de leur lieu de vie qui m’a menée sur la voie. Mes ancêtres habitaient dans le 1er arrondissement de Lyon. De plus, les actes de mariages au XIXe siècle à Lyon donnent la rue et le numéro des maisons où habitent les parties. Ma famille habitait rue de l’Alma, rue de Vauzelles et rue Pierre Blanc, en plein quartier de la Croix-Rousse. Les quartiers canuts se trouvaient en effet sur la colline de la Croix-Rousse et dans les vieux quartiers à l’Ouest de la Saône. 

2) Qui étaient les canuts ?

Le terme de canut a une étymologie incertaine, mais il est sensiblement péjoratif ; après leur première révolte de 1831, l’opinion publique ne les voyait pas d’un bon oeil. 

Ils étaient donc des ouvriers qui tissaient la soie à partit de métier à tisser, comme le métier Jacquard depuis le début du XIXe siècle (voir ci-dessous). Ce métier marche avec un chapelet de cartons perforés. Il permet de tisser par une seule personne des étoffes décorées. 

Les métiers nécessitent de grandes salles car ils mesurent plusieurs mètres de hauteur. En conséquence, on construit des bâtiments après avoir utilisé les anciens couvents de la Croix-Rousse. Les ouvriers sont logés dans des immeubles appelés clos. 

 

Intérieur de l'atelier d'un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

Intérieur de l’atelier d’un canut vers 1877, Jules Férat— Le Monde illustré

 

Métier Jacquard

Métier Jacquard

-Quelles sont les fameuses révoltes de 1831 et 1834 ? 

Les révoltes des canuts sont liées à la situation politique et économique de la France.

Dans ce milieu ouvrier, une culture politique est née et a été portée par l’Echo de la Fabrique, premier journal ouvrier français. Les ouvriers exigent des réformes sociales pour limiter les abus des patrons et promouvoir un partage équitable des richesses.  En 1831, l’insurrection est provoquée par le refus des patrons de la soie de négocier.  Après avoir pris la ville de Lyon pendant plusieurs jours, les troupes royales reprennent en main la situation. Le gouvernement de Juillet est résolument conservateur à partir de 1832. Les ouvriers de la soie se rapprochent alors des milieux politiques républicains. La deuxième insurrection de 1834 demande l’abrogation de la nouvelle baisse des prix – en conséquence la baisse des salaires. En avril, au moment du début des procès des grèvistes, une nouvelle grève est décidée ; les tensions sont à leur paroxysme avec la police et finalement la situation dégénère en révolte ; c’est le début de la « sanglante semaine ». La répression par les troupes royales fut violente. Le 14 avril, on compte 600 morts parmi les civils et les insurgés et 130 soldats. 

L'Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

L’Echo de la Fabrique, 1845/09/01, Lyon, Gallica: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32760372s

Mes ancêtres n’ont peut-être pas participé directement à ces révoltes car la première date certaine de leur présence à Lyon est 1846. Néanmoins, les canuts ont existé jusqu’à la fin du XXe siècle et certains traits de leur vie quotidienne et de leur culture politique ont perduré.

Extrait d’un reportage sur les derniers canuts de Lyon en 1978 (INA) sur youtube

 

Que lire sur le sujet ? Quelques idées :

Historia n°805 – janvier 2014 : Les dessous de la deuxième révolte des Canuts, p. 60-64.

Pour les jeunes lecteurs : Claudine de Lyon, roman de Marie-Christine Helgerson, éd. Flammarion, Paris, 1998. Roman destiné aux 10-12 ans, qui raconte l’histoire de Claudine, jeune fille d’une famille pauvre d’ouvriers, qui a des dons pour la mode et qui va réussir à réaliser ses rêves. 

Sylvie Aprile, 1815-1870, La révolution inachevée, coll. Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Jean-Louis Biget et Henry Rousso, Belin, 2010.

Fernand Rude, Les Révoltes des Canuts (1831-1834), éd. La Découverte, Paris, 1982.

Ludovic Frobert, Les Canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Tallandier, 2009.

Sur internet : 

L’Echo de la Fabrique en intégralité sur le site de l’ens : http://echo-fabrique.ens-lyon.fr

Musée de l’Histoire de Lyon : http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/

La maison des Canuts  : http://www.maisondescanuts.fr

Et vous, que conseillerez vous sur le sujet ? Avez-vous des ancêtres canuts ? Connaissez-vous d’autres moyens de connaître les métiers des ancêtres ? 

X comme né sous X : idées pour retrouver les parents

   Ce matin, le challengeAZ propose la lettre X : aujourd’hui, il est possible d’accoucher sous X et pour les parents de garder l’anonymat ; à l’époque moderne, cela ne pouvait pas vraiment se passer comme cela. Alors, lorsqu’on a un ancêtre abandonné, est-il possible de retrouver ses parents ? 

* Une femme enceinte non mariée dans la société d’époque moderne ne passe pas inaperçue. Plus qu’une volonté de contrôler les moeurs, l’Etat veut les surveiller pour éviter qu’elles ne tuent leur bébé une fois né, dans l’intention de cacher cette descendance. Un édit de Henri II en 1556 impose donc une déclarations de grossesse. Ces déclarations existent pendant la Révolution et au début du XIXe siècle (1).

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

La déclaration se fait auprès de différentes autorités selon les lieux, donc les archives peuvent se trouver aujourd’hui dans les fonds des officialités, les archives judiciaires seigneuriales, les fonds notariaux ou encore les archives municipales. Voici un extrait de l’inventaire fait par Marie-Claude Phan pour son étude, le reste est dans l’article mis en lien plus bas :  Aude : A.D. série B 636, 637, 638, sénéchalat de Carcassonne, 1676-1786. Côtes-du-Nord : A.D., B 169, juridiction de Boisriou et Borquens, 1684-1745. Id., B 576, juridiction de Lamballe, 1684-1789. Isère : A.D., B, justice royale et épiscopale, 1677-1790. Lot-et-Garonne : A.C. Agen, FF 95, 96, juridiction consulaire, 1642-1790. S Seine-et-Marne : A.D., B. bailliage de Provins, 1667-1790. Id: prévôté de Provins, 1665-1726.

En 1586 l’édit devient public : il doit être lu par les curés et vicaires paroissiaux après la messe tous les trois mois. L’ordonnance de Louis XIV du 25 février 1708 renouvelle cette obligation. 

La déclaration doit être faite par les femmes enceintes en personne ; il n’y a pas de délai pour déclarer, mais on constate que la plupart du temps, elles le font quand elles ont dépassé les trois mois de grossesse. 

Elle est aussi une dénonciation du « séducteur », afin qu’il pourvoie aux frais de l’accouchement et de a nourriture de l’enfant. 

Cette source permet donc de connaître le père et la mère ; encore faut-il pouvoir soupçonner l’existence de cette mère dans une localité bien précise et dans une période précise (3 à 6 mois avant la naissance) pour espérer retrouver l’acte. Mais le jeu en vaut la chandelle. 

 

* Les registres paroissiaux peuvent à l’occasion donner des informations sur les conditions de la naissance : j’ai déjà vu des prêtres ajouter le nom du père, surtout dans les actes entre les années 1770 et 1790. Les signatures des parrains et marraines peuvent aussi appartenir à la famille du père. Seulement, cela suppose que le père et la mère soient en plutôt bons termes. 

Il existe aussi des actes de reconnaissance dans les registres paroissiaux ; après la naissance, le père vient déclarer sa paternité. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils ne sont pas négligeables, même s’ils peuvent être un peu difficiles à trouver dans les registres.

* Enfin, dans les registres d’entrée à l’Hôtel-Dieu des enfants abandonnés peuvent aussi donner des indices : les enfants abandonnés sont assez souvent laissés avec un objet dans l’intention d’identifier l’enfant et de le retrouver éventuellement plus tard, quand les conditions seraient plus favorable pour la mère ou les parents.  Ces objets peuvent êtres des cartes à jouer, un petit billet ou un objet semblable. Souvent, cependant, ces nourrissons meurent avant leur première année, donc il est assez rare de descendre de tels enfants. 

Incendie de l'Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

Incendie de l’Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

J’espère vous avoir donné des pistes pour retrouver des mères et des enfants abandonnés. En avez-vous déjà rencontré dans votre arbre ? Pour l’instant, je n’ai pas réussi à en trouver. 

 

Pour en savoir plus : 

(1) M.-C. Phan, « Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel, Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 22e, No. 1 (Jan. – Mar., 1975), pp. 61-88
Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/20528266 (pour lire les revues Jstor, il faut juste s’inscrire un ligne sur le site)

I. Robin-Romero, Les orphelins de Paris, enfants et assistance aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUPS, 2007

Le site gouvernemental sur la législation de l’accouchement sous X en France.

Les débuts des 24 heures du Mans : retour sur les débuts de l’automobile

 A l’occasion des 24 heures du Mans qui vont bientôt commencer, voici quelques images d’archive des premières années de la course mythique, disponibles sur Gallica.  L’occasion de revenir à la situation de l’automobile il y a une centaine d’années en France.

24 heures du Mans en 1928 : BNF, département Estampes et photographie, EI-13 (2832)

Les 24 heures du Mans en 1928, [photographie de presse] / Agence Meurisse, BNF, département Estampes et photographie, EI-13 (2832)

 

La première course des 24 heures a lieu les 26 et 27 mai 1923. Elle naît d’une idée de l’Automobile Club de l’Ouest et de son secrétaire général Georges Durand en 1920. Pourquoi au Mans ? Car c’est dans la Sarthe que l’Automobile Club est née. 

 Le Mans : les 24 heures : le ravitaillement, la nuit : [photographie de presse] / Agence Meurisse

Les 24 heures du Mans en 1931 : le ravitaillement, la nuit : [photographie de presse] / Agence Meurisse – Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2881)

 Les 24 heures du Mans en 1928 : 4 Bentley Bernato Rubins [?] : [photographie de presse] / Agence Meurisse - Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2832)

Les 24 heures du Mans en 1928 : [photographie de presse] / Agence Meurisse – Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2832)

 

Cela est d’autant plus remarquable que l’histoire de l’automobile venait de naître. Ce moyen de transport a complètement changé notre façon de vivre et est devenu un symbole de notre société contemporaine. 

Sa naissance est liée à l’utilisation du moteur à explosion, à partir des années 1870. Elle est maîtrisée dans les années 1880 et 1890 avec notamment le brevet pour le moteur Diesel, moteur à combustion interne et à pression constante en 1892. Certaines premières automobiles fonctionnaient à la vapeur, mais c’est bien sûr le moteur à explosion qui a permis l’essor des automobiles. 

Timbre commémoratif  pour les  100 ans du moteur de Rudolf Diesel

Timbre commémoratif pour les 100 ans du moteur de Rudolf Diesel

 

Le contexte était alors bien différent de celui d’aujourd’hui : au début du XXe siècle, la France est le premier producteur européen, jusque vers 1930, avec plus de 40 000 voitures produites par an en 1913 ; entre 1890 et 1904, la France était la première dans l’industrie automobile. 

L'Usine des établissements André Citroën pond [XXX] automobiles de 10 H P par jour : [affiche] / [Mich] - Gallica- BNF ENT DN-1 (MICH/1)-GRAND ROUL

L’Usine des établissements André Citroën pond [XXX] automobiles de 10 H P par jour : [affiche] / [Mich] – Gallica- BNF ENT DN-1 (MICH/1)-GRAND ROUL

Les automobiles sont, au début du XXe siècle, encore des produits de luxe, même si leur prix baisse. Leur succès, parallèle au développement des sports et des loisirs,  entraîne de nouveaux événements et une presse spécialisée : le premier salon de l’automobile date de 1897 au Palais de l’Industrie ; le Guide Michelin et le quotidien L’Auto (consacré aussi à d’autres sports) sont publiés pour la première fois en 1900. 

Automobile Club de France,  affiche de la 6e exposition internationale de l'automobile au Grand Palais en 1903

Automobile Club de France, affiche de la 6e exposition internationale de l’automobile au Grand Palais en 1903

 

Des associations se forment également comme l’Automobile Club de France qui est née en 1895. Des courses sont organisées : en 1894 le Petit Journal organise une première course entre Paris et Rouen avec 26 voitures.  C’est dans ce cadre historique qu’est lancée la course d’endurance du Mans. 

Affiche de 1923

En 1900, il y a une trentaine de constructeurs et leur nombre augmente rapidement avec les années : ils sont 155 en 1914. Les grandes marques françaises sont les constructeurs Renault (depuis 1899), Peugeot (depuis 1890) et Penhard-Levassor (depuis 1891). C’est encore à cette époque une industrie dispersée, au contraire de ce qui se faisait aux Etats-Unis. 

Il est remarquable qu’en peu de temps les modèles d’automobile changent très vite : 

Wimille-auto, Panhard-Levassor à Nice, avril 1910, Villa Impératrice Eugénie : [photographie de presse] / [Agence Rol] - Gallica -NBF, département Estampes et photographie, EST EI-13 (72 5)

Wimille-auto, Panhard-Levassor à Nice, avril 1910, Villa Impératrice Eugénie : [photographie de presse] / [Agence Rol] – Gallica -NBF, département Estampes et photographie, EST EI-13 (72 5)

La « Petite Citron » très populaire de Citroën, produite en 1921.

La « Petite Citron » très populaire de Citroën, produite en 1921.

 

Les années 50 et l’attrait pour les automobiles américaines sont aussi un pan de l’histoire incontournable ; c’est pourquoi, ce sera l’objet un prochain article ! 

Des commentaires et des suggestions sont toujours les bienvenus ! N’hésitez pas à partager si vous aussi vous aimez les voitures 😉

 

Pour aller plus loin :

http://www.24h-lemans.com/fr/

http://www.lemusee24h.com

http://www.francebleu.fr/auto-moto/moteurs/moteurs-143

C. Ambrosi, A. Ambrosi, B. Galloux, La France de 1870 à nos jours, Armand Colin, 2010

D. Lejeune, La France de la Belle Epoque, 1896-1914, Cursus, Armand Colin, 2008 [1991]

Le nombre d’or et l’histoire de l’art

Quel point en commun entre ces cartes de paiement, ce tableau de Turner et le Parthénon ?

Norham Castle at Sunrise, J. M. W. Turner, 1845

Norham Castle at Sunrise, J. M. W. Turner, 1845

Cartes de paiement

Cartes de paiement

Le Parthénon

Le Parthénon

Oui oui, c’est bien leur forme, qui s’approche toutes d’un rectangle qui plaît aux yeux,  le rectangle d’or.

Pour toute introduction, le mieux est encore de commencer avec un dessin animé de Disney : le nombre d’or est expliqué entre la 8′ et 13′ minutes.

 

Rectangle d'or

Rectangle d’or

 

Cette proportion du rectangle, qualifiée de  « divine » par un mathématicien du XVe siècle, a une histoire que l’on peut retracer selon trois moments importants.

Elle commence en Grèce antique. Les réflexions sur la proportion remontent très loin dans l’Antiquité, mais on considère souvent que c’est Phidias (490-430 av. J-C), sculpteur à Athènes, qui  a utilisé le premier, sciemment, la divine proportion pour ses oeuvres, notamment sa statue d’Athéna, qui n’existe plus aujourd’hui.

Après la guerre contre les Perses (492-449 av. J.-C.). Periclès fut à initiative d’un grand programme de construction vers 447. Ainsi l’architecte Ictios réalisa le Parthénon, construit en l’honneur d’Athéna et qui devait accueillir la  statue créée par Phidias. Le Parthénon fut aussi construit selon un rectangle d’or.  Vitruve, un architecte romain du Ier siècle, mentionne dans ses sources qu’Ictios aurait rédigé un traité, aujourd’hui perdu.

Le plan du Parthénon et sa façade, telle qu’elle était à l’origine avec son fronton, respectent la même proportion :

Plan du Parthénon

Plan du Parthénon

Une reconstitution grandeur nature du Parthénon, au parc du Centenaire (1897), à Nashville (États-Unis)

Une reconstitution grandeur nature du Parthénon, au parc du Centenaire (1897), à Nashville (États-Unis)

 

L’idéal esthétique grec se retrouve durant l’époque romaine, comme en témoigne Vitruve.

Vitruve  présenta dans son De Architectura l’idéal de l’architecture : l’imitation de la nature. Dans son livre III sur les temples, il explique que le corps humain a des proportions parfaites ; les temples doivent avoir alors les mêmes proportions.

L'homme de Vitruve, Leonard de Vinci, dans la Divine Proportion de Luca Pacioli, 1509

L’homme de Vitruve, Leonard de Vinci, dans De la Divine Proportion de Luca Pacioli, 1509

Si le rectangle d’or est utilisé au Moyen Âge, c’est à la Renaissance que l’on rencontre les nouveaux théoriciens et mathématiciens qui se penchent sur la question.

Luca Pacioli (1445-1514) est peut-être le mathématicien le plus célèbre d’entre eux. Il est italien, originaire de Borgo San Sepolcro, et il est moine franciscain. Hommes de sciences, il est théologien et mathématicien. Son amitié avec Piero della Francesca, un des pionniers de la perpective, lui permet d’accéder à d’importantes bibliothèques italiennes, comme celle du duché d’Urbino. Invité par Ludovic le More, duc de Milan, à sa cour, il y rencontra Leonard de Vinci, avec qui il devient aussi ami. Un peu comme Frédéric II qu’on a vu dans l’article précédent, Ludovic Sforza voulait faire de sa cour un lieu intellectuel et culturel important.

L’oeuvre majeure de Luca Pacioli est la Summa di arithmetica, geometrica, proportione et proportionalita, encyclopédie mathématique, publiée en 1494. Mais il est aussi connu pour sa  De Divina Proportione, imprimé à Venise en 1509 et dont un manuscrit avait été offert à au duc de Milan. Dans cet ouvrage, composé de trois livres, Pacioli attribue à la proportion divine à un idéal divin. L’incommensurabilité et la perfection du nombre d’or sont vues par ce mathématicien du XVe siècle comme une oeuvre de Dieu, insaisissable et parfaite.

Leonard de Vinci a illustré le premier livre du De Divina Proportione : c’est le célèbre Homme de Vitruve (cf plus haut), qui voyait dans le corps humain la proportion parfaite.

Pour comprendre la fascination autour de ce nombre, voici quelques explications mathématiques :

Le nombre d’or

Le nombre d’or, que nous noterons traditionnellement \phi (lettre phi empruntée à la 1ere du nom de Phidias) est la proportion pour laquelle si a et b sont respectivement la longueur et la largeur d’un rectangle. Alors le rapport \phi\frac{a}{b} est égal à \frac{a+b}{b}.

Une résolution de cette équation donne \phi = \frac{1 + \sqrt{5}}{2}. Rien de bien charmant. Une écriture décimale approchée nous donne environ : 1,61803398. Cependant ce nombre étant irrationnel, par définition, il ne peut être écrit explicitement en base décimale (ou en base quelconque). Son écriture en fractions continues est \frac{1}{1 + \frac{1}{1+\frac{1}{1+...}}}, ce qui cette fois, est plutôt joli.

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Le nombre d’or est ainsi connu pour certaines propriétés esthétiques et pour son apparition dans la suite très connue de Fibonacci.

Pour terminer cet article, ajoutons que certaines oeuvres musicales ont le nombre d’or pour déterminer le nombre de mesures. 

 Nous espérons que ce deuxième article de la série pluridisciplinaire vous aura plus, n’hésitez pas à laisser un commentaire : une question, une remarque, un ajout éventuel à faire 🙂

Pour aller plus loin :

http://images.math.cnrs.fr/Le-Nombre-d-or.html

Le nombre d’or. Le langage mathématique de la beauté, collection présentée par Cédric Villani, No1, 164 p., 3,99 €

Priya Hemenway, The Secret Code, The mysterious formula that rules art, nature, and science, Evergreen, 2008

 

Des lapins et Frédéric II : quel lien ? Leonardo Fibonacci !

Introduction

Palais des Normands à Palerme ; cour intérieur

Palais des Normands à Palerme ; cour intérieur

Un lapin

Un lapin

Cette semaine, nous allons faire un billet d’un autre genre, d’un genre tout nouveau pour ce blog. L’histoire de la suite de Fibonacci et du nombre d’or est peut-être l’une des plus connue des mathématiques. Le nombre d’or est aussi peut-être LA proportion à connaître pour l’histoire de l’art. 

Fibonnaci est connu pour avoir résolu, dans le Flos Leonardi, 15 problèmes d’analyse dont le « problème des lapins ». Voici, telle qu’elle a été formulée, le problème introduisant la suite de Fibonacci :

Un homme met un couple de lapins dans un lieu isolé de tous les côtés par un mur. Combien de couples obtient-on en un an si chaque couple engendre tous les mois un nouveau couple à compter du troisième mois de son existence ?

Evidemment, plus qu’un intérêt pour les lapins, c’est une question d’étude de la dynamique des populations.

Qu’est-ce qui est intéressant ? Personnellement, nous trouvons la question de la dynamique profondément intéressante notamment en raison des deux points suivants :

  • Pouvoir mettre des mots simples sur des choses qui paraissent complexes. Si cette histoire est si agréable à écouter et à formuler, c’est parce qu’elle est simple (à ne pas confondre avec facile).
  • Parce qu’elle cache beaucoup de choses. Au fond, les lapins n’ont que peu d’importance, on sait d’avance que cela n’a pas de sens « réel ». Mais derrière ce problème se cachent des outils communs à énormément de problèmes, allant de la trajectoire des astres au mouvement de convection d’un liquide chauffé.

Mais pour commencer, un peu d’histoire ! 

Mais qui était donc Fibonacci ? 

Statue de Léonard de Pise, dans sa ville natale

Statue de Léonard de Pise, dans sa ville natale

Fibonacci était un italien du XIIIe siècle, qui s’appelait Leonardo et était surnommé Bigollo (« le voyageur »). On connait mal sa vie, mais on sait qu’il est né à Pise vers 1170 et qu’il a passé la majeure partie de sa vie à Béjaïa (anciennement Bougie), où son père était un »publicus scriba »  (chancelier, notaire ou représentant commercial, on ne sait pas exactement) de Pise. Ils ont beaucoup voyagé en Egypte, en Syrie, en Grèce, en Sicile et en Provence. A Béjaïa, il fait des études de mathématiques avec un mathématicien arabe, dont il a probablement appris le système de notation décimal.

Liber abaci, MS Biblioteca Nazionale di Firenze, Codice Magliabechiano cs cI 2616, fol. 124

Liber abaci, MS Biblioteca Nazionale di Firenze, Codice Magliabechiano cs cI 2616, fol. 124

Sa plus grande oeuvre est le Liber abaci, daté de 1202 où il expose les avantages du système numéraire « indien » (ou « arabe », celui actuel) et comment simplifier les calculs/équations. Il étudia aussi les théories de la proportion et les techniques pour trouver les solutions d’équations. Il publia plus tard, en 1220, la Practica geometriae (1220), un traité où il présente notamment le nombre Pi.

Il est intéressant de voir que Fibonacci ait fréquenté la cour de Frédéric II en Sicile, empereur germanique et qu’il fut sous sa protection. Le Liber quadratorium (1225) lui est dédicacé et il le rencontra en 1226. Cette oeuvre, considérée comme la plus grande, est consacrée encore aux théories des nombres et contient la fameuse suite de Fibonacci.

Frédéric II était un empereur atypique, en conflit permanent avec le pape mais protecteur des savants du monde entier.

Frederick_II_and_eagle

Né en Italie lui aussi, il régna entre 1220 et 1250 sur le Saint-Empire romain germanique. Ce dernier était composé de nombreux territoires différents et se trouvait en concurrence notamment avec la papauté, d’où les nombreux conflits avec l’empereur. Empereur de nombreux territoires, il est à la confluence de nombreuses cultures et langues : le grec, le latin, l’italien, l’arabe, le normand et l’allemand (que lui-même maîtrisait mal).

 

Schéma du Saint-Empire germanique vers 1181

Croquis du Saint-Empire germanique vers 1181

Mais l’originalité de la cour de Frédéric II est vraiment cette présence de savants et l’émulation scientifique et littéraire. Il rassemblait poètes, traducteurs, philosophes et mathématiciens comme Fibonacci ou Michel Scot. Il fit traduire des oeuvres très importantes comme celles d’Aristote et Avicenne. Frédéric II fut lui-même à l’origine d’un traité : de l’Art de chasser avec les oiseaux (De arts venandi cum avibus).  On comprend donc le climat dans lequel a dû évoluer Leonardo Fibonacci. Entre la cour de Sicile et ses nombreux voyages, Fibonacci a appris beaucoup des sciences mathématiques arabes du IXe et Xe siècles (l’algèbre l’arithmétique).

La suite de Fibonacci : aspects mathématiques

Revenons aux lapins pour comprendre la suite de Fibonacci. Regardons le nombre de couples de lapins adultes au fil des mois. Explicitons les règles : 

  • on commence par 1 couple jeune et 0 couple adulte le 1er mois ;
  • le 2e mois, on a 0 couple jeune et 1 couple adulte ;
  • le 3e mois, on a 1 couple jeune et 1 couple adulte ;
  • le 4e mois, on a 1 couple jeune et 2 couples adultes ;

=> et ainsi de suite : on a  0 couple adultes puis 1 puis 1 puis 2 puis 3 puis 5 puis 8 et que je vous demande le prochain numéro gagnant, que dîtes vous ? Vous devriez dire 13 pour gagner, en effet, chaque nombre est la somme des deux précédents. C’est ce qu’on appelle la « suite de Fibonacci ».

La suite grandit très vite  et même de manière dite exponentielle. Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une suite?

Une suite, c’est une famille d’éléments (ici des nombres) indexée par l’ensemble des entiers naturels.
De manière moins abstraite, imaginez vous une bibliothèque (c’est la suite) très très grande (en fait, elle est infinie), dans laquelle tous les livres ont pour référence un entier positif (1,2,3,etc.). Bien évidement, chaque livre a une référence unique, dans le cas contraire comment pourriez vous m’apporter le livre numéro 7?
Définir une suite, c’est définir chaque élément (on parle de « terme ») correspondant à chaque référence (en clair : qui est le livre numéro 7).

Par exemple : la suite des entiers pairs (u_n)_{n\in \mathbf{N}} (prononcez « u indice n, n dans grand n » ; on aurait pu l’appeler autrement mais u est rapide à écrire) est définie par :
Pour tout entier naturel (c’est à dire un entier plus grand ou égal à 0) u_n = 2\times n.
On a alors u_0 = 0u_1 = 2u_3 = 6, etc. Vous avez bien là l’ensemble des entiers pairs !

Une fois cette notion comprise, on peut définir la suite (\mathcal{F}_n)_{n\in \mathbf{N}} de Fibonacci.
Pour tout n entier naturel, \mathcal{F}_n = \mathcal{F}_{n-1} + \mathcal{F}_{n-2} et \mathcal{F}_0 = 0, \mathcal{F}_1 = 1.

À partir de cette définition, la suite est bien totalement définie. Cependant, vous l’aurez remarqué, j’ai utilisé une règle étrange pour donner la valeur de chaque terme. J’ai fait ce que l’on appelle dans le jargon mathématique : une suite définie par récurrence. C’est-à-dire que chaque terme est défini par des termes précédents.

Difficile de donner directement la valeur de \mathcal{F}_{324}. Il faut avant, connaître les valeurs \mathcal{F}_{322} et \mathcal{F}_{323}. Cependant pour ces valeurs là il faut connaître les valeurs précédentes et ainsi de suite.

La récurrence est donc un procédé pratique pour définir une suite, mais assez embêtant pour connaitre explicitement les valeurs. Pour les connaître, il faut résoudre la récurrence. Une telle résolution nous donnerait :

\mathcal{F}_n = \frac{1}{\sqrt{5}}\left(\phi^n +\left(\frac{-1}{\phi} \right)^n\right)

avec bien évidement \phi le nombre d’or !

Le nombre d’or apparaît dans la résolution de la suite récurrente. Les termes de la suite de Fibonacci sont donc couramment présents là où l’esthétique dans les rapports est importante (comme dans l’architecture).

Ainsi, nous avons posé les bases du nombre d’or et nous verrons dans le prochain article les principales applications du nombre d’or en histoire de l’art et la vérité sur le schéma d’un autre célèbre Leonardo 😉

NB :  Vous l’aurez sans doute remarqué, la rédaction de cet article est un peu différente. C’est parce qu’il fut rédigé à 4 mains ! 2 d’historiens, 2 de mathématiciens !

Nous espérons que ce court article vous aura plus, n’hésitez pas à laisser un commentaire : une remarque, une question, une suggestion, une recette à cookies (hum), etc.

 

Pour aller plus loin : 

I. Heullant Donat (dir.), Education et cultures, Occident chrétien XIIe-XVe siècle, Tome II, Atlande, 1999

V. Arnold, Equations différentielles ordinaires, Ellipses, Editions Mir Moscou, 1974