Le Roman de Renart : what does the fox say ?

Les renards sont souvent, dans notre esprit, des animaux très rusés et très malins. Le renard tient son nom et sa réputation d’un roman célébrissime du moyen âge (un best-seller médiéval, pourrait-on dire) : le Roman de Renart. Auparavant, le renard avait pour nom goupil, mot français dérivé du nom latin vulpes

En fait cette représentation aujourd’hui du renard est due à une culture littéraire qui date du Moyen Âge et qui nous a été transmise par divers chemins. Le Roman de Renart est une fenêtre sur la culture littéraire du Moyen Âge et sur la société médiévale des XIIe et XIIIe siècles.

Vulpes Vulpes

Vulpes Vulpes

Pour les plus jeunes, le nom de goupil vous dit peut-être quelque chose, même si vous n’avez jamais lu de textes médiévaux ou de textes latins : vous vous rappelez probablement du pokémon Goupix ! (et oui, même les pokémons n’ont pas des noms choisis au hasard). Goupix est le nom choisi par les traducteurs français pour interpréter le nom japonais qui vient de la mythologie japonaise. 

Goupix

Goupix

Renard est un goupil qui cherche, au cours de ses aventures, à se procurer de la nourriture et à jouer des tours. Il est l’archétype du mauvais chevalier, qui ne respecte pas ses promesses et qui se moque du pouvoir du roi. Toute la société médiévale est représentée par des animaux, dans la tradition des fables d’Esope. Le roman est d’abord le nom d’un texte rédigé en langue romane, c’est-à-dire la langue parlée au début du moyen âge (entre le VIIIe et le XIIe siècle) puis il désigne un genre particulier.

Le Roman de Renart ne ressemble pas à un roman d’aujourd’hui, mais plutôt à une série d’aventures ou une série de petits contes. Le Roman de Renart n’est donc pas un livre, mais un ensemble de manuscrits, qui ont été écrits et recopiés entre environ 1175 et 1250. Aux XIIe et XIIIe siècles, peu de gens savent lire. Les aventures de Renart sont contées dans les lieux publics (place du marché, rues mais aussi palais et cours des seigneurs) par des jongleurs itinérants. Ces jongleurs ont souvent des instruments de musique pour accompagner les récitations. Le Roman est versifié comme une poésie : il est composé de 60 à 70 récits en octosyllabes.

Comme les aventures étaient très populaires, des épisodes ont été ajoutés au fur et à mesure. Les auteurs connus sont Pierre de Saint-Cloud, le plus ancien, Richard de Lison et le prêtre de la Croix-en-Brie.  Le XIIe siècle est un moment tournant pour l’écriture en langues vernaculaires. Le français est utilisé pour des textes dont le sujet n’est pas religieux et qui sont le plus souvent en vers. Il existe très tôt une littérature qui prend les codes inverses de la littérature courtoise : mise en avant de l’amour, mais sans ménager le clergé et sans spiritualité.   

Roman de Renart, BNF, Paris; Ms fr.12584, folio 18v-19r

Roman de Renart, BNF, Paris; Ms fr.12584, folio 18v-19r

Si les aventures du mauvais chevaliers plaisent et font rire le public médiéval, c’est qu’elles résonnent avec l’ordre et les codes de la société de l’époque. sous les règnes de Louis VII (1137-1180) et de Philippe Auguste (1180-1223), la France était régie par le roi et par un système féodal : c’est un régime politique, économique et social fondé sur le fief, généralement une terre concédée par un seigneur à un vassal en échange d’obligations de fidélité mutuelle, de protection de la part du seigneur, de services de la part du vassal. En haut de la pyramide, le seigneur est le roi. A partir du règne de Philippe Auguste, le pouvoir du roi affirmé et la puissance de certains seigneurs sont affaiblis. 

Le siège de Maupertuis, Jacquemart Gielée, Renart le Nouvel, Nord de la France, 1290-1300, BNF, Manuscrits, fr 1581 f. 8V

Le siège de Maupertuis, Jacquemart Gielée, Renart le Nouvel, Nord de la France, 1290-1300, BNF, Manuscrits, fr 1581 f. 8V

D’autres épisodes font références à la croisade :  c’est en effet un élément important du contexte historique. Du XIe au XIIIe siècles furent organisées neuf croisades vers Jérusalem. Partir en croisade était un moyen pour des chevaliers et des seigneurs d’oeuvrer pour leur salut et de se repentir.

A la fin de l’épisode du « Jugement de Renard », par exemple, ce dernier échappe à la pendaison en promettant de partir en croisade. Il est bon aussi de rappeler que c’est aussi une période de guerre contre l’Angleterre, dont l’épisode le plus célèbre est la victoire de Bouvines en 1214 contre Jean sans Terre. Quelques épisodes des aventures de Renard sont connues par les Fables de la Fontaine. C’est le cas, par exemple, du renard et de maître Corbeau : dans le Roman, pour manger maître Tlécelin le corbeau, Renart fait chanter le corbeau pour faire tomber le fromage qu’il avait dans le bec et fait croire qu’il est blessé pour laisser Tlécelin s’approcher de lui.

Renart et Tlécelin le corbeau, Manuscrit fr. 1580f. 48, BNF

Renart et Tlécelin le corbeau, Manuscrit fr. 1580f. 48, BNF

D’autres romans du Moyen Âge sont très célèbres comme le Roman de Fauvel, un âne devenu roi, le Roman de la Rose ou encore les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes comme Lancelot ou le Chevalier de la Charrette. Y en a-t-il d’autres que vous auriez lus et que vous conseillerez ? 

Pour aller plus loin :

Un manuscrit du Roman de Renart à feuilleter et à télécharger sur Gallica : http://couic.fr/6mq   !

Le dossier pédagogique de la BNF : http://classes.bnf.fr/renart/index.htm

Une édition du Roman de Renart qui m’a bien plu : Le roman de Renart, Larousse, Petits Classiques Larrouse, 2008  

Histoire culturelle de la France : Jean-Philippe Genet, La mutation de l’éducation et de la culture médiévales, Occident chrétien (XIIe-milieu du XIVe siècle), tome 1, Seli Arslan, Paris, 1999

Jean-François Sirinelli, Jean-Pierre Rioux, Michel Sot (dir.), Histoire culturelle de la France, 1 : Le Moyen Age, Seuil, Paris, 1997

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La dame à la Licorne et toutes les autres licornes

Pour les vacances qui arrivent, pourquoi n’iriez-vous avec votre enfant (ou vos enfants) voir La dame à la Licorne, exposée au musée de Cluny  ?

La dame à la Licorne - musée de Cluny

La dame à la Licorne – musée de Cluny

La dame à la licorne a été utilisée pour de nombreuses occasions, et notamment pour le décor de la salle commune des Gryffondor dans Harry Potter : c’est bien la dernière toile, la sixième, la plus mystérieuse qui a été choisie pour l’occasion. La plupart des fans de Harry Potter l’auront déjà remarqué…

Salle commune de Gryffondor dans Harry Potter

Salle commune de Gryffondor dans Harry Potter

La vraie toile fait partie en réalité d’un ensemble de tapisseries de la fin du XVe siècle, commandées par un magistrat lyonnais, et qui représentent chacune un sens : le goût, l’ouïe,  l’odorat, la vue et le toucher. La sixième représente une femme qui range son collier dans son coffre. Sur la tente est écrit  » à mon seul désir », ce qui a pu faire penser que cette  toile représente la volonté comme « sixième sens », mais chacun est libre d’avoir sa propre idée.

Les tapisseries sont très grandes, environ 3 mètres de hauteur pour 2 à 4 mètres de large, ce qui rend l’observation agréable. On peut voir tous les petits détails amusant : des lapins, des singes, des petits chiens, des renards… Tout pour jouer à reconnaître et à compter les animaux !

Détail de La dame à la Licorne

Détail de La dame à la Licorne

Les licornes étaient jusqu’au XVIe siècle, voire XVIIe siècle, assez présentes dans les représentations iconographiques et héraldiques. Leur existence était certaine pour les contemporains, suite à la description de voyageurs en Afrique, peut-être à la suite d’une confusion avec des antilopes.  Leur dessin était variable, comme on peut le voir avec ces extraits de différentes cartes maritimes du XVIe siècle  :

Licorne dans la Carte nautique de Joan Oliva, 1595

Licorne en Afrique dans la Carte nautique de Joan Oliva, 1595, bnf

Licorne dans Atlas nautique de Joan Martines, 1583

Licorne dans l’Atlas nautique de Joan Martines, 1583, bnf

Dans la représentation des cartes, souvent des animaux fantastiques illuminent des espaces « blancs », des lieux peu connus. Pour voir plus d’animaux extraordinaires (comme les sirènes et les dragons) dans les cartes anciennes, la bnf fait une très belle exposition virtuelle : http://expositions.bnf.fr/marine/albums/creatures.

Pourquoi ne pas demander aux enfants leurs propres dessins d’un licorne ? Le résultat peut bien être au final plus convaincant que celui des cartes du XVIe siècle 🙂

Des livres peuvent accompagner votre visite avec votre enfant, si vous le désirez : par exemple, Mon Petit Cluny, de Marie Sellier.

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Si vous êtes intéressé(e) par cette oeuvre et que vous voulez en savoir plus sur son histoire, voici la présentation fournie par le musée de Cluny : http://www.musee-moyenage.fr/media/documents-pdf/dossiers-de-presse/dp-dame-la-licorne.pdf.

Sur l’histoire des licornes, un livre d’histoire de référence est paru l’année dernière : Les secrets de la licorne, de Michel Pastoureau et Elisabeth Delahaye.

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Et voici les dernières créations incroyables autour de l’oeuvre au centre Georges Pompidou !!