D comme Divorce révolutionnaire

 

Aujourd’hui, pour la lettre D, j’ai envie d’aborder la question du divorce, qui apparaît qu’à partir de la Révolution, par la loi du 20 septembre 1792. Le divorce est intéressant car il est un moment plein d’enjeux dans la vie d’un individu et il peut révéler des choses de la vie familiale à la fin du XVIIIe siècle.

Dans mes recherches généalogiques, je n’ai pas trouvé de divorce dans ma famille, mais j’ai pris l’histoire d’un couple qui vit dans le même village que mes ancêtres, Saint-Laurent-de-Mure, près de Lyon. Les images sont donc issues des archives départementales du Rhône en ligne. Cette archive se trouve dans l’état civil, avec les mariages.

Il s’agit de Jean Guy, 30 ans, instituteur né à Lyon, qui divorce de Marie Xavière Holstein, 26 ans, née aussi à Lyon, le 20 thermidor an VIII soit le 27 juillet 1800.

divorce st laurent

Ce sont donc des jeunes gens. Jean Guy est un homme qui a fait des études, est-ce que son milieu social a favorisé son accès au divorce ?

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Ils demandent le divorce pour « cause d’incompatibilité d’humeur ». Pas de mention de violences conjugales, ni d’adultère, simplement une « incompatibilité d’humeur ». Le divorce pouvait en effet être demandé par l’un des deux époux pour  différents motifs : absence d’un époux, mauvais traitements, folie, condamnation d’un époux à une peine infamante. Les femmes pouvaient donc demander seules le divorce, mais on ne sait pas si c’est le cas ici.

 

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Comme pour tout acte officiel, il y a des témoins : « Joseph Delétang, boulanger, 39 ans ; Claude Masson, Maréchal âgé de 45 ans ; Thomas Buisson, âgé de 40 ans et François Chapuy, boulanger, âgé de 45 ans, tous les quatre demeurant à Saint-Laurent de Mures […] et non-parents des citoyens Guy et Holstein ». Cela est étonnant : pourquoi aucun parent ? Etaient-ils morts ou était-ce mal venu de demander à des parents de témoigner pour un divorce ? 

exdivorce3

 

On peut confronter cet exemple aux données historiques que nous avons sur les mariages (1) :

  • les divorces sont plus nombreux en ville que dans les villages en France.
  • il y a eu une vague de divorces à partir de 1792, puis le nombre a diminué : peut-être pour régulariser en 1792 des séparations de corps qui existaient de fait et peut-être aussi à cause du contexte révolutionnaire de 1792 (certaines villes ont connu un déclin de la religion catholique)
  • les divorces sont davantage demandés par les femmes que par les hommes

La loi autorisant le divorce est abrogée à la Restauration, en 1816. Il faut attendre la IIIe République, en 1884, pour le voir ré-autorisé.

Ce qui est amusant est que ce divorce ne correspond pas à ces grands traits : il a lieu dans un village, on ne sait pas s’il a été demandé unilatéralement par une femme et il a été prononcé en 1800 !

Avez-vous croisé des divorces dans votre généalogie ? Par quels motifs ont-ils été justifiés ?

Références que je vous encourage à lire : 

  • (1) R. G. Phillips, « Le divorce en France à la fin du XVIIIe siècle », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 34e année, n°2, 1979, pp.385-398.

https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1979_num_34_2_294052

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. feuillesdardoise dit :

    Aucun divorce pour le moment dans ma généalogie ! Ah ! c’est l’Anjou me direz-vous !!!

    1. Cécile-A. dit :

      Haha, oui ça doit être ça ! 😆

  2. Murielle MESTREAU dit :

    Pour le moment, après 30 ans de recherches généalogiques, je n’ai pas trouvé de divorce dans mes ascendants : une preuve de fidélité ?

    1. Cécile-A. dit :

      Oui, ou un attachement au mariage ? Difficile de savoir ce qu’il y avait dans les cœurs 🙂

  3. Sébastien dit :

    Article intéressant!
    J’ai le cas d’un divorce pendant la période révolutionnaire dans un village. Mon aïeule a en réalité était contrainte de divorcer car elle était mariée avec un homme qui s’est retrouvé émigré (il était domestique d’un comte qui avait émigré). Pour autant, après la révolution il est revenu et le couple à vécu ensemble jusqu’à leurs morts.

    1. Cécile-A. dit :

      C’est une histoire très intéressante ! Elle nous apprend des choses sur la vie des domestiques. Je suis contente qu’ils se soient retrouvés après la révolution ☺️

  4. Christelle dit :

    J’ai un divorcé parmi mes ancêtres, mais sur une période beaucoup plus récente (1906), j’en ai quelques uns aussi parmi mes collatéraux. Mais aucun divorce révolutionnaire comme celui-ci, c’est très intéressant !

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