Lettre n°2 de la liasse inconnue : une affaire commerciale mystérieuse

Bonjour cher.e.s  lecteur.rice.s !

La lettre d’aujourd’hui est une lettre très précieuse par son détail et par le soin avec laquelle elle a été rédigée. L’écriture est fine et petite. Elle est aussi précieuse par son contenu.

Cette lettre est mystérieuse car l’objet n’est pas évident : il est question de commandes, de bateaux (des « batimens ») venant d’outre mer, probablement d’Amérique. Il est aussi question de lingots, de change et de reproches !

La présentation de la lettre : il s’agit d’une feuille de papier de chiffon vergé plutôt solide, avec en transparence le nom du fabricant.  Cette feuille est pliée en deux pour former 4 pages. Elle a été pliée encore en 4 pour être scellée puis envoyée. Il reste une trace du cachet de cire rouge.

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Lecture du document

La lettre est assez difficile à comprendre : tout d’abord, il n’y a quasiment pas de ponctuation, mais surtout, il y a un symbole, probablement une abréviation que je ne connais pas ; or, comme elle est utilisée souvent, elle permettrait de comprendre beaucoup mieux l’objet de la lettre. Il s’agit d’une sorte de 8 avec « res » écrit à la suite au dessus ; je ne pense pas qu’il s’agisse de l’abréviation courante de « octobre » vu le contexte, mais j’attends votre avis. Vous pouvez lire le document en cliquant sur les scans qui suivent.

Je propose une ponctuation pour faciliter la lecture. N’hésitez pas à me faire remarquer si vous trouvez une autre cohérence dans les phrases. De plus, je respecte le retour à la ligne pour faciliter la comparaison des lignes du document et celles de la retranscription. Bonne lecture 🙂

Transcription

Adresse Postale : Messieurs Fabron Frères
Comp. Reg…
Marseilles

Dans un pli : 1749, Lyon le 6 juin
M. J. Joubey Daudé et Comp.

La lettre :

Mr Fabron Frères et Cie

A Lyon ce 6e juin 1749
R[eçu] le 9e

Messieurs,

Nous avons par ce courrier l’honneur de la Vostre du 2e du courant, par laquelle
nous voyons que devez nous avoir fait l’expédition des 1000 (…) colonnes qui se trouveront réduittes
par rapport au frès à 990, qu’avez recu par le duc de Pinthievre (sic) pour notre compte
avec aux environ de 3 à 4 000 de neuves que devais vous remettre Mr Lafont ; nous en serons
attendans l’advis d’expedition, vous nous dittes que l’autre batimens qui l’attendais
de Cadix est arrivé avec 25/(…). Il est bien sur que ce ne sera également que des
colonnes, estant de celles qui sont arrivées par Le Condé de la mer du sud, et il n’en
vient pas d’autres que des colonnes de ce costé là. Ce n’est pas une raizon pour qu’elles
passent icy plustot que d’autres, mais nous sommes surpris de ce que nous dittes que
n’acheptérés plus rien sans un nouvel ordre de nostre part. Nous ne pensons pas vous
avoir fixés de ne nous acheter que ces 3 à 4 000, quand vous auriez passés vos
achapts pour le double et le triple ; cela nous aurais fait plaisir, et par toutes nos
lettres nous vous l’avons expressement recommandés, nous ne scavons (…) atttribuer
ce discour de votre part.
Nous voyons comme à la fin vous avez retirés le mandat de la chambre du commerce
pour ce qui nous reviens de nos (….) du vaisseau La Resurection, montant à L. 7475..1..6.. (sic)
dont nous vous avons débités. Nous nous trouverons, comme vous l’avons enmandés, en
perte sur cette affaire de plus de 500, ce qui n’est pas fort heureux pour le (…)
risque que l’on nous aye fait de par la paix. Il ne faut pas même croire que dans
la ditte perte, nous y comprenions la longueur de cette affairre, c’est du capital que
nous perdons cela. Nous examinerons après le départ du courrier le compte que nous
envoués de la répartition de cette affairre, quoique nous pensions qu’il soit fort
justen cela ne nous indemnisera pas.
Comme vous nous cottés par vostre dernière le change sur Madrid à 7574
si vous puissiez audit change nous procurer aux environs de 2000 (?), vous nous
feriez plaisir et tirer sur nous pour la valeur en ce courant payement ou sur
Paris pour le 16/26 du courant en ce cas vous le feriez sur Mr. LePrieur et fils rue
St-Denis à la perle, nous vous offrons nos services et avons l’honneur de vous
estre très parfaitement.

Vos trez obeis serviteurs
Messieurs J. Joubry Daudé et cie
[signature]

Cy joins nous vous remettons une petite lettre de L. 1300 echuce (?) sur chaudron
et magnan de votre ville, aux quels en la recevant nous pourriez de notre part
faire un petit reproche, de ce qu’ils ne prennent plus de la (mar…) chez nous.
Nous en ignorons le motif, vous ne nous avez rien plus dit de ces billets de
L. 400 que vous avez sur le Tresorier des Galeres
Cy joins vous trouverés le compte de nos produis de vos matières en
lingots ou culots, avec la notte distincte de tous les différents jittres (?)
vous verrés que nous avons observés toutes les différentes marques et n°. Le certificat
de l’essayeur y est joins, vous reconnaitrés qu’il a falu fondre les cûlots,
nous affineurs ne les prenant pas autrement. Et quoiqu’ils prennent
pour l’ord(…) 5 sols par marc pour la fonte, nous les avons fait contentés
de 3 par marc. Nous attendrons présentement que nous en remettiez une
facture encleyle (?).
Vu (…) (…) (…) Daudé un petit mémoire cy joins p (pour?) prendre
une information, ce que nous vous prions vouloir faire pour nous en donner
la réponse.

 

Analyses et pistes de recherche

  • Il n’y avait pas d’autre document joint à la lettre.
  • Pour le vocabulaire, le « culot » = du métal fondu (vérifié dans le Trésor de la Langue Française).
  • Nous avons visiblement une lettre de deux commerçants ou de deux banquiers qui dépendent de l’arrivée de marchandises, ou de métaux précieux (or, argent?) qui vient de l’Atlantique (d’Amérique certainement). L’auteur de la lettre écrit de Lyon à son destinataire qui est à Marseille et qui attend un navire de Cadix.
  • La lettre a mis trois jours pour « descendre » à Marseille, ce qui est relativement rapide !
  • Il est question du duc de Penthièvre (écrit « Pinthièvre ») : à cette époque, il s’agit de Louis Jean Marie de Bourbon, né en 1725 et mort en 1793. Il est depuis 1737 amiral de France et gouverneur de Bretagne. Le rôle qu’il joue dans ce commerce n’est pas très clair pour moi.
  • Il semble que le symbole mystérieux serait une abréviation d’une monnaie. « L. » signifie sûrement livre. On voit apparaître des marcs et des sols. Alors que reste-t-il? Est-il possible que cette abréviation soit un moyen de protéger le contenu de la lettre si elle était interceptée ?

J’attends vos avis et vos hypothèses avec la plus grande impatience ! 🙂

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