X comme né sous X : idées pour retrouver les parents

   Ce matin, le challengeAZ propose la lettre X : aujourd’hui, il est possible d’accoucher sous X et pour les parents de garder l’anonymat ; à l’époque moderne, cela ne pouvait pas vraiment se passer comme cela. Alors, lorsqu’on a un ancêtre abandonné, est-il possible de retrouver ses parents ? 

* Une femme enceinte non mariée dans la société d’époque moderne ne passe pas inaperçue. Plus qu’une volonté de contrôler les moeurs, l’Etat veut les surveiller pour éviter qu’elles ne tuent leur bébé une fois né, dans l’intention de cacher cette descendance. Un édit de Henri II en 1556 impose donc une déclarations de grossesse. Ces déclarations existent pendant la Révolution et au début du XIXe siècle (1).

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

La déclaration se fait auprès de différentes autorités selon les lieux, donc les archives peuvent se trouver aujourd’hui dans les fonds des officialités, les archives judiciaires seigneuriales, les fonds notariaux ou encore les archives municipales. Voici un extrait de l’inventaire fait par Marie-Claude Phan pour son étude, le reste est dans l’article mis en lien plus bas :  Aude : A.D. série B 636, 637, 638, sénéchalat de Carcassonne, 1676-1786. Côtes-du-Nord : A.D., B 169, juridiction de Boisriou et Borquens, 1684-1745. Id., B 576, juridiction de Lamballe, 1684-1789. Isère : A.D., B, justice royale et épiscopale, 1677-1790. Lot-et-Garonne : A.C. Agen, FF 95, 96, juridiction consulaire, 1642-1790. S Seine-et-Marne : A.D., B. bailliage de Provins, 1667-1790. Id: prévôté de Provins, 1665-1726.

En 1586 l’édit devient public : il doit être lu par les curés et vicaires paroissiaux après la messe tous les trois mois. L’ordonnance de Louis XIV du 25 février 1708 renouvelle cette obligation. 

La déclaration doit être faite par les femmes enceintes en personne ; il n’y a pas de délai pour déclarer, mais on constate que la plupart du temps, elles le font quand elles ont dépassé les trois mois de grossesse. 

Elle est aussi une dénonciation du « séducteur », afin qu’il pourvoie aux frais de l’accouchement et de a nourriture de l’enfant. 

Cette source permet donc de connaître le père et la mère ; encore faut-il pouvoir soupçonner l’existence de cette mère dans une localité bien précise et dans une période précise (3 à 6 mois avant la naissance) pour espérer retrouver l’acte. Mais le jeu en vaut la chandelle. 

 

* Les registres paroissiaux peuvent à l’occasion donner des informations sur les conditions de la naissance : j’ai déjà vu des prêtres ajouter le nom du père, surtout dans les actes entre les années 1770 et 1790. Les signatures des parrains et marraines peuvent aussi appartenir à la famille du père. Seulement, cela suppose que le père et la mère soient en plutôt bons termes. 

Il existe aussi des actes de reconnaissance dans les registres paroissiaux ; après la naissance, le père vient déclarer sa paternité. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils ne sont pas négligeables, même s’ils peuvent être un peu difficiles à trouver dans les registres.

* Enfin, dans les registres d’entrée à l’Hôtel-Dieu des enfants abandonnés peuvent aussi donner des indices : les enfants abandonnés sont assez souvent laissés avec un objet dans l’intention d’identifier l’enfant et de le retrouver éventuellement plus tard, quand les conditions seraient plus favorable pour la mère ou les parents.  Ces objets peuvent êtres des cartes à jouer, un petit billet ou un objet semblable. Souvent, cependant, ces nourrissons meurent avant leur première année, donc il est assez rare de descendre de tels enfants. 

Incendie de l'Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

Incendie de l’Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

J’espère vous avoir donné des pistes pour retrouver des mères et des enfants abandonnés. En avez-vous déjà rencontré dans votre arbre ? Pour l’instant, je n’ai pas réussi à en trouver. 

 

Pour en savoir plus : 

(1) M.-C. Phan, « Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel, Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 22e, No. 1 (Jan. – Mar., 1975), pp. 61-88
Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/20528266 (pour lire les revues Jstor, il faut juste s’inscrire un ligne sur le site)

I. Robin-Romero, Les orphelins de Paris, enfants et assistance aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUPS, 2007

Le site gouvernemental sur la législation de l’accouchement sous X en France.

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