V comme vieillesse : vulnérabilité et solidarité familiale

   V comme vieillesse : un âge qui peut être dangereux à l’époque moderne. Vivre seul, ou plutôt vivre seule, car les femmes ont une plus grande espérance de vie, une fois les dangers des accouchements passés, est difficile quand on ne peut plus travailler. Fréquemment aujourd’hui, la question de la solidarité se pose. À l’époque moderne, l’une des solutions qui existait était la coexistence avec un des enfants qui était marié et qui avait sa propre famille. Ce n’est pas le cas de toutes les familles et il ne faut pas trop surinvestir et surinterpréter cette coexistence, mais ce phénomène est notable et assez intéressant. 

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Ce peut être un père ou une mère âgée qui est accueilli, mais aussi un oncle ou une tante, ou un autre membre de la famille.
Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, les personnes vivaient jusqu’à 60 ans et dépassait souvent cet âge.  Les hommes de plus de 65 ans sont environ entre 7 et 8% au XVIIIe siècle (1). Cela peut paraître peu, mais les hommes de 70 ans et plus étaient assez nombreux pour que d’un point de vue juridique, il soit précisé qu’il est impossible de les contraindre par corps et de les condamner aux galères.

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette,  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Les sources qui nous permettent de voir ces coexistences sont les recensements. Encore une fois, pour l’époque moderne, c’est Charleville (08) qui a les seuls recensements annuels de France avant 1789 ; une richesse mal connue et pourtant inestimable pour les historiens-démographes.
Pour l’époque contemporaine, il est intéressant de se déplacer aux archives (on de regarder en ligne si possible) pour savoir qui vivait avec qui.

Cela amène à constater une chose : la famille n’est pas le ménage ; ce dernier est le groupe formé par la vie commune dans une maison. À cet égard, les domestiques peuvent y appartenir.

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l'armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l’armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Deux autres sources peuvent donner la puce à l’oreille quant aux relations avec les aïeuls : les donations entre vivants et les testaments. Par exemple, à Charleville, au milieu du XVIIIe siècle, Jacques Meurant lègue dans son testament le soin de veiller sur ses deux petits-enfants à Pierre L’Hoste leur grand-oncle (2). Jacques Meurant s’était investi de leur éducation après la mort de leur mère et ils vivaient avec ce grand-oncle. Ici ce sont les enfants en situation de vulnérabilité qui ont été pris en charge par le grand-père et le grand-oncle. 

L’étude des relations familiales est un thème important en histoire de la famille ; en généalogie aussi, il me semble, cela est intéressant pour qualifier les relations entre les différentes personnes que l’on retrouve au fur et à mesure. 

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l'hospitalité à deux vieillards qui viennent l'implorer,  Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l’hospitalité à deux vieillards qui viennent l’implorer, Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Avez-vous constaté de tels liens de solidarité et d’entraide dans votre famille ? Avez-vous des aïeuls qui sont morts très âgés ? 

 

Références et lectures complémentaires :

(1) P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse, histoire du vieillissement de la population, Paris, Opus, 1997 [1993]

(2) F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaises et françaises (1720-1780), PUPS, 2007

P. Bourdelais, « Qu’est-ce que la vulnérabilité ? », Annales de démographie historique 2/ 2005 (no 110), p. 5-9
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-2-page-5.htm.

J.-P. Gutton,  La naissance du vieillard, Editions Aubier, 1992

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