T comme témoins : ne les négligez pas !

Pour fêter ce début d’une nouvelle semaine du challenge, la lettre T suggère le sujet des témoins ; sujet plus passionnant qu’on pourrait le penser à première vue !

Les témoins sont les personnes présentes à un événement, et généralement on connaît leur présence par la mention dans l’acte qui relate l’événement et par leur signature s’ils savent signer (sinon c’est souvent une croix). Ces témoins ne sont pas de simples personnes de passage et il me semble primordial de les noter, au même titre que les acteurs de l’événement en question.

En effet les témoins révèlent les liens de sociabilité : telle ou telle personne est sollicitée ou présente car elle a un rôle et une importance dans le réseau de sociabilité. C’est une des pistes de recherches des historiens de la famille et de la démographie ; cette piste peut aussi donner des indices sur la vie des ancêtres dans le domaine de la généalogie.

Prenons par exemple les actes qui sont le plus lus : les actes d’état civil, avant et après la Révolution.

Les témoins sont mentionnés dans les actes de mariages, religieux et civiles, et dans les actes de naissance. Il peut y avoir des témoins dans les actes de sépulture, mais généralement au XVIIIe siècle, ce sont deux personnes s’occupant de l’inhumation, comme deux clercs. Il est rare que des personnes autres soient présentes, même s’il m’est arrivé de voir un fils ou un frère signer l’acte.

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Voici un acte de mariage d’un de mes ancêtres. Les témoins sont présentés par la formule « en présence de ».

Un autre exemple est celui de l’acte de naissance, qui est parallèle, dans le cas des chrétiens, à l’acte de baptême (avec un délai croissant à partir du XIXe siècle). Les parrain et marraines ne sont pas forcément les témoins dans l’acte de naissance. 

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

 

Que tirer de ces informations ?

Dans le cas du mariage de mon ancêtre, on remarque que les témoins sont tous des membres de la famille et qu’ils sont d’un nombre raisonnable : le père de l’époux, son oncle, son cousin, la mère de l’épouse, et son beau-frère.

L’appartenance à la famille ou non des témoins donne une information sur la position du couple qui se marie par rapport à leur famille. Dans l’exemple ci-dessus, il est notable que le beau-frère de la mariée soit présent, alors que sa soeur ne l’est pas. Cela donne l’indication que les relations entre la mariée et son beau-frère étaient très certainement bonnes.

Au contraire, lorsqu’ils ne sont pas des apparentés, il est intéressant de se demander pourquoi. Par exemple, si l’un des mariés a changé de paroisse et est parti loin de sa famille, les témoins seront peut-être en majorité choisis en dehors de sa famille. Cela peut être aussi le signe d’une rupture.

Ensuite il est intéressant d’identifier ces témoins : est-ce que ce sont des employés de la mairie ? ou des amis proches du couple marié ?

Dans l’acte de naissance ci-dessus, il s’agit d’un enfant de ma famille. Les témoins sont au nombre de deux et ils n’appartiennent pas à la famille : Antoine Moulin et André Germains, ce sont des voisins. Cet acte permet ainsi de percevoir la sociabilité de quartier et de voisinage.

Identifier les témoins ressemble donc à une enquête (plus ou moins vaste selon les cas) pour comprendre la vie sociale à un moment donnée d’un couple ou d’un individu.

 

Avez-vous déjà fait des découvertes intéressantes parmi les témoins de vos ancêtres ?  Avez-vous des actes avec très peu de témoins ou au contraire une pléthore ?

 

Pour aller plus loin, des articles en ligne :

V. Gourdon, « Aux cœurs de la sociabilité villageoise : une analyse de réseau à partir du choix des conjoints et des témoins au mariage dans un village d’Île-de-France au XIXe siècle », Annales de démographie historique 1/ 2005 (no 109), p. 61-94
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-1-page-61.htm.

V. Gourdon, « Réseaux des femmes, réseaux de femmes. Le cas du témoignage au mariage civil au xixe siècle dans les pays héritiers du Code Napoléon (France, Pays-Bas, Belgique) », Annales de démographie historique 2/ 2006 (n° 112), p. 33-55
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2006-2-page-33.htm.

S. Beauvalet, V. Gourdon, « Les liens sociaux à paris au XVIIe siècle : une analyse des contrats de mariage de 1660, 1665 et 1670 », Histoire, Economie et Société, vol 17, n°4, Paris, (Octobre-décembre 1998), pp. 583-612

Published by: Armand Colin. Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/23612687

 

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