N comme nuptialité : dans quelles conditions se sont-ils mariés entre 1501 et 1800 ?

En ce début de semaine, c’est la lettre N qui est à l’honneur, l’occasion de parler d’un sujet plutôt joyeux : la nuptialité. 

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La nuptialité est le rapport du nombre de mariage par rapport à une population donnée. Il permet d’avoir une idée globale des mariages à une époque donnée. Voici trois caractéristiques qui me semblent importantes. 

1) Tout d’abord, entre le XVIe et le XVIIIe siècles, la nuptialité était très élevée car le célibat n’était pas très bien vu, en dehors des voeux de chasteté faits par les religieux et religieuses.  Le taux de célibat représente d’environ 10% (il dépasse 10 % à partir 1770). 

 

2) Ensuite, on pense souvent que dans les siècles passés on se mariait très jeune, mais en fait ce n’était pas vraiment le cas en France. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’âge au mariage est assez élevé : c’est une caractéristique française. L’âge moyen au premier mariage pour les femmes est de 26 ans en France. Le seul pays où les femmes se marient plus tard en Europe est l’Allemagne (26,9). Pour avoir un ordre d’idée, l’âge moyen a été calculé dans d’autres pays : en Angleterre, il est de 25,3 ans, en Espagne du Nord-Ouest 25 ans, en Espagne méridionale 22,5 ans et 24,8 ans en Belgique (1).  

Dans ma généalogie, j’ai remarqué ces âges relativement élevés. Par exemple Louis Bernard, né en 1739 dans une petite paroisse près de Lyon, s’est marié en 1765, âgé de 25 ans. Son père, Jean Baptiste, s’est marié en 1725, âgé de 32 ans, tandis que sa conjointe, Marguerite Villiard avait 30 ans. 

De plus, en ville, l’âge moyen au mariage est souvent plus élevé : à Rouen, l’âge des femmes est de 26,4 ans et celui des hommes est 29,7 ans. On remarque un écart d’environ 5 ans avec les hommes. Dans les milieux les plus modestes, cet écart n’est que d’un ou deux ans. 

Pourquoi se marier si « tard » ? Certes, la majorité  des jeunes gens est à 25 ans, mais ce sont moins des questions juridiques que la nécessité d’avoir un capital qui détermine le moment du mariage. En effet, il est fréquent de voir des dispenses d’âge dans les actes de mariage. Ce qui est impératif pour le nouveau couple est d’avoir assez d’argent pour vivre et d’avoir un métier stable.

 

3) Enfin, les remariages étaient assez fréquents, du fait d’une mortalité élevé qui touchait surtout les femmes, à cause des grossesses et des accouchements difficiles. Les unions duraient environ 20 ans: environ 19 ans entre 1650 et 1679 et environ 23 ans entre 1740 et 1759 (2). Les remariages représentent environ 25 % des mariages : dans la région de Meaux, étudiée par Micheline Baulant, par exemple, au début du XVIIIe siècle, 30% des mariages voient un des conjoints veuf : entre 1739 et 1767 ils sont 27 % (3). Par conséquent, beaucoup de familles comptent des enfants de différents mariages. 

Les conditions du mariage à l’époque moderne étaient donc assez différentes de celles actuelles. J’espère que ce court article vous plaira et qu’il vous sera utile pour mettre de la lumière sur certains mariages de vos ancêtres.

Avez-vous des ancêtres qui se sont remariés ? Avez-vous remarqué un âge au premier mariage entre 25 et 30 ans ou au contraire pas du tout ? 

 

Références

(1) J.P. Bardet, J. Dupâquier (dir.), Histoire des populations de l’Europe, tome 1, Fayard, 1997

(2)S. Beauvalet-Boutouyrie, Etre veuve sous l’Ancien Régime, Paris, Belin, 2001

(3) M. Baulant, « La famille en miettes : sur un aspect de la démographie au XVIIe siècle », Annales, Histoire, Sciences Sociales, 1972, 4/5, p. 965. en ligne sur persée.

Un manuel très complet

S. Beauvalet-Boutouyrie, La population française à l’époque moderne, Démographie et comportement, Belin 2008

 

 

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2 réflexions sur “N comme nuptialité : dans quelles conditions se sont-ils mariés entre 1501 et 1800 ?

  1. hors du mariage point de salut… les célibataires l’étaient rarement par choix, car un couple ayant plusieurs filles qu’il fallait doter, en mariaient les premières, les autres étaient condamnées au célibat faute d’argent pour pouvoir les doter. Les pauvres, si ça se trouve elles étaient plus jolies que les ainées …
    selma cayol

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