M comme Mendiants : quelles sources pour les retrouver ?

Nos ancêtres ne peuvent pas tous être des rois ou des reines, des nobles ou des gentilshommes. La plupart des Français d’Ancien Régime étaient des gens qui exploitaient la terre. Parmi les petites gens, certains étaient parfois pauvres et pouvaient mendier. Il n’est pas toujours aisé d’identifier un ancêtre comme pauvre ou mendiant entre le XVIe et XVIIIe siècles. Dans mon expérience, parmi les vingtaines de famille que j’étudiais, il m’a fallu un certain temps avant de pouvoir les identifier. Je me limiterai à ces trois siècles, car c’est la période que je connais le mieux 🙂

Un mendiant tenant son chapeau à la main est debout sur le Pont-neuf - Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE QB-201 (100)-FOL

Un mendiant tenant son chapeau à la main est debout sur le Pont-neuf – Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE QB-201 (100)-FOL

Les mendiants sont définis par Jean Pierre Camus, dans son Traité de la pauvreté évangélique de 1634, publié à Besançon, comme « celui qui est non seulement privé de tous revenus, mais réduit à un tel point de misère qu’il ne peut gagner sa vie de son travail, encore qu’il le désirait, soit qu’il en soit empêché par infirmités et maladies, soit par manquement d’emploi, étant en pleine santé et ayant une industrie suffisante si elle était mise en besogne ».

La mendicité est donc un état où l’on fait l’aumône pour pallier un manque (ou une absence) de revenus liés au travail. A ce titre, les enfants peuvent mendier.  Les mendiants font donc partie des pauvres et le problème est que ces personnes sont un peu en marge des sources.

Les registres paroissiaux donnent des éléments sur leur mariage, la naissance de leurs enfants et leur décès, mais cela représente au final peu d’informations sur leur vie. De plus, ils ne sont pas toujours qualifiés de mendiants dans ces actes. Le plus souvent, dans ce que j’ai pu voir, c’était surtout des manouvriers et d’anciens soldats infirmes.

Heureusement, il y a plusieurs portes d’entrée pour trouver des informations :

 

1. Les archives des hôpitaux

La mendicité et aumône manuelle sont officiellement interdites. L’assistance est procurée par le biais d’institutions et elle est contrôlée par les municipalités : l’aumône générale à Lyon (1534), le bureau des pauvres à Paris (1544), les hôpitaux généraux et les Hôtel-Dieu (plutôt réservés aux malades et aux enfants abandonnés).  On voit donc une grande réforme de l’assistance dans ces années 1530-1540. Dans les campagnes, il y a des petits hôpitaux et les moyens sont moindres.

La complexité vient de la politique d’enfermement au XVIIe siècle : l’enfermement se fait dans les hôpitaux généraux, qui sont créés à l’initiative de la Compagnie du Saint-Sacrement, comme à Paris en 1656.  L’enfermement n’est pas la prison au sens d’aujourd’hui, mais le lieu où l’on combat l’oisiveté, considérée comme source de vices. Il y avait donc des travaux et des offices de prières.

En général, les archives de hôpitaux se trouvent dans la série X des archives départementales ainsi que dans les archives déposées par les hôpitaux-hospices (par exemple dans les Ardennes il y a la série HDEPOT). Les registres d’entrée dans ces hôpitaux sont particulièrement intéressants.

 

2. Les archives fiscales

L »état de mendiant est officiellement reconnu pour des raisons fiscales : on retrouve donc cette qualification dans les documents fiscaux tels les rôles de taille. Je vous conseille de regarder les présentations des fonds des Archives départementales pour savoir dans quel registre ils se trouvent exactement. Le site FranceGenWeb présente ces archives et aide à la recherche dans les différentes régions. 

 

3. Les archives notariales 

Pour terminer, en s’intéressant aux individus, on peut regarder les inventaires après décès et les testaments dans les archives notariales.  Ces personnes n’étaient en effet pas dénudés de tout bien et cela peut permettre de comprendre aussi quelles étaient leurs relations avec leur famille, qui étaient leurs amis, ou s’ils étaient au contraire très isolés.

 

Vous l’aurez compris, l’étude des personnes mendiantes et pauvres n’est pas facile et elle pose beaucoup de questions. Néanmoins, je pense que cela vaut le coup.  Ces personnes qui vivaient dans l’indigence ont aussi une histoire et je trouve qu’il est touchant de découvrir leur vie et leurs difficultés.

Avez-vous connaissance d’ancêtres qui étaient mendiants ? Voudriez-vous en savoir plus sur la mendicité, les pauvres et les documents pour les XIXe et XXe siècles ?

Si vous avez des astuces et des conseils pour explorer les archives fiscales, n’hésitez pas à nous en faire profiter 🙂

 

Bibliographie :

Lucien Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, 2010 [1996]

Quelques articles en ligne sur la pauvreté :

Laurence Fontaine, « Pauvreté, dette et dépendance dans l’Europe moderne  », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques [En ligne], 40 | 2007, mis en ligne le 05 octobre 2011. URL : http://ccrh.revues.org/3372 ; DOI : 10.4000/ccrh.3372

Roger Chartier, « Pauvreté et assistance dans la France moderne : l’exemple de la généralité de Lyon », Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, 1973, 28, 2, p. 572-582. En ligne sur persée.  

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3 réflexions sur “M comme Mendiants : quelles sources pour les retrouver ?

  1. Très intéressant !
    J’ai trouvé parmi mes ancêtres quelques mendiants. La majorité d’entre eux vivaient dans l’Aisne entre la fin du XVIIIème et le début XIXème. Deux d’entre eux sont décédés dans des dépôts de mendicité (un à Châlons-sur-Marne et l’autre à Laon). Je n’ai pas encore eu l’occasion de faire beaucoup de recherches à leurs sujets. J’espère, entre autres, consulter les registres des dépôts de mendicité concernés.
    Merci pour ces pistes de recherches !
    Elise

    • Avec plaisir ! Merci pour ton témoignage ! Je n’ai pas parlé des dépôts de mendicité ; à vrai dire la question des mendiants pourrait prendre tout un livre !
      Ce qui m’avait frappé dans mes généalogies était que parfois cet état ne durait pas mais était la conséquence d’une période économique difficile.
      En tout cas, regarder dans les registres des dépôts de mendicité me semble une bonne idée 🙂

  2. Comme Élise, j’ai des ancêtres mendiants dans l’Aisne dont un, mort a l’hospice de Laon. Merci pour cet article qui nous éclaire sur les recherches à effectuer pour mieux connaître leur parcours.

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