K comme Kyrielle : 2, 4, 8 ou 16 enfants au XVIIIe siècle ?

Aujourd’hui, le challengeAZ nous mène à utiliser la lettre K, qui n’est pas la plus facile. Néanmoins, un mot me semblait parfait pour qualifier le nombre d’enfants nés d’un couple au XVIIIe siècle : kyrielle.

En effet, j’ai croisé, durant mes recherches, des familles avec plus de vingt enfants ! Par exemple, je me souviens d’un couple à Charleville qui avait eu 21 enfants entre 1750 et 1770.

Enfants de Marie Thérèse d'Autriche (1717-1780)

Enfants de Marie Thérèse d’Autriche (1717-1780) : Joseph II au centre et six de ses frères et soeurs, Martin van Meytens, v.1750

Qu’on s’entende : 21 enfants nés, mais aussi beaucoup d’enfants morts avant l’âge de 10 ans. Le tableau des enfants nés d’un couple est une photographie imparfaite car au fil des années des enfants naissent et d’autres meurent.

Toujours est-il que ces femmes qui ont supporté une dizaine de grossesses, voire plus, étaient des forces de la nature ! Elles sont assez fréquentes, sans être vraiment majoritaires. De façon pragmatique, on remarque que certains milieux sont plus favorable à ce phénomène : souvent quand la femme est mariée à un boucher ou généralement quand le mari a une situation financière assez confortable : marchand ou marchand laboureur par exemple. Cela est explicable par l’accès à une alimentation meilleure, souvent plus protéinée.

Ces naissances pléthoriques sont aussi explicables par l’inexistence de la limitation des naissances, du moins avant le dernier quart du XVIIIe siècle. Les prescriptions religieuses interdisaient en effet de limiter volontairement les relations sexuelles dans l’intention d’éviter les grossesses. Celles-ci étaient limitées naturellement par l’âge au mariage des femmes traditionnellement élevé en France (moyenne de 25 ans), l’allaitement des enfants (si la mère allaite ou si elle confie le nouveau-né à une nourrice), la famine et la mortalité générale des adultes.

La limitation des naissances apparaît néanmoins à partir des années 1770-1780, voire 1750 dans certaines zones urbaines. Les historiens démographes remarquent un nombre d’enfants réduit par couple. Les méthodes les plus utilisées de limitation des naissances étaient certainement le coitus interruptus, condamné dès le XVIIe siècle, et la contraception d’arrêt.

Ainsi la descendance théorique des femmes (traduction des taux de fécondité en nombre d’enfants par femme) est d’environ 6-7 enfants dans la première moitié du XVIIIe siècle pour 4-3 enfants dans la seconde moitié du siècle. Tout dépend de la localité et des usages locaux.

 

Nous avons donc au XVIIIe siècle un « paysage familial » très différent du nôtre aujourd’hui : naissances presque tous les ans et morts très fréquentes.

Avez-vous vous aussi de telles situations dans vos généalogies ? Avez-vous été surpris par ces grandes fratries ?

 

Je vous invite à lire quelques ouvrages pour avoir des éléments précis :

Scarlett Beauvalet, La démographie à l’époque moderne, Belin Sup, 1999

Jacques Dûpaquier, Histoire de la population française, tome 2, Paris, 1988

Stéphane Minvielle, La famille en France à l’époque moderne, XVIe-XVIIIe, Armand Colin, 2010

 

 

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