Z comme zoologie : les animaux domestiques de nos ancêtres

      Pour ce dernier jour du challengeAZ, j’aurais pu évoquer le prénom de Zélie, que j’ai rencontré de nombreuses fois dans la première moitié du XIXe siècle et qui m’a bien séduite, mais j’avais envie de quelque chose d’un peu plus ambitieux pour clôturer ces 26 jours de défi ! 

La plupart de nos ancêtres étaient des gens qui vivaient à la campagne, et même s’ils vivaient à la ville, ils vivaient forcément à côté d’animaux, voire avaient des animaux domestiques.  A la campagne, les travailleurs de la terre ont pu vivre à côté de vaches et de boeufs mais vu l’investissement qu’ils représentaient, il est plus probable que les animaux qui étaient les plus nombreux étaient les poules et les oies. Le cheval et l’âne, comme les boeufs, sont des forces pour labourer la terre et pour faire avancer des véhicules ; les chevaux sont indispensables à l’armée pour former la cavalerie ; à ce titre, ils sont aussi les meilleurs amis des hommes. 

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Cuirassier napoléonien en 1809, Bellange (1800-1866)

Mais comment les voir dans les sources ? A partir des métiers, pour ce qui concerne les chevaux par exemple. Ce qui est dommage, c’est que les chiens ou les chats ne sont pas dans les inventaires après décès : les historiens se sont demandés si c’était le signe qu’ils ne pensaient pas à eux, ou si au contraire ils n’étaient pas considérés comme des biens, mais comme des membres de la famille (1).  

Un chien dans  un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Un chien dans un tableau de Vittore Carpaccio (début XVIe siècle)

Les sources qui peuvent vraiment donner des informations sur les animaux sont celles de l’archéologie. 

Les représentations, cependant, peuvent aussi donner une idée de l’attachement pour certains animaux : le chien, associé des chasses, protecteur des loups ;

Detail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d'Orsay by Mary Harrsch.

Détail du Prince Imperial et son chien Nero de Jean-Baptiste Carpeaux 1865 Marble. Photographié au Musee d’Orsay by Mary Harrsch.

le chat est plutôt représenté comme appartenant au monde de la sorcellerie. Cependant, on peut douter de cette représentation du chat : comme aujourd’hui, le chat est aussi le protecteur contre les rats et les souris et il apparait de plus en plus sympathique, en témoigne le succès du Chat botté de Charles Perrault. 

Le Maître chat ou le Chat botté Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Le Maître chat ou le Chat botté
Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Plus amusant : parfois, on peut voir des traces de pattes de chat sur les pages de registres paroissiaux ; signe que le prêtre avait peut-être un chat dans l’église ! Malheureusement, je n’ai pas fait de photo, mais si jamais vous en croisez, faîtes nous partager ! 

Merci à Sophie Boudarel pour cet exemple éloquent !!

Pour en savoir plus : 

R. Delort, Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 15e congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses représentations au moyen-âge (XIe – XVe siècles) pp. 11-45. url :/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1435
F. Audoin-Rouzeau, Compter et mesurer les os animaux. Pour une histoire de l’élevage et de l’alimentation en Europe de l’Antiquité aux Temps Modernes, Histoire & Mesure, 1995 volume 10 – n°3-4. Consommation. pp. 277-312. url :/web/revues/home/prescript/article/hism_0982-1783_1995_num_10_3_1558
L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, 2010 [1996]
 
(1) R. Durand (dir.), L’homme, l’animal domestique et l’environnement du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Nantes, 1993
R. Delort, Les animaux ont une histoire, Paris, 1984
 

 

Y comme Yvelines : les ressources en ligne exceptionnelles des archives !

    J’ai découvert depuis peu le site des archives départementales des Yvelines  ; à vrai dire, j’ai été conquise et je regrette de ne pas avoir des ancêtres qui ont vécu dans ce département. 

En effet, les ressources en ligne sont exceptionnelles et nombreuses. Voici un top 5 de mes préférées (par ordre croissant) : 

5. Les registres paroissiaux et l’état civil, les registres paroissiaux commençant en 1533 pour les plus anciens. Quelques communes de Seine-et-Oise sont aussi présentes car c’était ce département qui existait depuis la création des départements en 1790 jusqu’à sa suppression en 1968 (loi de 1964). Il existe également des tables d’arrondissement pour Versailles et une centaine de communes limitrophes. 

La France en départements en 1801

La France en départements en 1801

4. Les recensements de la population des Yvelines, depuis 1792 jusqu’à 1911 en ligne, c’est-à-dire plus de 250 000 pages ! Je rêve de travailler sur cette source. 

3. La presse locale ancienne des Yvelines et de Seine-et-Oise, de 1848 à 1941. Résultat d’un partenariat entre les A.D, la bibliothèque municipale de Versalles, Archives communale de Versailles et Mantes-la-Jolie et la médiathèque Florian de Rambouillet, on se doute du grand nombre de journaux disponibles (une vingtaine de titres) et de la richesse de la source. 

2. Les demoiselles de Saint-Cyr : la conservation de la totalité des archives dans la série D. 

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715.

La Maison royale Saint-Louis à Saint-Cyr est une fondation royale, une institution de charité, de moralité et d’enseignement sous la direction d’une communauté de religieuses. A l’origine de cette fondation, Mme de Maintenon, épouse de Louis XIV depuis 1683. L’école est destinée aux jeunes filles nobles mais pauvres de province (il fallait montrer lettres de noblesse et un certificat de pauvreté). Elles portent un habit particulier : gants, collerette, machette et manteau d’église d’étamine noire à queue traînante. 

En 1692, la communauté passe sous la règle de Saint-Augustin : il y a alors des voeux solennels et le port d’un habit monastique (dont le bandeau monastique). 

La Maison est étroitement liée à la Couronne et se place sous la protection de Saint Louis. Elle se situe à l’extrémité du parc de Versailles et elle a été dessinée par Mansart.

En 1790, l’ordonnance royale du 26 mars 1790 ouvre cette école à tous les enfants des officiers de terre et de mer. 

Ce qui est exceptionnel est la numérisation de ces archives et la possibilité de recherche par le patronyme des pensionnaires et par département. 

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d'estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

Les demoiselles de Saint-Cyr : lot d’estampes, costume de théâtre, 1843, Bibliothèque nationale de France, Gallica

1. Les cahiers de doléances de 1789 ! 

Les cahiers de doléances sont une source qui fait parler des « humbles », le peuple qui d’habitude n’a pas de lieu pour s’exprimer par écrit. C’est peut-être la seule source pour connaitre que ce que les analphabètes pensaient et voulaient exprimer. 

Le régiment du 24 janvier 1789 en vue de la tenue des Etats Généraux donne les conditions de tenue des assemblées provinciales : les députés élus ont pour tâche de conseiller le roi et lui faire connaître les « souhaits et doléances » pour « qu’il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’Etat et que les abus en tout genre soient réformés et prévenus ». C’est dans ce cadre que sont rédigés les cahiers de doléances, constitués généralement d’une série de vœux dont on attend la réalisation par le souverain. Ils sont préparés d’abord par les ordres de chaque baillage, puis réunis aux chefs-lieux pour former un seul cahier général ; ce dernier est approuvé par l’assemblée (réunie aussi par ordre) qui doit élire un député. Les cahiers de doléances apparaissent donc comme des sources incontournables de l’histoire politique de la Révolution.

On a pensé que les idées inspirées des Lumières présentes dans les revendications ont été de même les preuves d’un bouleversement de la société et l’origine de la fin de l’Ancien Régime. De façon plus modeste les historiens ont analysé les discours, les mots employés et les représentations. Ils ont démontré la diffusion de certaines idées des Lumières, mais aussi les cadres d’exercice des pratiques politiques : du débat jusqu’à la rédaction des cahiers, qui a été partout inspirée par des modèles qui se sont diffusés dans la France entière.

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

Cahier de doléances de Versailles, 1789, A.D. des Yvelines

 

Au final, les A.D des Yvelines proposent donc de très très nombreuses ressources ; n’hésitez pas à aller les feuilleter, même si vous n’avez pas d’ancêtres dans ce département.

Avez-vous vous-mêmes été amené à consulter ces archives ? Qu’en avez-vous pensé? 

 

Quelques lectures pour en savoir plus : 

D. Picco, « Des Méridionales à la Cour : l’exemple des demoiselles de Saint‑Cyr (1686‑1793) », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne],  2008, mis en ligne le 09 juin 2008 URL : http://crcv.revues.org/2743.

B. Neveu, Du culte de Saint Louis à la glorification de Louis XIV : la maison royale de Saint-Cyr. Journal des savants. 1988, N°3-4. pp. 277-290. url :/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1988_num_3_1_1519
L. Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Paris, 1996 [réed. « Quadrige » 2003]

P. Goubert, M. Denis, 1789. Les Français ont la parole : cahiers de doléances des Etats généraux, Gallimard, Paris, 1989

P. Grateau, Les cahiers de doléances : une relecture culturelle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2001

X comme né sous X : idées pour retrouver les parents

   Ce matin, le challengeAZ propose la lettre X : aujourd’hui, il est possible d’accoucher sous X et pour les parents de garder l’anonymat ; à l’époque moderne, cela ne pouvait pas vraiment se passer comme cela. Alors, lorsqu’on a un ancêtre abandonné, est-il possible de retrouver ses parents ? 

* Une femme enceinte non mariée dans la société d’époque moderne ne passe pas inaperçue. Plus qu’une volonté de contrôler les moeurs, l’Etat veut les surveiller pour éviter qu’elles ne tuent leur bébé une fois né, dans l’intention de cacher cette descendance. Un édit de Henri II en 1556 impose donc une déclarations de grossesse. Ces déclarations existent pendant la Révolution et au début du XIXe siècle (1).

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

Edit de Henri II sur les déclarations de grossesse, 1556, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21045 (1), Gallica

La déclaration se fait auprès de différentes autorités selon les lieux, donc les archives peuvent se trouver aujourd’hui dans les fonds des officialités, les archives judiciaires seigneuriales, les fonds notariaux ou encore les archives municipales. Voici un extrait de l’inventaire fait par Marie-Claude Phan pour son étude, le reste est dans l’article mis en lien plus bas :  Aude : A.D. série B 636, 637, 638, sénéchalat de Carcassonne, 1676-1786. Côtes-du-Nord : A.D., B 169, juridiction de Boisriou et Borquens, 1684-1745. Id., B 576, juridiction de Lamballe, 1684-1789. Isère : A.D., B, justice royale et épiscopale, 1677-1790. Lot-et-Garonne : A.C. Agen, FF 95, 96, juridiction consulaire, 1642-1790. S Seine-et-Marne : A.D., B. bailliage de Provins, 1667-1790. Id: prévôté de Provins, 1665-1726.

En 1586 l’édit devient public : il doit être lu par les curés et vicaires paroissiaux après la messe tous les trois mois. L’ordonnance de Louis XIV du 25 février 1708 renouvelle cette obligation. 

La déclaration doit être faite par les femmes enceintes en personne ; il n’y a pas de délai pour déclarer, mais on constate que la plupart du temps, elles le font quand elles ont dépassé les trois mois de grossesse. 

Elle est aussi une dénonciation du « séducteur », afin qu’il pourvoie aux frais de l’accouchement et de a nourriture de l’enfant. 

Cette source permet donc de connaître le père et la mère ; encore faut-il pouvoir soupçonner l’existence de cette mère dans une localité bien précise et dans une période précise (3 à 6 mois avant la naissance) pour espérer retrouver l’acte. Mais le jeu en vaut la chandelle. 

 

* Les registres paroissiaux peuvent à l’occasion donner des informations sur les conditions de la naissance : j’ai déjà vu des prêtres ajouter le nom du père, surtout dans les actes entre les années 1770 et 1790. Les signatures des parrains et marraines peuvent aussi appartenir à la famille du père. Seulement, cela suppose que le père et la mère soient en plutôt bons termes. 

Il existe aussi des actes de reconnaissance dans les registres paroissiaux ; après la naissance, le père vient déclarer sa paternité. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils ne sont pas négligeables, même s’ils peuvent être un peu difficiles à trouver dans les registres.

* Enfin, dans les registres d’entrée à l’Hôtel-Dieu des enfants abandonnés peuvent aussi donner des indices : les enfants abandonnés sont assez souvent laissés avec un objet dans l’intention d’identifier l’enfant et de le retrouver éventuellement plus tard, quand les conditions seraient plus favorable pour la mère ou les parents.  Ces objets peuvent êtres des cartes à jouer, un petit billet ou un objet semblable. Souvent, cependant, ces nourrissons meurent avant leur première année, donc il est assez rare de descendre de tels enfants. 

Incendie de l'Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

Incendie de l’Hôtel-Dieu de Paris le 30 décembre 1772 : [dessin] / S. Fawkes, 1773, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (F), Gallica

J’espère vous avoir donné des pistes pour retrouver des mères et des enfants abandonnés. En avez-vous déjà rencontré dans votre arbre ? Pour l’instant, je n’ai pas réussi à en trouver. 

 

Pour en savoir plus : 

(1) M.-C. Phan, « Les déclarations de grossesse en France (XVIe-XVIIIe siècles) : essai institutionnel, Revue d’histoire moderne et contemporaine, T. 22e, No. 1 (Jan. – Mar., 1975), pp. 61-88
Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/20528266 (pour lire les revues Jstor, il faut juste s’inscrire un ligne sur le site)

I. Robin-Romero, Les orphelins de Paris, enfants et assistance aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUPS, 2007

Le site gouvernemental sur la législation de l’accouchement sous X en France.

W comme woiturier : zoom un ancien métier

   La première fois que j’ai vu dans les registres paroissiaux le métier de « woiturier », j’ai été assez perplexe car je ne connaissais que peu d’anciens métiers. Comme la lettre du challengeAZ est W, un petit tour par l’orthographe du XVIIIe permet d’aborder la question de ce métier.

Gustave III, opéra d'Auber et Scribe : costume d'un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l'opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

Gustave III, opéra d’Auber et Scribe : costume d’un roulier, Louis Maleuvre, 1834, Bibliothèque nationale de France, département Bibliothèque-musée de l’opéra, BMO C-261 (10-926), Gallica

On pense au début que le voiturier est celui qui conduit une voiture, une calèche peut-être (en tout cas dans mon imagination, c’est ce que je voyais). En fait, ce n’est pas tout à fait exact. 

Le voiturier est durant l’Ancien Régime et le XIXe siècle une personne appartenant ou non à une corporation qui transportait voyageurs et marchandises par voiture attelée ou coche d’eau (définition du Trésor de la Langue Française). C’est pourquoi on voit aussi des « voituriers par eau ». Il n’appartient pas toujours à une corporation car on constate dans les rôles de tailles qu’ils peuvent aussi apparaître comme un travailleur de la terre ou comme un commerçant. Cela peut donc être un métier temporaire comme un vraie corporation. Une corporation à  Neuvy-sur-Loire avait réussi à monopoliser le marché de la poterie et était devenue ainsi très riche (2).  

Le voiturier est presque synonyme de roulier, que l’on retrouve aussi assez fréquemment, et qui désigne un voiturier qui fait le transport public de marchandises. 

Le voiturier pouvait donc transporter aussi des personnes, des lettres et même parfois des enfants abandonnés vers la ville (qui a un hôtel-dieu pour les accueillir). C’était un des métiers qui étaient véritablement à la charnière de la campagne et de la ville (1). 

Costumes des habitants du Roussillon : [dessin], Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

Costumes des habitants du Roussillon : le troisième personnage du rang inférieur est un roulier, Jean Beugnet, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST RESERVE VE-26 (N), Gallica

J’espère que cet article aura permis de mieux saisir ce qu’était ce métier. Y a-t-il d’autres métiers qui ont suscité votre curiosité ?

Pour en savoir plus :   

(1) A. Guini-Skliar , « Les carrières parisiennes aux frontières de la ville et de la campagne », Histoire urbaine 2/ 2003 (n° 8), p. 41-56
URLwww.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2003-2-page-41.htm.

(2) B. Dufaÿ, M. Poulet, « Une datation absolue pour un saloir du XVIIIe s. en grès de la Puisaye », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 43, 2004, mis en ligne le 01 mai 2006 URL : http://racf.revues.org/265

J.-M. Yante, « Entrepreneur et transport terrestre. A propos des rouliers lorrains et luxembourgeois (XVe-XVIe siècles) », Revue belge de philologie et d’histoire, 1998, Vol.  76, N°  76-2 , p. 373-401. En ligne sur persée.

V comme vieillesse : vulnérabilité et solidarité familiale

   V comme vieillesse : un âge qui peut être dangereux à l’époque moderne. Vivre seul, ou plutôt vivre seule, car les femmes ont une plus grande espérance de vie, une fois les dangers des accouchements passés, est difficile quand on ne peut plus travailler. Fréquemment aujourd’hui, la question de la solidarité se pose. À l’époque moderne, l’une des solutions qui existait était la coexistence avec un des enfants qui était marié et qui avait sa propre famille. Ce n’est pas le cas de toutes les familles et il ne faut pas trop surinvestir et surinterpréter cette coexistence, mais ce phénomène est notable et assez intéressant. 

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Illustrations de Histoires ou contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault, 1777, Bibliothèque nationale de France, Gallica : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38498016b

Ce peut être un père ou une mère âgée qui est accueilli, mais aussi un oncle ou une tante, ou un autre membre de la famille.
Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, les personnes vivaient jusqu’à 60 ans et dépassait souvent cet âge.  Les hommes de plus de 65 ans sont environ entre 7 et 8% au XVIIIe siècle (1). Cela peut paraître peu, mais les hommes de 70 ans et plus étaient assez nombreux pour que d’un point de vue juridique, il soit précisé qu’il est impossible de les contraindre par corps et de les condamner aux galères.

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette,  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Vieille femme tenant des fleurs et un éventail de plumes, en demi-corps, [estampe], Pierre Brebiette, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVEBOITEECU-EF-100(1), Gallica

Les sources qui nous permettent de voir ces coexistences sont les recensements. Encore une fois, pour l’époque moderne, c’est Charleville (08) qui a les seuls recensements annuels de France avant 1789 ; une richesse mal connue et pourtant inestimable pour les historiens-démographes.
Pour l’époque contemporaine, il est intéressant de se déplacer aux archives (on de regarder en ligne si possible) pour savoir qui vivait avec qui.

Cela amène à constater une chose : la famille n’est pas le ménage ; ce dernier est le groupe formé par la vie commune dans une maison. À cet égard, les domestiques peuvent y appartenir.

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l'armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Vieillard, au moment de mourir, bénissant ses trois fils prêts à partir pour l’armée, Riess, Q., 1812, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (153), Gallica

Deux autres sources peuvent donner la puce à l’oreille quant aux relations avec les aïeuls : les donations entre vivants et les testaments. Par exemple, à Charleville, au milieu du XVIIIe siècle, Jacques Meurant lègue dans son testament le soin de veiller sur ses deux petits-enfants à Pierre L’Hoste leur grand-oncle (2). Jacques Meurant s’était investi de leur éducation après la mort de leur mère et ils vivaient avec ce grand-oncle. Ici ce sont les enfants en situation de vulnérabilité qui ont été pris en charge par le grand-père et le grand-oncle. 

L’étude des relations familiales est un thème important en histoire de la famille ; en généalogie aussi, il me semble, cela est intéressant pour qualifier les relations entre les différentes personnes que l’on retrouve au fur et à mesure. 

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l'hospitalité à deux vieillards qui viennent l'implorer,  Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Pièce emblématique : [estampe] : Une famille riche refuse l’hospitalité à deux vieillards qui viennent l’implorer, Visscher, I. C., 1609, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (15), Gallica

Avez-vous constaté de tels liens de solidarité et d’entraide dans votre famille ? Avez-vous des aïeuls qui sont morts très âgés ? 

 

Références et lectures complémentaires :

(1) P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse, histoire du vieillissement de la population, Paris, Opus, 1997 [1993]

(2) F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaises et françaises (1720-1780), PUPS, 2007

P. Bourdelais, « Qu’est-ce que la vulnérabilité ? », Annales de démographie historique 2/ 2005 (no 110), p. 5-9
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-2-page-5.htm.

J.-P. Gutton,  La naissance du vieillard, Editions Aubier, 1992

U comme Ursulines : une religieuse dans votre arbre ?

Dans le cadre du #Challenge AZ, ces derniers jours inaugurent une série de lettres de plus en difficiles à utiliser ; aujourd’hui le U. Les Ursulines sont des religieuses ; si vous en avez dans votre généalogie, vous serez peut-être curieux de découvrir quelle était leurs conditions de vie et leurs tâches quotidiennes.

Plusieurs questions peuvent être posées : tout d’abord, qui étaient les Ursulines ? Pourquoi les retrouve-t-on au Québec ?

1) un ordre créé durant la réforme du catholicisme

Les ursulines sont à l’origine un groupe de femmes ayant fait voeux de chasteté ; groupe initié par Angèle Merici à Brescia. Comme pour beaucoup d’ordres religieux, leur naissance eut lieu en Italie.  Elles pouvaient continuer à vivre dans le monde séculier, tout en obéissant à une supérieur et en faisant des oraisons comme les autres religieuses. Le pape Paul III approuva la compagnie en 1544.

Charles Borromée, célèbre réformateur italien de l’Eglise après le Concile de Trente, installa les religieuses à Milan en 1576. Il orienta l’ordre vers l’éducation pour les filles et les encouragea l’organisation en communauté (vie cénobitique).

Les premières communautés françaises sont nées dans les années 1590, sous l’impulsion de Françoise de Bermond et César de Bus : la première communauté est celle de l’Isle-la-Sorgue en 1592.

Les créations de couvents datent surtout de la première moitié du XVIIe siècle ; ensuite le rythme s’essoufle.

Des communautés sont fondées outre-mer : au Canada par Marie de l’Incarnation en 1639, à la Martinique en 1682, en Louisiane en 1727 et à Pondichéry en 1738.

2) Un rôle éducatif majeur pour les filles et les femmes

L’éducation se faisait dans l’internat pour les jeunes filles de familles aisées et par les externats (gratuits), pour les autres. Il y avait aussi des écoles du dimanche pour les femmes qui travaillaient comme les domestiques.

L’enseignement était celui de la lecture et l’écriture. Les jeunes filles aisées avaient des éléments de culture en art, tandis que les autres avaient un enseignement professionnel.

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

Le couvent des Ursulines à Arras : [photographie de presse], Agence Meurisse, 1915, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2555), Gallica

3) Trouver des ancêtres religieuses 

Quand on soupçonne quelqu’un d’être entré dans les ordres, on peut penser à regarder les recensements pour confirmer, mais malheureusement il n’y a que Charleville (aujourd’hui Charleville-Mézières) qui a eu des recensements annuels avant 1789 en France ; on peut donc aller directement voir les archives des ordres religieux, dans la série H (clergé régulier) des archives départementales. 

Sur le site de certaines archives départementales, comme le site du Nord présentent et détaillent tous ordres religieux et parmi eux, chaque couvent. 

Remarquable aussi est le site du Rhône, qui fournit une aide à la recherche, une petite-histoire des Ursulines dans le département et une bibliographie. 

Les ursulines étaient très nombreuses depuis le XVIIIe siècle, plus que les  Jésuites, c’est pourquoi il est probable de trouver des membres de famille faisant partie de cet ordre. 

Vu l’importance des ursulines au Québec et au Canada depuis la colonisation française du XVIIe siècle, il est aussi possible de faire des recherches. Le musée des ursulines de Québec a des archives, consultables sur rendez-vous, ; le musée de Trois-Rivières présente aussi des expositions, dont une virtuelle sur l’école. 

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Couvent des Ursulines, Dallas, Texas, Raphael Tuck & Sons, 1901-1907, The University of Houston Digital Library

Avez-vous déjà identifier des religieuses ou des religieux dans votre famille ? Faisaient-ils partie d’ordres répandus comme les jésuites ou les ursulines ? 

Références et lectures complémentaires

L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Quadrige, 2010 [1996]

Le n°205 de la Revue Française de Généalogie : http://www.rfgenealogie.com/le-magazine/205-une-religieuse-parmi-vos-ancetres

P. Annaert, Les collèges au féminin. Les Ursulines : enseignement et vie consacrée aux XVIIe et XVIIIe siècles, Namur, 1992.

 

T comme témoins : ne les négligez pas !

Pour fêter ce début d’une nouvelle semaine du challenge, la lettre T suggère le sujet des témoins ; sujet plus passionnant qu’on pourrait le penser à première vue !

Les témoins sont les personnes présentes à un événement, et généralement on connaît leur présence par la mention dans l’acte qui relate l’événement et par leur signature s’ils savent signer (sinon c’est souvent une croix). Ces témoins ne sont pas de simples personnes de passage et il me semble primordial de les noter, au même titre que les acteurs de l’événement en question.

En effet les témoins révèlent les liens de sociabilité : telle ou telle personne est sollicitée ou présente car elle a un rôle et une importance dans le réseau de sociabilité. C’est une des pistes de recherches des historiens de la famille et de la démographie ; cette piste peut aussi donner des indices sur la vie des ancêtres dans le domaine de la généalogie.

Prenons par exemple les actes qui sont le plus lus : les actes d’état civil, avant et après la Révolution.

Les témoins sont mentionnés dans les actes de mariages, religieux et civiles, et dans les actes de naissance. Il peut y avoir des témoins dans les actes de sépulture, mais généralement au XVIIIe siècle, ce sont deux personnes s’occupant de l’inhumation, comme deux clercs. Il est rare que des personnes autres soient présentes, même s’il m’est arrivé de voir un fils ou un frère signer l’acte.

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Mariage entre Benoit Bernard et Marie Mahon en 1765 à Saint-Laurent-de-Mure

Voici un acte de mariage d’un de mes ancêtres. Les témoins sont présentés par la formule « en présence de ».

Un autre exemple est celui de l’acte de naissance, qui est parallèle, dans le cas des chrétiens, à l’acte de baptême (avec un délai croissant à partir du XIXe siècle). Les parrain et marraines ne sont pas forcément les témoins dans l’acte de naissance. 

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

Acte de naissance de Marie Anne Bernard, 25 nivôse en VI, Saint-Laurent-de-Mure

 

Que tirer de ces informations ?

Dans le cas du mariage de mon ancêtre, on remarque que les témoins sont tous des membres de la famille et qu’ils sont d’un nombre raisonnable : le père de l’époux, son oncle, son cousin, la mère de l’épouse, et son beau-frère.

L’appartenance à la famille ou non des témoins donne une information sur la position du couple qui se marie par rapport à leur famille. Dans l’exemple ci-dessus, il est notable que le beau-frère de la mariée soit présent, alors que sa soeur ne l’est pas. Cela donne l’indication que les relations entre la mariée et son beau-frère étaient très certainement bonnes.

Au contraire, lorsqu’ils ne sont pas des apparentés, il est intéressant de se demander pourquoi. Par exemple, si l’un des mariés a changé de paroisse et est parti loin de sa famille, les témoins seront peut-être en majorité choisis en dehors de sa famille. Cela peut être aussi le signe d’une rupture.

Ensuite il est intéressant d’identifier ces témoins : est-ce que ce sont des employés de la mairie ? ou des amis proches du couple marié ?

Dans l’acte de naissance ci-dessus, il s’agit d’un enfant de ma famille. Les témoins sont au nombre de deux et ils n’appartiennent pas à la famille : Antoine Moulin et André Germains, ce sont des voisins. Cet acte permet ainsi de percevoir la sociabilité de quartier et de voisinage.

Identifier les témoins ressemble donc à une enquête (plus ou moins vaste selon les cas) pour comprendre la vie sociale à un moment donnée d’un couple ou d’un individu.

 

Avez-vous déjà fait des découvertes intéressantes parmi les témoins de vos ancêtres ?  Avez-vous des actes avec très peu de témoins ou au contraire une pléthore ?

 

Pour aller plus loin, des articles en ligne :

V. Gourdon, « Aux cœurs de la sociabilité villageoise : une analyse de réseau à partir du choix des conjoints et des témoins au mariage dans un village d’Île-de-France au XIXe siècle », Annales de démographie historique 1/ 2005 (no 109), p. 61-94
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2005-1-page-61.htm.

V. Gourdon, « Réseaux des femmes, réseaux de femmes. Le cas du témoignage au mariage civil au xixe siècle dans les pays héritiers du Code Napoléon (France, Pays-Bas, Belgique) », Annales de démographie historique 2/ 2006 (n° 112), p. 33-55
URL : www.cairn.info/revue-annales-de-demographie-historique-2006-2-page-33.htm.

S. Beauvalet, V. Gourdon, « Les liens sociaux à paris au XVIIe siècle : une analyse des contrats de mariage de 1660, 1665 et 1670 », Histoire, Economie et Société, vol 17, n°4, Paris, (Octobre-décembre 1998), pp. 583-612

Published by: Armand Colin. Article Stable URL:http://www.jstor.org/stable/23612687

 

S comme Sauf-conduits : passeports et passages

Aujourd’hui c’est samedi et c’est la lettre S ! Pourquoi ne pas parler des sauf-conduits et des passeports ? En effet, c’est une source particulière qui donne une idée des déplacements et des fonctions professionnelles.

Le sauf-conduit est donné par une personne ou une communauté (autrefois, au moyen-âge c’était une autorité comme le souverain ou un grand seigneur) qui accorde sa protection à une personne ou un groupe de personnes pour un voyage déterminé (voyageur, marchand, étudiant ou pèlerin par exemple). Le sauf-conduit n’est pas donné de façon systématique, il est soumis à des règles mais n’est pas un document stéréotypé et les règles peuvent varier selon les lieux.  Le sauf-conduit existe du moment où il y a une circulation qui peut représenter un danger ; il donne donc à saisir une certaine notion du territoire. Il s’utilise plutôt pour les circulations à l’intérieur du royaume de France.

Voici un exemple sauf-conduit accordé par le roi en 1698 sur gallica :

Sauf-conduit du roy accordé à Louis de La Pivardière,... sieur du Bouchet,... Donné à Versailles, le 26 août 1698, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, 4-FM-17548 (12), gallica

Sauf-conduit du roy accordé à Louis de La Pivardière,… sieur du Bouchet,… Donné à Versailles, le 26 août 1698, Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, 4-FM-17548 (12), gallica

Le passeport peut être attribué à des personnes pour la sortie ou l’entrée dans le royaume, comme des ambassadeurs. La source est à l’époque moderne encore assez rare, un peu plus visible en période de guerre, et ne comporte aucune description individuelle. Il n’est inscrit que les noms et prénoms, des informations sur la position sociale, la nationalité, la destination et la durée de validité. Par exemple, un mémoire de 1712 liste les passeports octroyés à 2000 voyageurs par le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Les passeports peuvent être associés à des migrations temporaires, saisonnières pour le travail, y compris outre-mer.

Passeport à l'intérieur, valable pour un an... délivré [à] M. Wekerlin, Jean-Baptiste, profession d'artiste-compositeur... Fait à Paris, le 26 juin 1851, Bibliothèque nationale de France, département Musique, ESTWECKERLINJB051, Gallica

Passeport à l’intérieur, valable pour un an… délivré [à] M. Wekerlin, Jean-Baptiste, profession d’artiste-compositeur… Fait à Paris, le 26 juin 1851, Bibliothèque nationale de France, département Musique, ESTWECKERLINJB051, Gallica

Il est transformé après la Révolution. A partir de 179é, il est obligatoire d’avoir un passeport pour sortir du pays. Un décret du 10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795) codifie le passeport et impose des numéros pour les lier à un registre dans les communes. 

Passeport de 1815, Archives de la famille De Clarens

Passeport de 1815, Archives de la famille De Clarens

 

Pour avoir une description anthropométrique, ce qui est très intéressant, il faut attendre 1913, après loi du 16 juillet 1912 qui l’impose. Depuis le décret du 30 décembre 2005, le passeport est biométrique en France, comme dans d’autres pays ; point d’aboutissement de l’identification de l’individu ? Nos descendants utiliseront-ils notre identité biométrique pour nous rechercher ? 

Passeport biométrique français

Passeport biométrique français

Ce sont donc des sources exceptionnelles sur la circulation, la mobilité, les métiers de vos ancêtres. Les trouver dans les archives est assez complexe, mais cela est possible : je vous conseille de faire une recherche sur les archives nationales et les archives régionales. Les passeports du XIXe siècle se trouvent aux Archives nationales, au site de Pierrefitte-sur-Seine : voici le lien pour accéder à la salle virtuelle des inventaires donnant toutes les côtes et une méthodologie de recherche. 

J’espère que cet article vous donnera des idées ; dites nous si vous avez déjà vu des passeports de vos ancêtres, de l’époque moderne ou de l’époque contemporaine !

 

Quelques conseils de lecture pour en savoir plus :

L. Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Puf, Quadrige, 2010 [1996]

Articles d’autres sites : http://www.geneafrance.org/rubrique.php?page=ident

http://cgma.wordpress.com/2008/10/15/la-recherche-de-ses-ancetres-a-letranger/

 

R comme registres paroissiaux : une longue histoire

En ce 18e jour du #challengeAZ, la lettre R permet de s’arrêter sur une source incontournable pour tous les généalogistes et pour les historiens de la famille : les registres paroissiaux. Vous avez certainement tous lu beaucoup de registres, mais connaissez-vous bien l’histoire de cette source ? Cet article propose de revenir sur une histoire longue, ponctuée de nombreux règlements.  4 questions pour mieux connaître ces sources et mieux s’attendre aux informations que l’on peut y trouver : 

1) Jusqu’où pouvons-nous remonter avec les registres paroissiaux ?

Le registre paroissial le plus vieux de France est celui de la paroisse de Givry, près de Chalon-sur-Saône (1334-1357). Tenus de façon irrégulière en France depuis le XIVe siècle, l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts de 1539 enjoignit les desservants des paroisses de tenir des registres des baptêmes et des sépultures des personnes « tenant bénéfices », en français et dans des registres au lieu de feuilles volantes. Les registres commencent donc à devenir réguliers à partir du milieu du XVIe siècle. Pour les actes de mariages cependant, il faut attendre un peu pour qu’ils soient réguliers et uniformisés : le milieu du XVIIe siècle.

Les prescriptions pour le mariage furent progressivement mises en place avec le Code Michau en 1629 et la déclaration royale de 1639. En avril 1667, l’ordonnance de Saint-Germain (ou Code Louis) unifia véritablement la tenue des registres dans le royaume. Les registres paroissiaux étaient donc tenus par les curés et vicaires le plus souvent, mais aussi parfois par des communautés régulières ou séculières et les hôpitaux.

1791 est la dernière année du XVIIIe où les registres sont tenus de façon régulière car la loi du 20-25 septembre 1792 crée l’état civil et entraîne un arrêt de la tenue des registres paroissiaux. Au XIXe siècle, les baptêmes, mariages et sépultures religieux se trouvent dans les registres de catholicité. Ceux-ci sont élaborés par les paroisses catholiques après le Concordat de 1801. 

Première page du registre paroissial de Mézières en 1585, un des plus anciens des ardennes.

Première page du registre paroissial de Mézières en 1585, un des plus anciens des ardennes. Archives départementales de Ardennes en ligne.

2) Comment était réglementée la rédaction ? 

A partir de l’ordonnance royale de 1539, il était obligatoire pour les curés de signer les actes. Pour les baptêmes, la date de naissance devait être aussi précisée, mais cette prescription n’était pas toujours tenue.

L’ordonnance de 1667 étendit l’obligation de signer à tous les témoins et elle établit que les registres soient rédigés en deux exemplaires : une minute conservée par le curé et une grosse envoyée au greffe du bailliage ou sénéchaussée.

La déclaration de 1739 imposa la tenue de deux registres en double minute ; un exemplaire étant dans les mains du curés et l’autre déposé au greffe du bailliage et sénéchaussée. Ils étaient donc rédigés en même temps et signés de la même façon par tous les protagonistes.

Ordonnance de Saint-Germain-en-Laye ou Code Louis, 1667

Ordonnance de Saint-Germain-en-Laye ou Code Louis, 1667

3) Quels sont les registres des protestants  ?

Les ordonnances ecclésiastiques de Calvin du 20 novembre 1541 prescrivent l’enregistrement des noms des enfants baptisés dans la religion réformée et de leurs parents. En France, le premier synode national (26-29 mai 1559) prescrit l’enregistrement des mariages et des baptêmes. Il n’est pas interdit de se faire enregistrer dans des registres catholiques, mais cela devient impossible avec l’embrasement du royaume lors des guerres de Religion.

Entre mars 1563, date de l’édit de pacification d’Ambroise d’une déclaration du 14 décembre de la même année et l’édit de Fontainebleau en 1685, il existe un état civil des réformés : d’abord surtout les baptêmes, puis les mariages aussi à partir du milieu XVIIe. Les ordonnances et règlements vus précédemment ne concernent pas les registres protestants (arrêt du Conseil du 22 septembre 1664, repris par une déclaration du 1er février 1669).

En 1685, l’édit de Fontainebleau oblige les enfants à être baptisés par le curé de paroisse catholique. C’est la période où débute alors le « Désert » et l’organisation clandestine de registres réformés, réglementés par le synode national de 1744. 

Le tournant important est l’édit de Tolérance en novembre 1787, qui permet la validation des mariages contractés durant le « Désert », le rétablissement d’un état civil protestant tenu par les juges, l’obligation de tenir les registres en deux exemplaires, un conservé au siège de la juridiction, l’autre envoyé au greffe de la juridiction supérieur.

 

4) Où retrouver les registres paroissiaux ? 

Ces deux documents sont conservés dans lieux différents aujourd’hui : les minutes sont la propriété des communes par la loi du 20-25 septembre 1792 et donc placées dans les archives communales; les grosses sont aux archives départementales, conformément aux circulaires ministérielles de 1926 et 1927.

Les archives anciennes des petites communes sont déposées aux Archives départementales (sous-série E-dépôt) par la loi du 21 décembre 1970, donc il est fréquent que les minutes et les grosses soient toutes deux aux Archives départementales. La plupart des registres paroissiaux sont en ligne. 

Il n’y avait pas que la France métropolitaines : les français peuplaient aussi l’outre-mer, dans les colonies comme la Martinique et la Guadeloupe.  Les doubles des registres d’outre-mer sont au Centre des archives d’outre-mer à Aix-en-Provence

Enorme perte dans l’histoire de Paris : les registres paroissiaux et les registres d’état civil antérieurs à 1859 de la capitale ont complètement disparu à cause de les incendies de la Commune qui toucha l’Hôtel de Ville et le Palais de justice.

Les registres des réformés sont aujourd’hui conservés dans les archives des consistoires, à la Bibliothèque de la Société de l’histoire du protestantisme français ou dans les archives départementales. Aux Archives nationales, on peut consulter les archives du Secrétaire d’Etat chargé de la Religion prétendue réformée, à la série TT.

 

 

La recherche d’ancêtres protestants peut donc être tumultueuse et assez difficile. Je n’ai personnellement jamais expérimenté cette recherche ; l’avez-vous tenté ? 

Avez-vous d’autres remarques ou questions sur les registres paroissiaux ? 

J’ai réussi à remonter ma généalogie jusqu’en 1595 ; quelle est la date la plus ancienne à laquelle vous soyez parvenu ? 

Quelques lectures spécialisées 

L. Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, Quadrige, 2010 [1996]

L. Henry, M. Fleury, Nouveau manuel de dépouillement et d’exploitation de l’état civil ancien, 3e édition, Paris, INED, 1985.

 

Q comme quotidien : l’exemple d’un quotidien local

   Aujourd’hui, il est assez courant de lire le journal le matin, tous les jours. La lettre Q nous permet d’aborder le thème très vaste des quotidiens et des journaux. Pour restreindre un peu le thème, j’ai choisi le Petit Ardennais. Comme les numéros sont numérisés, il est intéressant de les feuilleter de temps en temps pour saisir le quotidien à une période donnée, pour chercher un événement voire pour chercher une personne.

Entête du Petit Ardennais, 21 octobre 1898

Le Petit Ardennais est un quotidien régional fondé en 1880 par un industriel et homme politique de la droite républicaine, Emile Corneau. Il cesse en 1944. Il m’a aidé pour mes recherches à Charleville-Mézières. Les quotidiens régionaux ou départementaux sont très utiles pour rechercher si un de vos ancêtres apparaît dans un fait divers, une distinction, ou même une publicité ! 

Voici par exemple le numéro du mardi 6 mars 1888. Une publicité présente un tailleur, J. Sabatier. La publicité donne aussi l’information du la place de la boutique. On pourrait penser qu’il est difficile de trouver une information car il faut trouver le bon numéro : certes, il faut avoir une idée de la période à creuser, mais une fois les numéros définis, la lecture est courte car le journal ne fait que quelques pages et la recherche peut se faire par ordinateur (ctrl + F), donc même pas besoin de tout lire ! 

Le Petit Ardennais, 6 mars 1888

Voici un extrait de la chronique régionale du 21 octobre 1898, qui permet de connaître la nomination à Charleville de M. Georges Roilet, surnuméraire à la direction des douanes de Charleville (cliquez sur la photo pour agrandir) : 

Le Petit Ardennais, 21 octobre 1898

Le Petit Ardennais, 21 octobre 1898

Lire la presse qu’a potentiellement lu nos prédécesseurs est aussi intéressant pour connaître la façon de penser et ce qu’ils aimaient lire (les romans-feuilleton par exemple). Avec la baisse des prix des journaux à la fin du XIXe siècle, notamment grâce aux grands tirages possibles par les rotatives à grand débit, il est possible qu’une grande majorité des gens ait lu ces quotidiens. 

Lisez-vous aussi la presse locale du temps de vos ancêtres ? Avez-vous déjà trouvé des perles ? Dites-nous tout !